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Première méditation

posa ce fait : je pense, c'est-à-dire, je suis un être qui actuellement éprouve des modifications d'un certain ordre, que j'appelle des pensées. Descartes exprima ce fondement de toute sa philosophie par ces mots : je pense , donc je suis , dans lesquels il ne faut pas voir un argument, comme s'il admettait d'abord la pensée sans l'existence, et que par réflexion il établit que l'existence doit accompagner la pensée. Je pense, donc je suis, signifie simplement que je pense, et Descartes fait cette réflexion qu'il regarde comme évidente et qui l'est en eflet ; moi qui pense, je suis, et je suis pensant. Il aurait exprimé la même chose en disant : ma conscience m'oblige invinciblement d'affirmer la réalité de mon existence comme être pensant \

Remarquons bien que Descartes est certain de son existence en tant qu'être pensant, et qu'il n'en est pas du tout certain, en tant que corps. La réalité de la substance pensante est de toutes les réalités la plus certaine, et celle sur laquelle il établira toutes les autres. Mais avant de songer à constater la réalité de son corps, il s'occupera tout au long de démontrer l'existence de Dieu ; et quand enfin il en viendra à la matière, sa démonstration, fort inutile, il est vrai, mais selon lui fort nécessaire, sera faible et embarrassée*. La distinction radicale de Tesprit et du corps, cette distinction dont Malebranche dira bientêt après, qu'elle n'avait pas été connue jusqu'à ces derniers temps, est donc une des conséquences du Je pense, donc je suis.

Après ce principe posé, la philosophie de Descartes est en quelque sorte armée de toutes pièces; car elle est constituée comme philosophie indépendante par le doute méthodique : elle a de plus découvert le plus incontestable des faits, et par conséquent la plus incontestable des autorités, qui se trouve être celle de la conscience; enfin, elle a un critérium, puisque nonseulement Descaries a admis un fait comme certain, mais qu'il sait bien ne l'avoir admis que parce qu'il a clairement et dis-

1. Deuxième médiuaion, — Voy. la Héponte aux objecUons de Mersenne^ et les Principes f 7.

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