Dans la Préface de VEssai sur l'entendement humain
3. M. Cousin, cours de 1829, I** vol., p. 455, et cf. le second volume tout entier.
Des trois questions dont se compose la psychologie, savoir la nature des phénomènes, leur origine et leur formation, Locke n'a guère étudié que la seconde. Il commence par combattre la théorie des idées innées, dont il triomphe sans peine parce qu'il la dénature, et à la place de cette doctrine, il admet l'hypothèse de la table rase. L'esprit est une table rase, sur laquelle viendront s'inscrire des idées, par le secours de Texpérience. Il n'y a donc rien dans l'esprit qui ne lui vienne des sens ; et c'est contre cette proposition, qui est la base même du sensualisme, que Leibnitz a établi son axiome célèbre : « Il n'y a rien dans l'intelligence qui d'abord n'ait été dans les sens ; rien, excepté l'intelligence elle même. »
Locke distingue deux sortes d'expérience ; la sensation, qui a pour objet le monde extérieur; et la réflexion, qui a pour objet les opérations de l'âme.
Ces opérations de Tâme sont la perception des sensations, la rétention (qui comprend l'attention, la mémoire et la répétition), le discernement, la comparaison et la composition. Viennent ensuite l'abstraction et la généralisation. Ainsi tout se borne à obtenir directement des données expérimentales, et à les combiner ensuite de diverses façons.
Quand on s'explique ainsi l'origine des idées, il est impossible de ne pas se tromper sur la nature des idées les plus importantes; aussi Locke a-t-il confondu Tidée d'espace avec l'idée de corps, l'idée de temps infini avec celle de durée, l'idée d'infini avec celle d'indéfini, etc. Pour lui, l'identité personnelle repose uniquemeut sur la mémoire ; la substance n'est qu'une collection d'attributs ; et le rapport de cause à effet, un simple rapport de succession.
Avec ces prémisses, Locke devait aboutir au nominalisme, au matérialisme. Il n'a pas été jusque-là. Il s'est abstenu de prononcer ; il a fait un appel à la révélation. Ses disciples ont répondu pour lui ; ils sont allés jusqu'au bout de ses principes.
A récole de Locke se rattachent quelques analystes, tels que S'Gravesande*, Ch. Bonnet*, et l'école philosophique de l'Ën-