‹ Manuel de philosophieChapitre 18 sur 129 · CARACTÈRBS DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRBS DE LA VOLONTÉ

OU je rinterromps, sachant que je pourrais la continuer. Gom* mencée, je l'arrête ; ou suspendue, je la poursuis et Tachève. J'en suis l'auteur , et j*en demeure le mattre , tout le temps qu'elle dure. Au contraire, je ne suis que le sujet et comme le théâtre de mes sentiments et de mes pensées. La peine et le plaisir m'aifectent, sans que je les produise, sans que je puisse ni les éviter, s'ils m'arrivent, ni les appeler, s'ils me fliient; tout au plus, m'est-il permis d'y donner les occasions, et de réunir, bien souvent sans succès, les circonstances, connues de moi par expérience, dans lesquelles ils ont coutume de nattre. Je les subis, je ne les fais pas. De même de mes pensées. Je ne puis que les éclaircir par l'attention, quand elles se présentent, mais je ne leur donne pas naissance. Il faut que je les prenne comme «elles viennent, et je ne suis pas mattre de ne pas percevoir ce qui frappe mes yeux, d'écarter le souvenir importun qui m'obsède, ou d'exciter le souvenir qui m'échappe, de résister à l'évidence des raisons, ou de comprendre ce qui me passe. Pensées , peines et plaisirs , tout cela se produit donc en moi , sans moi, bien souvent en dépit de moi. C'est qu'en effet c'est mon intelligence qui pense en moi ; c'est ma nature passionnée, qui, en moi, jouit ou souffre, malgré moi, tandis que c'est moimême qui veux.

Cette différence en amène, ou plutôt elle en suppose une autre plus profonde. Il a été déjà constaté qu'en général nous n'atteignons les causes que par leurs effets, seuls directement observables, et en les induisant de ceux-ci. C'est invariablement de cette façon détournée que nous saisissons, dans la nature, ce qu'on appelle les agents physiques. Les corps tombent, l'aiguille aimantée se dirige vers le pôle ; voilà ce que nous apprend l'expérience. Nous en concluons qu'il y a dans les corps une certaine force, attraction ou pesanteur, qui détermine, dans de certaines conditions, la chute des graves ; qu'il y a dans la terre une puissance attractive, qui agit parallèlement au méridieui et que l'on nomme magnétisme. Mais il se pourrait que ces causes supposées fussent des chimères de nos esprits. Il se pourrait même qu'il n'y eût pas du tout de causes dans la nature, et que

Dieu seul, partout présent, produisit par une action immédiate tout ce qui s'y passe. Et il en est de la sensibilité et de TinteUigence, sous ce point de vue, comme du magnétisme et de la pesanteur. J'ai conscience de penser et de sentir ; je n*ai pas conscience de pouvoir sentir ou penser. J'aperçois le sentimeal et l'idée ; la faculté qui produit l'un et Tautre, je la conçois. Quand elle agit, je la suppose : après qu'elle a cessé d'agir, je ne crois à sa persistance en moi que sur la foi de l'induction ; et si, faute d'occasions, elle ne fût jamais entrée en exercice, je n'aurais jamais soupçonné que je la possédasse. La srasibilité et l'in» telligence, en tant que causes ou faoïltés, se dérobent donc à nos esprits ; nous ne les voyons qu'au travers de leurs produits, et manifestées par eux.

Au contraire, dans l'acte de vouloir, je saisis d'une même vue immédiate, j'embrasse d'une même aperception directe et intui*tive, et le phénomène et sa cause, et la force et son produit, et l'acte et le pouvoir d'où il émane. Quand je veux mouvoir mon bras, non-seulement je me sais la cause de cette résolution au moment où je la prends , et de cette action , pendant que je l'exécute, mais encore, avant de prendre oelle*là et d'exécuter celle-ci, je savais que J'étais capable de me résoudre à l'une et d'accomplir l'autre; et de même, après l'action, rentré dans le repos, je sais que je suis capable encore de vouloir la même chose autant de fois qu'il me plaira. Je sais en général, indé*pendamment de toute expérience que j'en p<mrrai faire, et avant même tout essai de mon libre pouvoir, que je suis une force et une cause capd:)le de se porter à toutes sortes de résolutions, et de vouloir, sinon de faire toutes sortes d'acti<»is. Cette force qui a conscience de soi, en tant que force, et qui est moi-même, c'est ce que j'appelle ma volonté. Je n'ai pas attendu, pour me l'attribuer, que j'en eusse fait usage; et je n'ai pas besoin, de recourir à Tinduction pour imaginer qu'elle me reste, alors qu'elle sommeille. Je l'aperçois aussi bien dans son absolue inaction, que dans le temps de son effort le plus éner^que; j'en ai continuellement le spectacle; j'ai la conscience permanente ée moi-même comme foice, avant et après comme pendant l'action;

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