‹ Manuel de philosophieChapitre 19 sur 129 · CARACTÈRES DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DE LA VOLONTÉ

et quand cette coQsdence m'abandonae^ ain» qu'il arrive dans le sommeil ou dans réyanouissemeut, toute la vie psychologique est comme suspendue avec elle. Aussi bien, Taperception immédiate interne de la force personnelle par elle*méme est la condition de la liberté , caractère essentiel de la volonté. Agir libre* ment^ c'est agir avec la conscience, non-seulement présente, mais préexistanle à l'acte , du pouvoir de le produire. Un acte qui n'aurait pas été précédé , comme il est accompagné de cette conscience, d'abord ne serait pas libre, et ensuite, ne me suggérerait aucune idée , même indirecte , d'un pouvoir volontaire , inhérent à ma nature ; car cet acte , il aurait été produit , il n'aupas été voulu; et cent autres de même nitore ne m'en appren- .draient pas davantage. La volonté est libre , parce que c'est une force qui a conscience de soi comme force, une faculté qui s'aperçoit directement, en tant que faculté, et indépendamment de ses effets ; l'intelligence et la sensibilité ne sont pas libres , parce que ce ne sont que des causes supposées et indirectement conclues de leurs effets. Ou bien inversement, nous avons conscience en nous de la faculté même de vouloir, parce qu'il fallait qu'elle fût libre ; nous n'avons pas conscience de la faculté de connaître ou de sentir, mais seulentent du sentiment ou de la pensée, parce que nous ne devions pas être libres de penser et de sentir. La conscience qu'une force a de soi est à la fois la condition nécessaire et la condition suffisante pour que cette force soit libre.

Il résulte de cette opposition que la volonté est, 'comme dit Descartes , ce qu'il y a en nous de plus proprement nôtre , ou plutôt qu'elle est nous-même, et constitue, pour ainsi dire à elle seule, la personne humaine. Encore une fois, nous ne faisons ni nos sentiments ni nos pensées; nous les recevons, nous les subissons, nous y assistons en quelque sorte. C'est pourquoi la sensibilité et l'intelligence ne sont que nôtres, à peu près de la même iaçon et au âiéme titre que notre corps. Au contraire, la volonté, c'est le moi. Par ccmséquent, dans l'énuroération qui va suivre des caractères propres de la foroe personnelle, on trouvera tous les attribata dîstinctîfs et cett8ltati& de la personne humaine.

2. Premièrement, la force personnelle est une; c'est à elle et à elle seule qu'appartient, dans la variété des éléments de notre nature, cette unité si manifestement proclamée par la conscience.

L'intelligence est réellement multiple : ce n'est pas une analyse purement fictive et nominale qui la distingue en facultés diverses, ayant chacune un rôle à part, un procédé propre et de certaines attributions. Ne sait*on pas que l'intelligence peut être partiellement abolie, comme il arrive dans les différents cas de folie ou d'idiotisme? N'a-t-on pas vu certaines maladies supprimer la mémoire, et l'homme agité par le délire de la fièvre ne perd-il pas la faculté de percevoir, tout en gardant celle de former les images qui assiègent son esprit? Sans aller chercher ces cas extrêmes, toutes nos facultés pensantes ne se développent pas toujours en proportion les unes des autres; au contraire, on n'en cultive une en particulier qu'au détriment de celles que l'étude n'exerce pas, et les autres s'afiaiblissent d'ordinaire de toute la force que gagne celle-là. Si elles ne croissent pas et ne décroissent pas ensemble , si l'une peut être détruite ou passagèrement enlevée, tandis que les autres demeurent et survivent, nos facultés intellectuelles sont distinctes en réalité. L'unité de l'intelligence n'est donc qu'une unité nominale, collective, générique ; c'est l'unité du commun caractère qui est en toutes nos idées , ou de la commune conscience à laquelle elles se rendent et dans laquelle elles se rencontrent, pour y être comparées et leurs rapports appréciés, de quelque part qu'elles viennent, de quelque source qu'elles dérivent, et par oh qu'elles s'introduisent dans nos esprits, particulières ou générales, contingentes ou nécessaires, adventices, factices ou innées. Il en est de même de nos sentiments; leurs sources sont très-diverses, ainsi que leur nature ; ils n'ont de commun que d'être tous des plaisirs ou des peines, et d'être éprouvés par une même conscience. Mais l'unité de la volonté est vraie; c'est l'unité d'une force qui ne se met dans aucun de ses actes, qui demeure indépendante de la diversité de ses effets, et qui persiste ou périt à la fois tout entière. Aussi la phrénologie, qui peut être reçue à chercher dans la diversité des organes cérébraux les sièges ou les signes sensibles de

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