‹ Manuel de philosophieChapitre 21 sur 129 · CARACTÈRES DB LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DB LA VOLONTÉ

et d'autres épaisses ; elle crée des volontés égales, c*est4-dire également libres, et par une suite nécessaire, inégalement actives. Ce qu'on nomme l'énei^e de la volonté ou la fermeté du caractère, c'est la somme des actions efiTectuées par diacun ; cette qualité ne préexistait pas dans la volonté à ses actes ; elle leur est postérieure et se mesure à leur constance et à leur nombre. C'est nous qui la faisons ; elle augmente ou diminue à notre gré, et la volonté est précisément le pouvoir de la faire grande ou petite. II faut tenir compte aussi, pour expliquer les variétés ap* parentes de la volonté, des inégalités de notre pouvoir ; j'entends ici le pouvoir d'agir, qui dépend des organes. Selon que ceux-ci seront forts ou faibles , dociles ou rebelles , deux résolutions égales et également énergiques pourront paraître très-différentes au spectateur qui, les considérant du dehors, les juge à l'effet. Mais l'effort le plus énergique n'est pas toujours le plus efficace, ni par conséquent le plus visible; et il n'est pas rare que des âmes fortes se rencontrent dans des organisations débiles. Ainsi, divers par les talents, les aptitudes et les penchants, autant que par les visages, les rangs et les fortunes, les hommes ne sont égaux que par la volonté; mais par là, ils le sont rigoureusement. Cette égalité, la seule vraie, est aussi la seule bonne et la seule possible. C'est celle-là que les institutions modernes ont proclamée; l'égalité civile est en effet une égalité de droits et de devoirs; c'est pour chacun une égale responsabilité de ses actes devant la loi, c'est-à-dire un pouvoir égal et une obligation pour tous de vouloir le bien, dans quelque condition et à quelque rang que ce soit. La diversité toute extérieure des choses humaines s'évanouit en effet devant cette égalité intime que Dieu a établie entre les hommes, et que rien ne trouble. Tous les hommes se confondent dans la possession commune de ce titre inaliénable, la puissance de vouloir, et par un bon usage de cette puissance, celle de mériter. Toute autre égalité est chimérique en fait, impossible à instituer ou à maintenir, et, si elle était possible, serait mauvaise.

La volonté est, en quatrième lieu, infinie^ capable de se porter à tout, inépuisable, infatigable. Quand je m'abstiens sagement

d'une tentative au-dessus de mes torces, c*est la faiblesse connue de mes organes qui m'y oblige ; il m'était impossible de faire l'action à laquelle je renonce ; il m'était facile de la vouloir. De même que je puis vouloir soulever un poids qui n'excède que d'un gramme la limite de mes forces musculaires, je puis vouloir remuer le monde. Après mille efforts employés à un acte pénible y la volonté demeure capable d'autant de résolutions pareilles ; seulement, l'organe épuisé n'obéit plus. Il ne se peut pas d'ailleurs que la volonté ne soit inOnie, puisque étant simple, elle ne peut nous appartenir ou nous manquer à demi, c La volonté, dit Descartes, ne consistant que dans une seule chose et comme dans un indivisible , il semble que sa nature est telle qu'on ne lui saurait rien ôter sans la détruire. > Il avait dit auparavant : « Je ne puis aussi me plaindre que Dieu ne m'ait pas donné un libre arbitre ou une volonté assez ample et assez parfaite, puisque je l'expérimente si ample et si étendue qu'elle n'est renfermée dans aucunes bornes. Et ce qui me semble ici bien remarquable est que, de toutes les autres choses qui sont en moi, il n'y en a aucune si parfaite et si grande que je ne reconnaisse bien qu'elle pourrait être encore plus grande et plus parfaite. Car, par exemple, si je considère la faculté de concevoir qui est en moi, je trouve qu'elle est d'une fort petite étendue et grandement limitée, et tout ensemble, je me représente l'idée d'une autre faculté beaucoup plus ample et même inûnie ; et de cela seul que je puis me représenter son idée, je connais sans difQculté qu'elle appartient à la nature de Dieu. En même façon, si j'examine la mémoire, ou l'imagination, ou quelque autre faculté qui soit en moi, je n'en trouve aucune qui ne soit trèspetite et bornée, et qui en Dieu ne soit immense et infinie. Il n'y a que la volonté seule ou la seule liberté du franc arbitre que j'expérimente en moi être si grande, que je ne conçois point l'idée d'aucune autre plus ample et plus étendue ; en sorte que c'est elle principalement qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de Dieu. Car encore qu'elle soit incomparablement plus grande dans Dieu que dans moi, soit à raison de la connaissance et de la puissance qui se trouvent

Page 1