DÉMONSTRATION DU LIBRE ARBITRE
I.. . On demande sirhomme est libre. La réponse est faite d'avance et toute contenue dans les pages qui précèdent. En effet, il n'y a là qu'un fait à constater. Si l'homme est libre, il se sait tel; s'il ne se sait pas libre, il ne Test pas. L'observation, bien employée, suffit donc à résoudre la question, ou rien ne suffit. Le tout est d'observer bien, de démêler exactement, dans le complexe de notre nature, le principe libre, et de ne pas meltre la liberté où elle n'est pas. Car, ainsi déplacée, elle serait niée avec une sorte de raison, aussitôt qu'un examen plus attentif ou plus clairvoyant aurait dépouillé de cet attribut usurpé Télément indûment qualifié de libre, par suite d'une confusion psycholo* gique.
Or, ce n'est pas d'abord dans l'intelligence que réside la liberté : l'intelligence en est seulement la condition. Pour qu'une action soit libre, il faut qu'elle soit délibérée. Hais la délibération, c'est-à-dire la conception des motifs et de leur valeur relative, est par elle-même fatale. Je sais et je ne puis m'empêcher de savoir ce que mon intérêt me conseille et ce que le devoir me prescrit. J'obéis librement à l'un ou à l'autre ; mais, violant le devoir, je ne cesse pas pour cela de connaître qu'il est sacré, et, résistant à l'intérêt, de comprendre ce que je sacrifie. Je suis heureusement dans l'impuissance de voir le bien où est le mal, et le mal où est le bien. S'il arrive par hasard que mon intelligence soit troublée ou pervertie, à ce point que je ne distingue plus le juste de l'injuste et le vrai du faux, on ne me punit pas de mes erreurs involontaires et des actions déréglées qu'elles m'inspirent. Un fou n'est pas responsable de ses actes, parce qu'il ne dépend