OBJET ET DIVISION DE LA LOGIQUE
La psychologie a pour but de décrire les facultés de rftme ^ d'expliquer leur nature, leur origine, leur développement, leurs rapports.
La logique considère ces mômes facultés, non en elles-mêmes comme la psychologie, mais dans leurs relations avec la vérité.
La psychologie et la logique sont donc deux sciences que l'on peut à la rigueur réunir en une seule ; ou du moins, si on les distingue, on doit reconnaître qu'elles ne sauraient être complètes l'une sans l'autre; car il faut d'abord connaître nos facultés pour déterminer scientiGquement leur rapport avec la vérité, et tant que ces rapports n'ont pas été déterminés, la connaissance de nos facultés est stérile.
De la nature de la logique ainsi définie, il suit qu'elle-même se subdivise en deux parties bien distinctes, la science et l'art de la logique.
En efiet, elle est tout à la fois la science de la légitimité, des caractères et des conditions de la connaissance, et l'art de diriger nos facultés intellectuelles dans l'acquisition de la connaissance.
La logique scientifique ayant pour but de rechercher si la connaissance humaine est légitime et à quel signe on reconnaît cette légitimité, comprend nécessairement trois séries de problèmes ; la première relative à la légitimité de la connaissance, la seconde
aux caractères de la connaissance légitime, la troisième à ses conditions absolues, c'est-à-dire aux lois nécessaires suivant lesquelles s*exerce notre intelligence. Elle est une science mixte dans les deux premières séries, car elle s'appuie tantôt sur des faits interprétés par l'induction, tantôt sur des principes régulièrement développés ; elle est, dans la troisième série, essentiellement déductive, car les lois qui régissent notre activité intellectuelle se déduisent de la nature même de nos acuités avec une rigueur mathématique.
Les problèmes de la première série {légitimiti de la connais-' sance) ramenés à leur plus grande généralité, peuvent être réduits à ces deux questions fondamentales : Y a-t-il du réel ? Nous est-il possible de le connaître? Encore ces deux questions, d'ailleurs fort distinctes, sont-elles évidemment connexes, car nous ne pou* vons affirmer qu'il y a de l'être sans affirmer implicitement que nous connaissons; ou que nous connaissons, sans affirmer implicitement qu'il y a de l'être. (Ces mots d'être et de réel ne doivent pas être entendus seulement des corps extrérieurs, mais des axiomes, et en général de tout ce qui est nécessaire, en dehors de nous, à la légitimité de nos perceptions.)
La seconde série, au contraire {caractères de la canmaissanee légitime)^ comprend deux questions fort distinctes, et qui doivent être traitées séparément.
En effet, une fois qu'il est constaté que la connaissance humaine peut être légitime, comme d'ailleurs il est évident qu'elle ne l'est pas constamment, on cherche s'il existe quelque signe qui se rencontre toujours dans la connaissance vraie, et ne puisse jamais se rencontrer dans l'opinion erronée. Ce signe, s'il existe, porte le nom de critérium de la vérité. La recherche du critérium est le premier problème de cette série.
Voici le second : il n'est, pour ainsi dire, qu'un appendice de tout ce qui précède, mais un appendice très-nécessaire. En recherchant si la connaissance peut être légitime, et s'il existe un criterixsm pour la discerner de l'erreur, on t spéculé sur la connaissance prise en général ; or, nous connaissons des objets de divers ordres et par des facultés diverses ; certaines connaissances