‹ Manuel de philosophieChapitre 5 sur 129 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA SENSIBIUTÉ · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA SENSIBIUTÉ

Les différents états de mon corps excitent en moi diverses sortes de peines et de plaisirs. Les antres corps, que je connais par les sens, ne me sont pas non plus indifférents ; parmi leurs qualités, il y en a qui m'agréent et il y en a qui me déplaisent ; je jouis des unes et je souffre des autres. Ces plaisirs et ces peines qui naissent en nous, soit à propos des modifications de Torganisme, soit à Toccasion des perceptions des sens, s'appellent d'une manière générale des sensations. Mais ce ne sont pas seulement les corps qui nous plaisent et nous répugnent ; Tétat de notre âme, l'exercice de la pensée, ceilaines conceptions purement intellectuelles sont aussi pour nous la source de jouissances profondes et de souffrances vives ; on réserve à ces peines et à ces plaisirs d'un autre genre le nom de sentiments. Enfin, la sensibUUé est la capacité qui est en nous d'éprouver toute espèce de sentimentset de sensations ; c'est la faculté de jouir ou de souffrir, en général.

Par ces définitions, nous excluons de l'acception philosophique des mots sensibilité^ sensation et sentiment, des faits qu'une relation naturelle et presque constante unit à ceux que nous venons d'indiquer, en sorte que dans la langue commune et dans les écrits mêmes des philosophes, ils se trouvent souvent confondus avec eux sous le même nom. D'abord, on ne distingue pas toujours assez bien de la sensation ou du sentiment, l'impression

physiologique qui précède ou qui suit. La sensation est invariablement causée par un certain mouvement de l'appareil nerveux ; et parmi nos sentiments, même les plus relevés, il n'y en a guère qui ne réagissent sur l'organisme et ne se manifestent, pour peu qu'ils soient vifs, par quelque signe extérieur et visible. La différence établie plus haut entre les plaisirs et les peines, même physiques, et leurs conditions ou leurs effets organiques, n'en est pas moins réelle et profonde ; et la moindre confusion laissée sur ce point ouvre la porte au matérialisme.

Ensuite, les sensations que nous causent les objets extérieurs sont presque toujours accompagnées de la connaissance de ces objets. Un corps me blesse et je souffre; mais en même temps, je sais quel il est, je connais sa forme et sa grandeur. L'un de ces deux faits n'est pas l'autre ; le premier peut même se produire sans le second. Il y a telle douleur physique, que je ressens vivement, et dont j'ignore la cause, au moins pour un temps; il faut pour la reconnaître que je la cherche. Gomme pourtant la perception de l'objet et la sensation qu'il détermine sont le plus souvent simultanées, on les a identifiées plus d'une fois, au moins dans les termes. Gondillac, par exemple, n'y voit qu'un même fait, qu'il désigne sous le titre de sensation; et seulement, il considère la sensation tantôt comme représentative, c'esisîlors la connaissance de l'objet senti ; tantôt comme affective, c'est ici la peine ou le plaisir que cet objet nous apporte. Kant, en combattant la doctrine qui réduit Thomme tout entier à la sensibilité, a laissé subsister cette confusion de langage; sensibilité signifie, pour lui comme pour ses adversaires, aussi bien l'expérience que nous avons des corps et de leurs qualités, que ce que nous en ressentons d'agréable et de pénible. Il importe cependant de maintenir la distinction et de la fixer dans les mots. On peut la marquer par un caractère précis, qui en fera sentir l'importance. La connaissance implique invariablement dualité, sujet et objet ; il y a en elle essentiellement l'objet qui est pensé et le sujet qui pense ; elle périt dans l'abstraction de l'un de ces deux termes. Au contraire, la peine oo le plaisir sont en eux-mêmes une modification pure et simple du sujet, et, comme on dit, un phénomène purement sub- ,

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