Troslogium, cap. m
2. Tennemaan a confondu Targument du De libero arhitrio Çlib. II, cap. y-xy) aftoc«tiii da Profiofîtuik
3. Liber pro insipiente advenus S. Anselmi in Proslogio ra^tiocinationem. Voy. S. ànâ. Opp^ omn. Rd. Gtrtemu
dédaigna pas de répondre à cette réfutation*, curieux prélude des discussions gui s'élevèrent six siècles plus tard avec tant de force et d'éclat entre Descartes et ses adversaires. Traversons ce long intervalle , et voyons la forme nouvelle que l'argument de saint Anselme revêtit entre les mains du père de la philosophie moderne, qui, tout en croyant de très-bonne foi le découvrir, en avait peut-être reçu le germe dans ses premières études des je* suites de la Flèche*.
c Or maintenant, dit-il, si de cela seul que je puis tirer de ma pensée l'idée de quelque chose, il s'ensuit que tout ce que je reconnais clairement et distinctement appartenir à cette chose lui appartient en effet , ne puis-je pas tirer de ceci un argument et une preuve démonstrative de l'existence de Dieu ? Il est certain que je ne trouve pas moins en moi son idée , c'est-à-dire Tidée d'un être souverainement parfait, que celle de quelque figure et de quelque nombre que ce soit; et je ne connais pas moins clairement et distinctement qu'une actuelle et éternelle existence appartient à sa nature, que je connais que tout ce que je puis démontrer de quelque ligure ou de quelque nombre appartient véritablement à la nature de cette figure ou de ce nombre; et partant , encore que tout ce que j*ai conclu dans les méditations précédentes ne se trouvât point véritable, l'existence de Dieu devrait passer en mon esprit au moins pour aussi certaine que j'ai estimé jusqu'ici toutes les vérités des mathématiques, qui ne regardent que les nombres et les figures, bien qu'à la vérité cela ne paraisse pas d'abord entièrement manifeste, mais semble avoir quelque apparence de sophisme. Car ayant accoutumé dans toutes les autres choses de faire distinction entre l'existence et l'essence, je me persuade aisément que l'existence peut être séparée de l'essence de Dieu , et qu'ainsi on peut convevoir Dieu comme n'étant pas actuellement. Mais néanmoins, lorsque j'y pense avec plus d'attention, je trouve manifestement que l'existence ne peut non plus être séparée de l'essence de Dieu que l'essence d'un triangle
1. s. kaaélm Liber apologetieut , contra Gaunilonem respoudeatem pro iniipiente.
3. Cette conjecture est de Leibnitz. Voy. Sauveam Eisaii, liv. IV. chap. z, $ 7.
rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de l'idée d'une montagne l'idée d'une vallée ; en sorte qu'il n'y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu, c'est-àdire un être souverainement parfait, auquel manque l'existence, c'est-à-dire auquel manque quelque perfection, que de concevoir une montagne qui n'ait point de vallée.
• Mais encore qu'en eiïet je ne puisse pas concevoir un Dieu sans existence non plus qu'une montagne sans vallée , toutefois , comme de cela seul que je conçois une montagne avec une vallée, il ne s'ensuit pas qu'il y ait aucune montagne dans le monde , de même aussi, quoique je conçoive Dieu comme existant, il ne s'ensuit pas, ce semble, pour cela que Dieu existe; car ma pensée n'impose aucune nécessité aux choses; et comme il ne tient qu'à moi d'imaginer un cheval ailé , encore qu'il n'y en ait aucun qui ait des ailes , ainsi je pourrais peut-être attribuer l'existence à Dieu, encore qu'il n'y eût aucun Dieu qui existât. Tant s'en faut, c'est ici qu'il y a un sophisme caché sous l'apparence de cette objection; car, de ce que je ne puis concevoir une montagne sans vallée , il ne s'ensuit pas qu'il y ait au monde aucune montagne ni aucune vallée , mais seulement, que la montagne et la vallée , soit qu'il y en ait, soit qu'il n'y en ait point, sont inséparables l'une de l'autre; au lieu que de cela seul que je ne puis concevoir Dieu que comme existant, il s'ensuit que l'existence est inséparable de lui , et partant qu'il existe véritablement ; non que ma pensée puisse faire que cela soit , ou qu'elle impose aux choses aucune nécessité ; mais , au contraire , la nécessité qui est en la chose même, c'est-à-dire la nécessité de l'existence de Dieu me détermine à avoir cette pensée. Car il n'est pas en ma liberté de concevoir un Dieu sans existence , c'est-à-dire un être souverainement parfait sans une souveraine perfection , comme il m'est libre d'imaginer un cheval sans ailes ou avec des ailes ^ »
Pressé par ses amis et par ses adversaires, Descartes a donné à cette démonstration la forme syllogistique*: