Ifûuveaux Etsaii, Itv. IV, chap. ne
5. Pour le déTcloppemcirt de cette pensée, toy. Mediiatimes de eôgniiione, vêtHate H ideUy dans Dutens, II, 16 et 17. 3. K Judicare etiam licet, quod substantia ista suprema, quae est uniea, univer-
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« On peut juger aussi que cette substance suprême et nécescessaire, n'ayant rien hors d'elle qui en soit indépendant, et étant une suite simple de l'être possible, doit être incapable de limites et contenir tout autant de réalité qu'il est possible.
«< D'où il s'ensuit que Dieu est absolument parfait, la perfection n'étant autre chose que la grandeur de la réalité positive prise précisément, en mettant à part les limites ou bornes dans les choses qui en ont. Et là où il n'y a point de bornes, c'est-àdire en Dieu, la perfection est absolument infinie.
< Ainsi Dieu seul (ou l'Être nécessaire), a ce privilège, qu'il faut qu'il existe, s'il est possible. Et comme rien ne peut empêcher la possibilité de ce qui n'enferme aucunes bornes, aucune négation, et par conséquent aucune contradiction, cela seul suffit pour connaître l'existence de Dieu a priori» »
Ainsi la perfection étant chose absolument positive, exclut de soi toute limitation, et par conséquent toute contradiction. Il ne saurait donc y avoir dans l'idée de l'être tout parfait aucune contradiction ; et bien que nous soyons incapables de l'épuiser, nous savons certainement que cette idée, n'enfermant que des éléments positifs, ne peut enfermer des éléments contradictoires.
Voilà donc l'argument de saint Anselme et de Descartes porté à sa perfection. D'une part, l'être parfait est possible; de l'autre, sa possibilité implique sa réalité; la démonstration est complète.
Toutefois, Leibnitz entreprit de lui donner un nouveau degré de simplicité en partant, non plus de l'idée de l'être parfait, qui peut embarrasser quelques esprits par sa profondeur et sa complexité, mais de l'idée de l'être nécessaire, laquelle, étant absolument simple, ne réclame aucune préalable analyse, et repré-
salis et necessaria, cum nihil extra se habeit quod ab ea non dependeat et simple! rerum possibilium séries existât, limitum capax esse nequit, et omnem realitatem possibilem continere débet.
« Unde sequitur Deum esse absolute perfectum, cum perfectio non sit nisi magnitudo realitatis posilivae précise sumpta, depositis rerum limitationibus....
« Ita Deus solus (seu ens necessarium) hoc privilegio gaudet, quod necessario existât, si possibilis est. Et quemadmodum nihil possibilitatem ejus impedit, quod limitum expers, nec uUam negationem consequenter nec contradictionem involvit, hoc unicum sufficit ad cognoscendum existentiam Dei a priori.
sente un être, simple comme elle, dont la possibilité n'a pas besoin d'être démontrée. Le dernier résultat de tout ce travail de remaniement et de transformation, c'est le syllogisme célèbre :
« Ens ex cvjus essentia sequUur existmtia, si est possibUe, id est, si hahet essentiam, existit {Est axioma identicum demonstratione non indigens).
c Atqui Deus est ens ex cujus essentia sequitur existentia {Est défi-' mtio).
« Ergo, Deus, si est possibiliSy existit (per ipsim conceptus necessitatem). >
De tous les philosophes qui ont attaqué l'argument de saint Anselme, Rant est incontestablement celui qui a élevé les objections les plus sérieuses et les plus profondes. On sait que l'auteur de la Critique de la raison pure ne reconnaît comme légitime aucune des preuves spéculatives de l'existence de Dieu ; mais il s'attache principalement à renverser celle qu'il nomme preuve on^ tologigue, et qui n'est autre que celle dont il s'agit en ce moment.
Suivant le philosophe allemand, ceux qui prétendent que l'existence nécessaire de Dieu résulte de son idée, confondent la nécessité logique ou celle qui lie un attribut à un sujet avec la nécessité réelle des choses. « Quand je dis : Le triangle est une figure qui a trois angles, j'indique un rapport nécessaire et tel que, le sujet une fois donné, l'attribut s'y rattache inévitablement. Mais s'il est contradictoire de supposer un triangle en supprimant par la pensée les trois angles, il ne l'est pas de faire disparaître le triangle en même temps que les trois angles. De môme s'il est contradictoire de nier la toute-puissance, lorsqu'on suppose Dieu, il ne l'est pas de supprimer tout ensemble Dieu et la toute-puissance : ici, tout disparaissant, attribut et sujet, il n'y a plus de contradiction possible. Dira-t-on qu'il y a tel sujet qui ne peut pas être supprimé, et qui par conséquent doit rester? Gela revient à dire qu'il y a un sujet absolument nécessaire. *»
Rant insiste pour montrer qu'il ne peut y avoir de contradiction dans la négation de l'existence de Dieu : « Lorsque nous di-
4d8 théodicAe.
80DS de teUe on telle chose que nous regardons comme possible que cette chose eiiste, quelle espèce de proposition faisons» nousT Est-ce une proposition analytique ou une proposition synthétique? Si c'est une proposition analytiquei en affirmant Teiistence de la chose, nous n'ajoutons rien à l'idée que nous en avons, et par conséquent nous n'affirmons cette existence que parce qu'dle est déjà dans l'idée que nous arons de la chose même, ce qui n'est qu'une répétition, et ne prouve nullement que la chose dont U s'agit existe, quand même elle n'est pas donnée déjà comme existante. Disons-nous au contraire que la proposition qui affirme l'existence d'une certaine chose est synthétique? mais alors il n'y a aucune contradiction à supprimer le pfrédicat de l'existence; » car les propositions analytiques sont les seules, suivant Rant, dans lesquelles il implique contradiction de nier le prédicat, une fois le sujet supposé, et c'est précisément à ce signe qu'on les reconnaît. Ainsi il est contradictoire de supposer un triangle, si on en supprime les trois angles par la pensée, de supposer Dieu si on nie la toute-puissance, parce que ces propositions : Le triangle est une iigure qui a trois angles; Dieu est tout* puissant, sont des propositions analytiques. Mais si la proposition qui affirme l'existence de Dieu est une proposition synthétique, comment pourrait-il impliquer contradiction de supposer la non-existence de Dieu? La contradiction ne serait possible que si la proposition était analytique, et la proposition ne peut être analytique qu'à la condition de ne rien prouver.
Enfin, comment de ce qu'un être est conçu comme parfait, pouvons-nous conclure qu'il existe, si l'existence elle-même n'est pas un attribut, un prédicat qui détermine l'idée du sujet? Qr, l'existence ne peut être regardée comme un attribut, dont l'idée, en s'syoutant à celle que nous avons de la chose dont il s'sgit, la développe, la complète, la détermine. Quand je dis : Dieu est toQt-puissant, l'attribut tout-puissant détermine TidéedeDieu; mais que je conçoive Dieu comme simplement possible ou comme réel, l'idée n'en reste pas moins la même dans les deux cas; il est donc vrai de dire que le réel ici ne contient rien de plus que le possible : s'il en était autrement, l'idée que nous
EXISTENCB DE DIEU. 439
avoDS d'une choae ne aérait pas complète, tant que nous ne la concttvona que comme possible* Il suit de^là que si je conçois un être comme Tétre pariait, j'ai beau tourmenter l'idée de cet être pour en faire sortir son existence, la question de savoir s'il exista ou Dou reste toujours, et ce n'est pas du concept même de l'objet conçu comme possible que nous tirerons le concept de la réalité* Nous sommes donc obligés de sortir de notre concept d'un ol^et, pour accorder l'existence à cet objet. Cette conclusion» si elle est juste, renverse l'argument ontologique» puisque cet argument prétend précisément conclure de l'idée de l'être parfait conçu comme possible, sa réalité, c Ainsi, dit Kant» il s'en faut debeau* coup que Leibnitz ait fait ce dont il se flattait, et qu'il soit parvenu à connaître a priori la possibilité d'un être idéal si élevé. Dans cette célèbre preuve ontolc^que de l'existence d*un être suprême, tout travail est perdu» et un homme n'augmenterait pas plus ses connaissances par de simples idées, qu'un négociant n'augmenterait sa fortune en lyûutant quelques zéros h l'état de
sa caisse*. >
ConehâsUm sur l'argument dé saint Anselme. --* On ne peut s'empêcher de reconnaître que les objections de Kant contre l'argument de saint Anselme ne soient invincibles» et qu'il n'ait marqué avec une parfaite justesse le défaut de cet argument, savoir : la confusion de la nécessité logique et abstraite» créée pour ainsi dire par l'analyse des notions» avec la nécessité réelle et actuelle des choses. Toutefois, le fond de cette preuve reste acquis à la théodicée ; je veux dire qu'en fait, l'idée de Dieu ne se sépare jamais, dans la conscience, de la foi à son existence réelle. Nier Dieu» c'est n'y pas penser. L'athéisme n'est que sur les lèvres, il ne peut être dans l'esprit et dans le cœur. Gomme disait saint Anselme, dès que Dieu est pour nous in intellectu^ il est aussi pour nous in re ; ou» suivant les termes de Descartes, l'existence actuelle est enfermée dans l'idée de Dieu ; ou enfin»
1. Voy. Kant, Critique de la rmtdnpure, trad. de M. Tissot, t. Il, p. 194 et SÛT., «I M. Cousin, iifoiw «ht Kcmif p. 233-336.
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pour prendre les expressions de Leibnitz, Dieu est Tétre dont la possibilité et la réalité ne se distinguent pas. Voilà le fond solide et inébranlable de toutes ces argumentations, dont la forme seule succombe sous l'argumentation de Kant. On a pu ravir un syllo* gisme à la logique du moyen âge, on n'ôtera pas la preuve ellemême à la raison et au genre humain. « Le dernier des hommes, a dit un grand écrivain, qui a su réfuter à son tour, en ce qu'elle a d'excessif, la réfutation kantienne, le dernier des hommes, dans le sentiment de la misère inhérente à sa nature bornée, conçoit obscurément et vaguement l'être tout parfait, et ne peut le concevoir sans se sentir soulagé et relevé, sans éprouver le besoin et le désir de retrouver et de posséder encore, ne fût-ce que pendant le moment le plus fugitif, la puissance et la douceur de cette contemplation, conception, notion, idée, sentiment ; car qu'importent ici les mots, puisqu'il n'y a pas de mots pour l'Ame ? La pauvre femme, dont Fénelon enviait la prière ne prononçait pas de savantes paroles; elle pleurait en silence, abtmée dans la pensée de l'être parfait et infini, témoin invisible et consolateur secret de ses misères. Nous ressemblons tous à cette pauvre femme. Concevoir l'être parfait du sein de notre imperfection, c'est déjà un perfectionnement, un pressentiment sublime, un éclair dans notre nuit, une source vive dans notre désert, un coin du ciel dans la prison de la vie. Toutes ces fortes expressions peignent la scène intérieure qui se passe dans toutes les âmes, dans celle de Platon ou de Leibnitz comme dans celle du dernier des hommes, qui relève l'un, humilie l'autre, et les confond dans le sentiment de la même nature, de la même misère, de la même grandeur. L'homme est toujours dans le philosophe; il l'inspire à la fois et le retient, et le rappelle sans cesse au sentiment de la réalité. C'est aussi à la psychologie à éclairer et à féconder la logique. Elle lui transmet des éléments vivants et réels, que la logique combine ensuite, développe et systématise légitimement, si elle ne se sépare pas de la psychologie. S*en sépare-t-elle et présente-t'^elle ses formules générales, ses principes abstraits, ses raisonnements les plus réguliers, pour fonder la réalité? Elle y succombe; elle manque
le but en voulant le dépasser, et elle ouvre la porte au sceptîcisme^ >
Des preuves c posteriori de Fexistence de Dieu. — Nous avons déjà eipliqué qu'à parler un langage rigoureux» l'existence de Dieu ne saurait être prouvée a posteriori, c'est-à-dire en se fondant exclusivement sur les données de l'expérience. Mais si l'expérience à elle seule est incapable de porter jusqu'à Dieu, si c'est à la raison seule qu'appartient ce noble privilège, il n*en est pas moins vrai que le spectacle de la nature sert à élever nos ftmes vers son divin auteur, et que l'ordre admirable qui règne dans l'unvers est pour nous une confirmation puissante de l'existence de l'être parfait que la raison nous a spontanément révélée.
Cette remarque s'applique principalement à celle des preuves a posteriori qu'on appelle argument des causes finales. Quant à la preuve bien connue qui se fonde sur le consentement unanime des peuples, nous nous bornerons à dire que, bien qu'il ne fût pas conforme à une sévère méthode d'établir l'existence de Dieu sur la seule autorité du sens commun, ce serait une dérogation bien plus grave encore aux lois d'une philosophie raisonnablei, que de se priver volontairement de la force immense que donne à une doctrine philosophique l'appui du genre humain. Nous admettons donc, comme parfaitement légitimes sous les réserves convenables, les deux grandes preuves a posteriori qui viennent d'être indiquées.
Nous n'insisterons que sur la première, celle qui est tirée de l'ordre de la nature. Fénelon a consacré toute la première partie de son Traité de rexistence de Dieu à développer cette preuve dans un style enchanteur et avec une merveilleuse abondance ; mais c'est à Kant que revient l'honneur d'en avoir analysé les principes avec une précision supérieure et d'avoir fixé sa juste portée.
Voici, suivant lui, le fond de la démonstration : 1* dans le