M. Cousin, Leçons iur Kant, p
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monde, se trcmy^t partout des marques visibles d'un ordre exécuté avec la plus grande sagesse» dans un dessein arrêté, et avec une variété admirable de moyens ; 2"* cet ordre de fins est tout à fait étranger aux dioses, et ne lear aiqMrtîent pas essentiellement; d"" il existe donc une ou pluneuri causes sages, et cette cause n'est pas une nature qui agit aveuglément, mais une intelligence qui agit avec liberté; 4'' l'unité de cette cause se conclut avec certitude de l'unité des rapports réciproques de toutes les parties do monde.
c Cet argument, dit Rant* mérite d'être toujours rappelé avec respect. Cest le plus ancien, le plus clair, et celui qui convient le mieux à la raison de la plupart des honunes. Il vivifie l'étude de la nature, en même temps qu'il y puise tovyours de nouvelles forces. Il conduit à des fins que l'observation, par elle-même, n'aurait pas découvertes, et il étend nos connaissances actuelles. Ce serait donc vouloir non-seulement nous retirer une consolation, mais tenter l'impossible, que de prétendre enlever quelque chose à l'autorité de cette preuve. La raison, incessamment éle* vée par des arguments si puissants et qui s'accroissent perpétuellement, ne peut être tellement rabaissée par les incertitudes d'une spéculation subtile et abstraite, qu'elle ne doive être arrachée à toute irrésolution sophistique connue à un songe, à la vue des merveilles de la nature et de la structure mqestueuse du monde, pour parvenir, de grandeur en grandeur, jusqu'à la graiw deur suprême ^ »
Après avoir rendu ce sincère hommage à la preuve des causes finales, Kant montre avec une rigueur parfaite que cette preuve a besoin d'être soutenue et complétée par les preuves a priarù
En effet, l'harmonie des phénomènes de la nature prouve seulement un architecte du monde. On peut, en partant de l'harmonie de l'univers, arriver à un architecte suprême, comme le faisaient les anciens, et en même temps nier qu'il en puisse être le créateur. En second lieu, si nous ne sortons pas de l'argument
1 . Kant, Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale, t. II de la trad. de M. Tissot, p. 223 et suiv.
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des causes finales, cette grandeur de l'ouvrier, que nous concevons proportionnée à ses œuvres , n'est rien de bien déterminé, et l'expérience , c'est-à-dire la connaissance que nous avons du monde, quelque étendue qu'elle soit, ne nous donnera jamais l'idée de la toute-puissance, de la parfaite sagesse, de l'unité absolue de l'auteur suprême. Si donc, dans cet argument, on conclut à l'existence nécessaire d'un créateur unique et parfait, c'est qu'on y mêle d'autres arguments d'une autre nature et d'une force supérieure*.
Résumé général des preui>es de Vexistenee de Dieu. — Si nous avons réussi à bien faire comprendre la suite et l'harmonie de ces preuves, il doit être évident que leur variété réelle, qui fait leur richesse, se concilie avec une profonde unité.
Toutes ces preuves sont fondées sur la raison ; et la raison est, par essence , la perception de l'absolu ou du parfait. Autant il y a dans l'intelligence humaine de formes diverses de la perception de l'absolu , autant il y a de preuves différentes de l'existence de Dieu. Parcourir ces preuves, c'est analyser l'idée de Dieu dans ses premiers éléments ; quand cette analyse est épuisée , la démonstration est complète. Il résulte de là une conséquence de la plus haute importance, c'est que si la démonstration de Dieu est une au fond dans la variété de ses formes , comme la raison est une dans la variété de ses éléments, le résultat auquel nous aboutissons est un. Ce ne sont pas plusieurs dieux, dont l'un serait l'être étemel et immense, l'autre la cause , un troisième la substance; c'est un seul et unique Dieu, étemel, immense, cause toute-puissante, substance infinie, raison universelle, être parfait enfin, en qui s'unissent toutes les perfections possibles, architecte du monde, idéal sublime, et suprême asile de l'humanité.
Nous avons donc établi tout ensemble sur la base de la raison, ces deux dogmes étroitement unis : il existe un Dieu, il n'existe qu'un seul Dieu.