‹ Manuel de philosophieChapitre 73 sur 129 · Voy. H. Cousin, Leçons sur Kant^ p. 256 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. H. Cousin, Leçons sur Kant^ p. 256 et suiv

444 THËODIGÉE.

S 1. Méthode pour déterminer la nature de Dieu.

Nous savons qu'il existe un Dieu; comment parviendrons-nous à connaître sa nature, à déterminer ses attributs? Certes , s'il est un problème capable d*effrayer notre faiblesse et de rabaisser notre orgueil , c'est le problème de la nature de Dieu. Comment oser appliquer à un si grand objet le fragile instrument de notre analyse ! comment mesurer celui qui est Tinfini même ! comment saisir l'être qui se dérobe par son essence à toutes les prises d'une raison imparfaite et n*est saisissable que pour soi ! comment parler sans trop d'inexactitude du principe ineflable devant qui toute parole expire dans le ravissement de l'intelligence I

Toutefois y il faut ici se tenir en garde contre un excès de timidité qui ne serait ni moins dangereux, ni moins contraire à la vraie sagesse qu'un excès de confiance et d'orgueil. Oui , sans doute, la nature de Dieu nous surpasse, et Tinfini seul peut comprendre l'infini ; mais cette pensée même où se trahit l'imperfection de notre raison rend aussi témoignage de sa puissance. Car comment verrions-nous si clairement que la nature de Dieu nous est infiniment incompréhensible , s'il ne nous avait pas été donné de la concevoir ? Disons donc sans vaine subtilité qu'il y a au moins quelque chose dans l'essence divine que nous comprenons parfaitement, c'est son incompréhensibilité elle-même; et sachons estimer le prix de cette connaissance imparfaite et sublime qui soutient et borne tout ensemble l'essor de notre raison.

Savoir qu'il existe un Dieu, c'est déjà avoir pénétré profondé-

ment dans sa nature. Le Dieu auquel la raison nous a conduits n'est pas une sorte d'inconnue algébrique dont ia nature resterait pour nous indéterminée. Ce n'est point le Dieu abstrait d'une logique aveugle: c'est le Dieu de la conscience, la Cause des causes, la Raison universelle, l'Être tout parfait; c'est donc déjà le Créateur et la Providence de l'univers.

Pour résoudre le problème de la nature et des attributs de Dieu, nous n'avons donc autre chose à faire qu'à développer une idée qui est entre nos mains. Il ne nous manque plus qu'une méthode qui nous serve à opérer l'analyse de l'idée de Dieu d'une manière rigoureuse et scientifique.

Cette méthode, la voici: Dieu, c'est l'être parfait. Dans quelle mesure et comment l'esprit humain peut-il saisir la perfection? Évidemment, si l'on fait abstraction de l'expérience, si on essaye de se placer par la pensée hors de l'univers et de la nature humaine, on n'a plus en face de soi que le vide , et celui qui s'imagine apercevoir encore quelque objet est dupe des chimères de son imagination. C'est donc au sein même des réalités imparfaites de ce monde que la raison découvre par la vertu qui est en elle l'infini et le parfait. Toutes les fois que l'expérience lui découvre l'être sous la mobilité des phénomènes et des rapports qui l'enveloppent, elle s'y attache, et, le dégageant de ses limitations, le purifiant pour ainsi dire de tout impur alliage, elle le conçoit dans sa plénitude et son infinité. Telle est l'unique voie qui a été ouverte à Tintelligence de l'homme pour atteindre la perfection; telle est par conséquent l'unique méthode qui puisse servir à l'explorer dans tous les éléments qui la constituent.

Le parfait se révèle dans l'imparfait et Dieu dans le monde , voilà notre premier principe; mais n'y a-t-il point une créature privilégiée , où Dieu se manifeste d'une manière à la fois plus claire, plus complète et plus touchante? Celte créature, c'est l'homme, en qui tous les traits de perfection répandus et comme dispersés dans l'immensité de ce vaste univers , viennent se concentrer et se réfléchir. Qu'est-ce au fond pour nous que ce tableau, si divers et si magnifique du monde visible? la manifestation harmonique des forces invisibles en qui se résout la réalité

sabstanlielle de la création. Or, ces forces cadiées que nous oonceToos au delà des phénomènes , que sont^elles ? rien de plus oertainement que la force que nous sommes nous-mêmes et qui nous sert à concevoir toutes les autres. Que dis-je ? Pour nous représenter les forces de la nature, bien loin qu'il soit nécessaire de rien ajouter à l'idée que nous nous formons de notre force propre, il faut au contraire y retrancher la plupart de nos plus précieux attributs. C'est en dépouillant notre être de toute liberté» ou même de toute intelligence et de tout sentiment, que nous composons par la pensée ce vaste ensemble d'existences imp arfaites , qui se classent à nos yeux dans un ordre déterminé de dignité et de perfections rdatives, suivant qu'elles manifestent plus ou moins des attributs analogues aux nôtres. S'il en est ainsi, c'est donc dans l'homme qu'il faut surtout cherdier Dieu; c'est dans l'étude la plus approfondie de ce qu'il y a de plus ex* celleot dans notre nature qu'est le seul fondement solide de la connaissance de Dieu.

Voici donc, en résumé, notre méthode pour déterminer la na« ture divine. Nous cherchons dans les ceuvres mêmes de Dieu , mais avant tout dans la nature humaine, tous les éléments de perfection qui peuvent s*y découvrir. Toute limitation, toute négation, nous l'excluons sévèrement; mais nous conservons tout ce qui est effectif, positif, substantiel, et nous n'hésitons pas à transporter tout cela dans la nature divine , persuadés qu'on ne court aucun risque en affirmant que Dieu possède d'une manière digne de lui tout ce que possèdent ses créatures d'une manière proportionnée à leur bassesse.

De là une division trèsHsimple des attributs de la Divinité. Quand on se borne à exclure de Dieu tout ce qui est incompatible avec une nature parfaite , on arrive ainsi à cette sorte d'attributs qu'on appelle dans l'école attributs métaphysiques, tels que l'immutabilité , riodivisibilité , lesquels, pour être purement négatifs, n'en sont pas moins d'une très-grande conséquence. Quand on essaye de déterminer la nature divine en elle-même, en s'appuyant d'une part sur la connaissance des œuvres de Dieu, et de l'autre sur l'idée de la perfection absolue de Têtre, on éta-

blit de la sorte des attributs plus essentiels encore, «'il «st possible: ce sont ces attribats sublimes de toote^puissanoè , de liberté, de sagesse, de justice, qui nous font connattre, adorer, s^ittr un Dieu spirituel et moral .

Appliquons-nous successivement à Tétude de cette double série d'attributs divins, en donnant à chacun le degré d'att^tion que réclame son importance.

f % Des attributs métaphysiques de Diea.

Le nombre de ces attributs n'est point strictement limité. Autamt on peut exclure de la nature divine de traits d'imperfection et de faiblesse, autant on peut compter d'attributs métaphysiques de Dieu. Ceux qu'il est le plus utile de méditer sont l'unité, la simplicité, l'immutabilité, l'éternité et l'immensité.

Après les avoir parcourus tour à tour, si nous n'avons pas enrichi de beaucoup notre connaissance positive de la nature divine, nous aurons du moins délivré notre esprit de mille préjugés qui viennent sans cesse l'assaillir, et dont les plus fermes intelligences ne s'affranchissent jamais sans effort.

De f unité €t de la simplicité de Dieu. — Par l'unité de Dieu, j'entends seulement qu'il existe un seul Dieu et non deux ou plusieurs. Par la simplicité de Dieu, j'entends quelque chose de plus : j'entends que la nature de Dieu exclut toute composition de parties, que Dieu n'est point l'ensemble des êtres de l'univers, une somme, un total, un inâni numérique, mais un être en soi indivisible, une seule et même nature absolument parfaite et infinie.

Qu'il n'existe qu'un seul Dieu, cela résulte, nous l'avons vu *, de la seule démonstration de l'existence de l'Être suprême. Ajoutons ici une preuve spéciale, à laquelle il sera aisé de donner le caractère d'une évidence mathématique.

Dieu est par définition l'être parfait. Or, il est clair que l'exis-

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