‹ Manuel de philosophieChapitre 74 sur 129 · Voy. ci-dessus, Résumé des preuves de Vexisîence de Dieu · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, Résumé des preuves de Vexisîence de Dieu

tence de deux êtres parfaits implique contradiction. En effet, supposez un instant ces deux êtres parfaits. Puisque ce sont deux êtres distincts, il faut qu'il y ait entre eux un principe de différence. Car deux êtres absolument identiques sont deux indiscernables, comme dit Leibnitz', et par conséquent ne font qu'un, comme, par exemple, en géométrie deux lignes droites qui ont deux points communs. II faut donc qu'entre les deux êtres parfaits qu'on imagine, il y ait une différence possible. Elle ne peut venir de leur essence , puisque l'essence de chacun d'eux est la perfection ; elle ne peut venir de leurs propriétés, car tous deux possèdent et ne peuvent pas ne pas posséder toutes les perfections ; elle ne peut pas venir enfin du degré divers de ces perfections, car des perfections absolument possédées n'ont pas de degré. Aucune différence n'est donc possible entre les deux êtres supposés ; d'où il suit que la supposition est absurde. D*ailleurs, si vous admettez deux êtres parfaits et infinis, chacun d'eux limitera l'autre, et aucun d'eux ne sera véritablement infini et parfait.

Pour rendre cette démonstration plus simple, supposez deux espaces ou deux temps infinis. Un espace infini ne peut différer d'un autre espace infini, ni par la longueur, ni par la largeur, ni par la profondeur, ni en un mot par aucune des propriétés de l'espace. De plus, chacun de ces espaces n'est infini qu'à moitié, étant borné par l'autre espace . D'où il suit que les deux espaces n'en font qu'un. On raisonnerait absolument de même dans l'hypothèse de deux temps infinis, ce qui fait bien voir que ces suppositions ne sont que des chimères de l'imagination qui ne résistent pas au premier regard de l'analyse.

La démonstration qui précède est toute a priori^ et n'emprunte rien à l'expérience. Mais ici, comme pour les preuves de l'existence de Dieu, si l'expérience ne fonde pas les principes métaphysiques, elle les confirme. C'est en ce sens que l'unité de Dieu peut être établie par l'unité même du monde, par l'éclatante har-

1. Sur le principe de Pidentité des indiscernables, voy. Leibnîtz, Réponse à la troisième réplique de M. Ctarke^ dans Ërdmann, p. 75S.

ATTRIBUTS DB DIEU. 44d

monte de ses lois, dont les sciences nous apportent chaque jour de nouveaux témoignages ^

Il ne suffit pas d'avoir prouvé que Dieu est un, c'est-à-dire qu*il n'y a qu'un seul Dieu ; il faut prouver encore que la nature de Dieu est- parfaitement simple et n'admet aucune composition de parties. £n voici une preuve directe, très-simple et très-rigoureuse : Si Dieu est composé de parties , de deux choses Tune, ou chacune de ces parties retient les caractères de l'essence divine» savoir, l'infinité, la perfection, l'existence en soi et par soi ; ou elle ne les retient pas. Dans le premier cas, il n'y a pas un seul Dieu, il y en a autant que de parties, il y en a une infinité, ce qui est absurde par la démonstration précédente. Dans le second cas, si chaque partie est un être contingent, fini, imparfait, il est absurde que la réunion de ces êtres constitue un être nécessaire, infini et parfait. Dieu est donc une nature absolument simple et indivisible.

Est-ce à dire que Dieu soit une unité pure, abstraite, vide de toute multiplicité? Nullement. Dieu est une unité réelle, une unité vivante, une unité féconde, riche d'une infinité d'attributs que la pensée humaine ne saurait comprendre ni épuiser ; mais dans cette variété merveilleuse la nature divine ne se laisse pas diviser, et elle ramène tous les éléments de son être inépuisable à l'unité radicale de son essence.

Voilà la simplicité de Dieu solidement établie a priori sur le fondement de son unité. On peut encore la prouver d'une manière indirecte en réfutant le système de Démocrite et d'Épicure qui font leur Dieu de l'univers. Au fond, réduire Dieu à l'ensemble des parties du monde, ce n'est pas seulement altérer sa nature , c'est nier son existence, et le matérialisme se résout en définitive dans l'athéisme absolu '•

1. Pour le déTeloppement de Tidée de Vunité divine, voy. Fénelon, Traité de V existence de Dieu, part. II, chap. v; et Clarke, Traité de l'existence de Dieu, chap. vnx.

2. Pour la réfutation du système de Démocrite, voy. Fénelon, Traité de Vexis* tenee de DieUf part. I, chap. y.

De emmmbiliU de Dieu. — Cet attribut peut se démontrer avec une rigueur mathématique. En effet, Dieu est par essence rétre parfait; or, s'il y a au monde une vérité daire et distincte, c'est que la perfection exclut la possibilité même du changement. D'où il suit que Dieu est absolument immuable.

Yoici comment on prouve l'incompatibilité de l'idée de changement avec celle de perfection. Changer, c*est perdre ou gagner quelque chose. Or l'être parfait renfermant toutes les perfections possibles n*en peut acquérir aucune ; il n'en peut non plus perdre une seule sans cesser d'être l'être tout parfait, c'est-à-dire sans cesser d'être lui-même. ËnlSn, il ne peut posséder telle ou tdle de ses perfections à des degrés divers , puisqu'il est de son essence de les posséder toutes d'une manière absolue, c'est-à-dire sans degré. L'être parfait ne peut donc changer d'aucune manière ; il est absolument immuable.

Certes, voilà une démonstration d'une rigueur et d'une clarté parfaites, et l'on peut dire que si l'esprit humain est capable de quelque vérité pleinement assurée, c'est de celle-là. Et toutefois quelle idée est mieux faite pour étonner, pour déconcerter notre intelligence que celle d'un être toujours identique à soi? Car enfin cet être n'est pas l'inerte abstraction de l'antique Ëlée, l'existence pure, l'existence vide et morte de Parménide. C'est un être vivant, qui pense, qui agit, qui crée, qui veille sur sa créature. Lui ôter ces attributs, c'est le détruire; le concevoir sans puissance et sans vie, c'est le rabaisser au-dessous des plus vils êtres de la nature; contre une telle conception, le bon sens et une saine philosophie se révoltent, et nou nous écrions avec Platon :

« Mais quoi , par Jupiter 1 nous persuadera-t-on si facilement que y dans la réalité , le mouvement , la vie , l'âme , l'intelligence ne conviennent pas à l'être absolu, que cet être ne vit, ni ne pense , et qu'il demeure immobile, immuable , sans avoir part à l'auguste et sainte intelligence * ? »

Ainsi, Dieu pense , Dieu agit. Dieu en ce sens se développe, et tout cela sans tomber dans le changement , sans sortir de son

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