Craies d'Athènes, vers
5. Cranter de Soli, ami et disciple de Xénocrate et de Polémon.
6. Aristote naquit à Stagyre, 384 ans av. J.-C. Il était fils de Nicomaque, médecin et ami d'Amyntas, roi de Macédoine. Il se rendit en 368 auprès de Platon y et suivit ses leçons pendant vingt ans. Il devint en 343 le précepteur d'Alexandre, qui dans la suite favorisa son zèle pour les sciences en lui donnant des collections d'objets d'histoire naturelle et des sommes d'argent pour acheter des livres. Il fonda en 334 une école qui , du lieu où il l'établit , fut appelée le Lycée ou l'école péripatéticienne. Obligé de quitter Athènes comme suspect d'athéisme, il se retira à Çhalcis en Eubée, où il mourut en 322, probablement après avoir pris du poison. — On sait ce que signifiait ordinairement dans l'antiquité l'accusation d'athéisme : athée, c'est-à-dire ennemi des dieux de l'Ëtat. Voyez la Liberté ds contetenUy par Jules Simon, 1** leçon.
La première édition des œuvres d'Aristote est celle des Aides, 5 vol. in-fol., Venise, 1495-1498. La meilleure est celle de l'Académie de Berlin, 1831-1837, 4 vol. in-4, deux de texte et deux de commentaires, publiée par M. Bekker et Brandis. Bessarion a publié une traduction complète des œuvres d'Aristote en latin, Venise, 1487. La Métaphysique a été traduite en français par MM. Pierron et Zévort, Paris, 1840, 2 vol. in-8. M. B. Saint-Hilaire a traduit la Politique, la Logique, la Physique, la Météorologie; M. Thurot, la Morale. La Rhétorique et la Poétique ont été plusieu» fois traduites en français.
On peut consulter, sur la doctrine d'Aristote, M. Ravaisson, Delà métaphysique d: Aristote, Paris, 1837, 1 vol. in-8. M. Vacherot; Théorie des premiers principes suivant Aristote, Paris, 1836 ; M. Jacques, Aristote considéré comme historien de la philosophie, Paris, 1837 ; M. Jules Simon, Études sur la fhéodieée de Platon et d*AristoU, Paris. 1840; M. Waddington, De la psychologie iiC Aristote.
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n'a rien vu au delà des sens^ on ne comprendrait rien ni à l'un ni à l'autre. C'est au contraire la gloire de ces deux grands hommes, et un des traits caractéristiques de leur génie^ de n'avoir négligé aucun des éléments eonstitutift de la nature humaine, et d'avoir tenu compte, avec plus ou moins de rigueur il est vrai^ suivant leurs prédilections et leurs tendances particulières, de toutes les conditions du problème philosophique.
Ce qui a fait naître de bonne heure un préjugé qui n'est point encore détruit, c'est la longue et ardente polémique dirigée par Aristote contre la doctrine de son maftre. Aristote a consacré de très-nombreux passages de ses écrits à combattre la théorie des idées ; la théorie des idées est dans Platon la forme même du rationalisme ; il n'en a pas fallu davantage pour transformer Aristote en adversaire de la raison. Non-seulement il a été représenté sous ce point de vue dans l'histoire ; mais son école elle-même a pris le change ; et de même qqe les disciples de Platon, e^^agérant son principe, ont tourné rapidement à l'idéalisme, ceux d'Aristote ont cru suivre fidèlement la doctrine du maître en rapportant tout à la sensation.
Il y a dans toute cette querelle des péripatéticiens contre les platoniciens un double nialentendu, Aristote s'est trompé sur le véritable sens du système de Platon, et les successeurs d' Aristote se sont trompés sur le but et la portée de sa polémique.
Platon appelle les idées des universaux, et prétend que nous arrivons à les discerner et à les connaître au moyen de la généralisation. Mais les universaux, directement conçus par la raison, n'en restent pas moins très-profondément distincts de ces autres universaux, produits par la généralisation, qui ne peuvent être que des termes abstraits, et dont tout le rôle consiste à rendre plus facile et plus distincte la perception des idées dont ils sont l'imparfaite image. Aristote^ qui q'admet d'autres universaux que ces termes abstraits, argumente toujours dans l'hypothèse que Platon soutient, de ces termes abstraits, ce qu'en réalité il ne soutient que des idées, qui eu sont fort différentes. Q çn résulte que, prêtant à Platon une opinion que Platon n'a point, il a raison
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contre cette opinion évidemment fausseï et n'a point raison contre Platon, dont il Qe discute pas la véritable doctrine. Voilà l'erreur d'Aristote.
D'un autre côté, comme il y a deux parts dans la théorie des idées de Platon, l'une profondément vraie, qui est restée dans toutes les écoles rationalistes, Taqtre arbitraire et chimérique, d'où sont sorties les exagérations du réalisme, Aristote, qui ne voulait combattre ni l'existence de la raison, ni la réalité et la nécessité de ses lois, et qui, s'il l'avait tenté, aurait 'échoué dans cette tentative impossible, s'en prend seulement à l'hypothèse d'une vie antérieure, à I9 réminiscence, à l'existence individuelle, substantielle des idées générales» à leurs rapports avec la matière et le monde sensible par voie de participation ; et sur tous ces points, il a la vérité pour lui, et trioinphe sans peine de la doctrine de son mattre. Mais, ceux qui sont venus après lui avec des vues moins élevées, l'esprit troublé, d'ailleurs, par des préjugés de parti , et trompés par Aristote lui-même, qui songe bien plus à triomphjer de son adversaire qu'à fiiire équitablement la part du bien et du mal, ont cru que tout périssait avec ce qui était en effet détruit, et qu'Aristote, en attaquant la forme de la théorie des idées, avait voulu attaquer aussi la raison qui en est le fondement. Voilà l'erreur des disciples d'Aristote et des historiens.
Aristote admettait l'existence de la raison et de ses lois> ; seulement, pour être juste, il iiiut convenir qu'il se préoccupait surtout des données expérimentales ; qu'à l'exception d'un petit nombre de principes premiers, il regardait les lois qui gouver* nent le monde comme le résultat direct de Tobservation ; et que s'il n'est pas, tant s'en faut, un philosophe sensualiste, les tendances de son esprit, et le désir de réagir fortement contre l'influence de Platon, l'ont conduit à faire une place, peut<étre exagérée, aux données expérimentales.
1. « L*ezpérience seqsible donne ce qui est ici, U, maintenant, de telle ou de telle manière, mais il est impossible qu'elle donne ce qui est partout et toujours. » Arist., Anal. potUy T, 31. — • Les Yérités rationnelles, bases du raisonnement, les vérités premières, les principes ne se prouvent pas ; ils entraînent immédiatement notre assentiment, notre foi. n ne faut pas chercher leurs fondements, ils reposent sur eux-mêmes. » Topiq,, I, 1.
Une erreur analogue, également accréditée, montre Aristote comme ayant presque exclusivement employé la méthode déductive. Une seule chose est vraie : c*est qu'il a fait de cette méthode une analyse si parfaite, que cette branche des connaissances humaines n'a pas pu, depuis lui, recevoir d'accroissement. Mais, dans les livres mêmes où il expose la nature et les règles du raisonnement déductif, il donne une théorie de l'induction, et, par une analyse ferme, précise des éléments de la pensée et des espèces fondamentales de l'être, il montre que l'observation psychologique lui est familière, et que, loin de rejeter les données de la raison, il en a approfondi tous les caractères ^
Aristote, génie systématique, après avoir réduit et classé toutes les conceptions possibles de la raison humaine, énumère tous les caractères possibles des principes des choses. C'est encore sur l'analyse de la raison qu'il fonde cette énumération, et il y joint les données de l'expérience sensible et celles de l'histoire. La marche de sa philosophie se trouve ainsi fixée d'avance ; et par cette analyse, qui embrasse tous les possibles, il est sûr de ne rien omettre quand il en vient à observer et à expliquer le réel.
Les quatre principes des choses, suivant Aristote, sont la matière, la forme, la cause du mouvement, et la cause finale.
La matière est, pour Aristote, le fond même de l'être, indépendant de toute modification. Les modifications se produisent et se succèdent dans la matière, se chassant en quelque sorte l'une l'autre, sans que Tinvidualité périsse, parce que l'individualité réside précisément dans cette matière, capable des éléments divers qu'elle reçoit. Elle est donc la totalité des possibles, si on la prend en général, c'est-à-dire comme simple conception abstraite de l'esprit ; et elle est la totalité des transformations possibles d'un même être, si on la prend individuellement, comme substance concrète et individuelle. Ainsi, elle rend doublement raison des phénomènes qui se développent dans son sein , d*abord, parce qu'elle est la substance des phénomènes actuels, ensuite, parce qu'elle renferme virtuellement les phéno-