‹ Manuel de philosophieChapitre 96 sur 129 · Ârist. , Catég. , chap. ii · texte numérisé non relu

Ârist. , Catég. , chap. ii

mènes futurs. Ainsi, tout phénomène qui se produit n'est que l'actualisation d*une force; la génération même et la destruction ne sont que des mouvements, et chaque être contient en soi, à chaque moment de sa durée, le germe de ses transformations à venir.

Le principe de la forme est l'ensemble des déterminations actuelles de la matière individuelle, qui la rendent susceptible de définition. La forme sans la matière serait la réalisation de ce qui antérieurement n'était pas possible; la matière sans la forme n'est qu'une possibilité non réalisée, et, par conséquent, une abstraction, c'est-à-dire dans l'ordre métaphysique, ou comme nous dirions aujourd'hui objectif, un non-étre.

La matière et la forme sont principes des choses, pai^pe qu'elles en sont les éléments ; les deux autres principes existent en dehors de rétre dont ils sont causes : l'un, la cause du mouvement, est ce qui détermine le passage de l'existence à l'acte, en communiquant à la matière l'impulsion nécessaire pour opérer ce changement; l'autre est la raison de la détermination même de la cause motrice; c'est la cause finale ou le but.

Telle étant la nature et le nombre des principes dont la science des causes doit rendre compte, voici comment Aristote construit sa théodicée et sa cosmogonie :

Le temps est éternel, car il n'est pas en notre pouvoir de comprendre un instant qui n'ait pas été précédé d'un autre ; le mouvement est éternel aussi si le temps est éternel; car, qu'est-ce que le temps sans mouvement? une pure conception de l'esprit, un être abstrait qui n'a pas de réalité'. Pour Aristote, l'espace n'existe pas sans le corps, ni le temps sans le mouvement. Le temps est une durée successive, et c'est le mouvement qui; en le mesurant, le constitue. Qu'est-ce qu'un premier mouvement, si un premier mouvement pouvait se concevoir? c'est le passage du non-être à l'être ; rien, qui devient quelque chose. Il n'y a donc pas de premier mouvement; le mouvement n'est que la substitution d'une qualité à une autre dans un même être*. II ne peut ni

1. Arist., ir^^, XII, chap. vi ; Phy<., VIII, chap. i. 3. Met., XII, chap. Il; Phyt., vni, chap. i.

542 HISTOmB DB LA PHILOSOPHIE.

commencer ni finir, et forme une mérie non interrompue ^ Qa'il s*arrète une fdis^ le temps s'arrête a^eo lui^ et sll recommeDce, il y a deux séries, dont Tune au moins commence par un premier instant et un pretnier mouvement^ et qui d'ailleurs ne peuvent se discerner l'un de l'autre*. Or, si le mouvement est étemel, non en puissance > mais en acte^ non comme possible « mais comme fait, il existe un moteur étemel éternellement en acte, et comme être et comme moteur'. C'est le premier ciel; le monde qu'il enserre se meut au dedans de lui du mouvement qu'il lui transmet^; biais le premier ciel lui-même est mû, et ce mourementj comme celui du monde^ doit avoir une cause '• Cette cause est-elle mobile, et ne fait-^elie que transmettre un mouvement qu'elle a i;^çu? Alors, il faudra remonter encore^ et Ton tombe dans la série infinie des causes, c'est-à-dire dans Tabsurde. De même qu'il n'y a pas de dénionstration sans premier principe^ il n'y a pas de càlise sans cause première, et la cause première du mouvement est de toute nécessité un moteur immobile*. S'il était mû, qui le ferait mouvoir? Ce n'est pas une cause étrangère, puisqu'il est le premier moteur; c'est donc qu'il se meut lui-même. Aibsi^ le même être produit une action et la reçoit; il est actif et passif dans un même instant, et l'on peut porter sur lui, avec une égale vérité, deux jugements contradictoires? A moins que ce ne soit une partie dii moteur qui donne le mouvement à l'autre partie, et qu'il y ait ainsi deux êtres dans un seul, ou encore tm Dieu qui n'est pas partout le même, et n'agit pas toujours de la même façon''? Le premier moteur est donc immobilC) et il meut comme un moteur immobile peut mouvoir^ comme meuvent les objets du dédir et de la pensée. Il est cause finale du mouvement» il n'est pas force motrice '&

Page 1