‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 4)Chapitre 49 sur 94 · MAI«U£L · texte numérisé non relu

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voie qu'il suivit pour fonder la méthode {\) : ces ^ong^€8 chaînes de raisons, toutes simples et faciles^ dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs phs difficiles démonstrations^ m'avaient donné occasion de mHmaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes s' entresuivent en même façon, et pourvu seulement qu*on 8*abslienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soity et qu on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les déduire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre (2j. Et, immédiatement après, il nous expose, avec cette admirable netteté, comment, pour première application de sa méthode, il découvrit, à Tâge de vingt-trois ans, une nouvelle géométrie. C'est atteindre le sublime à force de simplicité.

6. Il faut se demander maintenant ce qui fait la fécondité de cette méthode, et si elle ne peut pas être exposée en d'autres termes et d'une manière moins claire peut-être, mais plus générale ; et d'abord, le quatrième et le second précepte peuvent être évidemment considérés comme n'en formant qu'un seul, qui est de diviser et de dénombrer. C'est le précepte baconien que malheureusement Bacon ne sut féconder que par la voie d'exclusion; c'est, en un mot, la méthode analytique. Le troisième précepte, au contraire, constitue la méthode synthétique. Il consiste à supposer un ordre complet de déduction, partant des principes et des causes qui sont pour Fesprit les objets les plus simples et les plus aisés à connaitre, et descendant jusqu'aux faits les plus composés. Cette interprétation est la seule possible, selon l'esprit de Descartes. Reconnaissons donc, dans ce précepte, la méthode des géomètres a>nciens, la méthode d'exposition et d'enseignement élevée à son plus haut degré de généralité.

La méthode cartésienne est donc vraiment complète, analytique et synthétique ; nous verrons , en effet, qu'elle est constamment appliquée sons son double aspect dans la physique des principes, et du monde et de l'homme. L'idée, le plan, la

(1) Discours de la inéthotle, pag. 20.

(2) « Toutesles vëritësse suivent l'une l'autre et sont unies par un lien commun ; tout le secret coiUMte iculementà commencer pnr les preniicrcs cl les plus simples et u s'élever peu à peu comme par degre's aux plus composées et aux pins éloignées.» Recheirhc de la y' é ri té par les lumières naturelles, pag. 375.

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base de rédiflce doivent être donnés ; c'est là la synthèse et l'objet de la recherche des principes premiers. Mais les matériaux, c'est l'analyse qui les fournira (1). Nous trouverons une confirmation pleine et entière de cette interprétation d'une méthode qui met seule Descartes au rang des réformateurs. C'est que si dans la science universelle^ dans la philosophie, un seul principe est requis qui serve de fondement à toutes les autres sciences, ces sciences partielles elles-mêmes réclament, par la même raison, un principe particulier qui se rattache au grand principe, et joue le même rôle à leur égard.

7. Ce sont ces principes particuliers qui reçoivent le nom d'hypothèses. Ils ne portent pas, comme le principe des principes, leur cause et leur preuve en eux-mêmes, s'il est permis de le dire ainsi. Mais il^ ne permettent qu'une double vérification par le premier principe qui doit les admettre et les expliquer, et par les principes ou faits qui leur sont subordonnés, et doivent être, au contraire, expliqués par eux. C'est ce qu'exprime très-clairement Descartes, en disant qu'une hypothèse physique, ou astronomique, eocplique les faits, tandis qu'elle est, au contraire, prouvée par eux quand elle les explique tous (2) : et il n'y a là aucun cercle vicieux, mais, au contraire, une vue nette et juste de la science, qui manquait, à ce qu'il parait (5), aux plus renommés des savants lorsque Descartes parut.

C'est donc la théorie de l'hypothèse que Descartes apporta le premier, dans la méthode des physiciens, que Bacon avait livrée à une analyse dissolvante, et c'est celle qui règne encore de nos jours dans la plus avancée des sciences, l'astronomie, et dans les plus belles parties de la physique mathématique.

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