PREMIÈRES DISCUSSIONS CART£S1ENNES. — JÉSUITES ET ORATORIENS
4 . Lorsqu'au milieu d'une nation ainsi préparée, le fils des vieux Bretons secoua le joug de Tautorité avec une audace que partout ailleurs on eut punie du bûcher, trente ans auparavant, nous ne devons pas être étonnés si son effort fut suivi d'un immense mouvement. La religion même et l'autorité furent contraintes de suivre, ear la doctrine nouvelle était providentielle,
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et ses conséquences devaient s'étendre jusciu'à nos jours, et sans doute an delà.
Entrer dans les problèmes philosophiques posés par Tantiquité et par la renaissance, agiter les problètnes, opposer les solutions, c eût été une œuvre morte ajoutée à tant d'autres. Eût-on même prodoit la vraie, la complète philosophie sous une forme abstruse et nuageuse, on eût parlé à quelques intelligences, mais le monde n'eût pas été ébranlé.
Au contraire, descendre des liauteurs de la métaphysique, oublier de se demander si les universaux sont des choses, des idées ou des mots, ou du moins ne traiter la question qu'en passant, vivement et à la hâte ; refuser de suivre les platoniciens et les pyiliagoriciens jusqu'au point où Thumanité s'al)ime devant Dieu, où Thomme disparait, où une seule idée demeure dans notre néant, celle de Fimmeusité de Tètre ; et de descendre avec Aristote dans la subtile analyse de la forme de la science ; mais, loin de là, poser dès l'abord Thomme et sa pensée au premier rang, trouver ep lui la révélation, y distinguer, par leur clarté, les idées vraies des idées fausses, y lire enfin, profondément, gravées, les lois premières de Dieu et du monde, c était bâtir de toutes pièces la philosophie et Tunivers.
Ce n'eût pas été tout non plus que de lever l'étendard, avec Hacon, au nom de l'observation, de Texpérience et de Tinduction. Il fallait encore reconnaître les droits de l'esprit sur le monde matériel, le régler par la théorie et l'hypothèse, englober enfin la physique dans la métaphysique. C'est ce que lit Descartes ; il ne se contenta pas de dire, comme Bacon, que Texpérience est notre guide, et que nous élaborimt^ comme l'abeille les fleurs, les résulials de nos propres expériences pour eu tirer le miel (f) : mais il mit la main à l'œuvre, porta le monde entier dans son intelligence, et put y faire entrer ainsi ces lois que Bacon voulait atteindre par une induction illégitime; et tandis que, au hasard et sans ordre. Bacon recommande mille et mille expériences (2) , Descartes ordonne et règle les recherches, donne, à l'aide d'une tliéorie, une immense impulsion à la science, et prépare le travail de plusieurs siècles ; car telle est la vertu des théories.
(1) Bacon, /Vof. or^., Ut. 1,95.
(•2j Id., Syh'a ^ylvnntm.
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Alors rhomnie put revenir à lui-même, se trouver ei s admirer au point de départ d*une création tout entière, de celle 4]ui se fait dans son esprit et y produit Timmensité. Ce fut là la nouvelle méthode; ce ne fut pas une lo^^ique, une dialectique, mais ce fut un principe, un principe d'où la philosophie et la science moderne tout entière sont sorties. Ains-ti ramené à la terre et à lui-même, il apprit sa liberté et sa valeur. La personnalité humaine fut mieux établie en même temps que rhumanité fut élevée ; Pégalité des esprits fut reconnue ; l'autorité tomba, celle de TÉglise avec celle des anciens ; et la pensée, une et simple, celle de l'homme, celle de tout homme fut couronnée sur les ruines de la science du passé.
Sous ce point de vue, le dix-huitième siècle lui-même découla du Discmirs de la méthode; les libres penseurs se multiplièrent, et dès qu'un homme fut, par la culture intellectuelle, 1 égal d'un noble ou d un riche, il voulut Kètre aussi par le rang et la considération. Sous ce point de vue encore, Locke et ses disciples français, jusqu'à Voltaire, furent les successeurs de Descartes, à aussi bon titre que Malebranche ou Spinosa purent Têtre sous d'autres rapports.
Descartes s'adressa doilc à tous les hommes, et écrivit en langue vul<;aire ce D/.^cours de la méthode, qu'il voulait d'abord intituler ; Projet d'une science universelle qui puisse élever noire nature d son plus haut degré de perfection y plus ladioptrique y les météores^ la géométrie^ où les plus curieuses matières.., sont expliquées en te! le sorte que ceux même qui n'ont point étudié les puissent entendre (I). Il évita cependant d'attaquer les savants en face, mais il leur laissa leur science morte, et entreprit d'en faire une autre. On le voit aussi, dans le livre de la Recherche de la vérité par les lumières naturelles qu'il ne destinait peut-être pas à ses contemporains et qu'il ne finit jamais , opposer le bon sens ou l'esprit de tout homme sain, personnifié dans Ëudoxe, à la doctrine compliquée du savant Epistémon^ et la confondre devant Potyandre^ qui suit, ordonne, comprend et applaudit les simples inspirations de sa conscience. Ici nous sommes bien loin de la philosophie de l'antiquité! Un nouveau jour a lui. Reconnaissant envers cet esprit mathématique, où il avait trouvé sa méthode enve-
(t) Descarle.-, Lrllie<, 11.3.
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loppè€j Descai les pensait que Pappus et Diophaiite avaient connu celte matliémalique universelle, et n*eu avaient voulu livrer au monde que quelques subtiles applications (t); mais il faut bien plutôt croire que ces grands génies ne connurent, comme tant d'autres, les mathématiques que sous l'idée de nombre et de figure, et que la méthode de Descartes est véritablement la méthode des modernes.
Fidèle à son principe de franchise et de publicité, il donna un éclatant exemple aux savants qui cachaient encore leurs découvertes, et s'en faisaient matière à défis (2). Il triompha d'eux encore après la publication de sa méthode, et résolut, currente cahmo, quelques-uns des problèmes quUls estimaient des plus difficiles (5). S'il crut qui] y a de la prudence à se taire en certainei occasions (4), et sut, en effet, se taire et attendre , il n'enseigna du moins jamais rien de contraire à sa pensée. D'ailleurs sa méthode appartenait désormais au monde, et chacun pouvait l'appliquer. Après avoir ainsi ramené toutes les sciences à la connaissance adé(^ale^ possible pour tous les esprits, et à des principes écrits dans toutes les consciences, il dut nécessairement concevoir le dernier terme de cette popularisation indéfinie du savoir humain, c'est-à-dire une langue philosophique universelle.
2. Il vit qu'on pouvait établir un ordre entre toutes les pmsérs qui peuvent entrer en l'esprit humain, de même qu'il y en a vn naturellement établi entre les nombres^ et qui permet d'apprendre à les nombrer en un jour jusqu'à IHafini ; que Tinvenlion de cette langue dépendait de la vraie philosophie ; et que si quelqu'un avait trouvé quelles sont les idées simples qui sont en l'imagination des hommes y desquelles se compose tout ce qu'ils pensent, et que cela fût reçu de tout le monde , on pourrait espérer ensuite une langue universelle foiU aisée à apprendre et à écrire , et, ce qui est le principal^ qui aiderait au jugement, lui représentant si distinctement toutes choses quHl iui serait presque impossible de se tromper, au lieu que,
(i) Recherche du la vérité, etc.
(2) Leltivf, I, 10 : la maxime que j'ai le plus observée a été de suivre senlement le graod cbcmin et de croire que la principale finesse est de ne Touloir point du tout user de finesse.
(3) LiUrcs, 111, 68.
(Ild.,1, 98.
tout au rebours, k$ mots que nous avons n'ont quasi que des significations confuses, Or^ je iiens, coiitinue*t-il, que celle langue est possible, et qu'on peut trouver la science de qui elle dépend, par le moyen de laquelle les paysans pourt aient mieux juger de la vérité des choses que ne font maintenant les philosophes : mais n'espérez p<is de la voir jamais tn nsmje. Cela présuppose de grands changements en l'ordre des choses, et il faudrait que tout le monde ne fût qu'un paradis terrestre, ce qui n'est bon à proposer que dans le pays des romans (I).
Ce fui peut-être la première fois qu'un si beau rêve fut conçu pour l'humanité. Il supposait, à la vérité, les scienœs achevées ; mais s'il s'appuyait, d'un côté, sur l'unité absolue du savoir, il s'adressait, de 1 autre, an progrès des hommes qui doit tendre à réaliser cette unité, et à la propagation de la science dans tous les membres du genre humain. La méthode de Raymond Lulle, qui eut, avant le dix- septième siècle, de nombreux partisans : Cornélius Agrippa en Allemagne, Raymond Sébon à Toulouse, Bouillau et Fabre d'Étaples dans rUniversité de Paris (2) , Bruno enfin, était bien loin d'atteindre à cette sublimité. Elle n'apprenait qu'à assembler des idées à l'aide de classifications et de définitions arbitraires, fondées sur une science purement logique, et non sur une philosophie symbolique universelle. C'est à Leibuitz qu'il devait être donné de continuer la pensée de Descartes et de prévoir sa réalisation pour un avenir moins éloigné.
5. Le Discours de la méthode présentait déjà aux penseurs le système entier de Descartes. Ce système dépend de trois points de vue principaux :
D'abord se présente la méthode : elle est mathématique ; les idées générales sont formées par définition sur le modèle des idées mathématiques qui se trouvent en nous, involontaires, nécessaires. Il suffit de les suivre avec ordre, et, par déduction, on parvient aux idées particulières.
Ensuite vient l'esprit; nous nous considérons nous-mêrne, abstraction faite de toute matière, nous avons des idées et des sentiments, et il n'y a rien de commun entre ces sentiments
(1) LettreSt I» Hli <"* P^re Menenne au sujet tiu projet rie ttictionnaire de fPllkins.
(2) Coruelius Agrippa. In artem brevem Lullii commen tarin.
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même, tels qu'ils sont en nous, et ce que nous regardons ordinairement comme la matière qui les produit. Tel est le monde moral, qui est absolument distinct du monde physique et pourrait exister sans lui.
Ëntin parait la matière, que nous concevons étendue, et retendue , qui est figurée et mobile comme Tesprit est déterminé à telle ou telle pensée, à telle ou telle volonté. Cette matière suit dans ses mouvements des lois éternellement fixes, et engendre an monde mécanique, vivant, où l'action et la passion se produis «ent tour à tour, et dont les modifications correspondent, sans aucun lien nécessaire, aux modifications de notre âme.
4. Il fallut développer la partie mélapbysique de cette docûine, et montrer comment nous trouvons dans notre pensée Dieu, la liberté, la matière. Ce fut Tobjet des Méditations, qui parurent eu latin d'abord, dédiées à la Sorbonne et adrestées aux savants dans leur langue. Descartes voulut que ce livre servit comme de critérium pour essayer les doctrines des philosophes, et qu'ils épuisassent tous leurs efforts pour le détruire, s'il était possible. L un des principaux adversaires qui furent ainsi suscités aux Méditations est Gassendi, Ses opinions, que nous avons étudiées, étaient fixées, quand le pèi« Mersenne lui remit un exemplaire du livre de Descartes. U croyait que toutes nos idées nous viennent par les sens, que nous ne jugeons que sur les données qu'ils nous fournissent, et qu'ils nous enseignent la vérité des choses, pourvu qu'ils soient corrigés quelquefois les uns par les autres. Du reste, il niait les qualités et les formes des péripatéticiens, et croyait avec Descartes, avec Bacon, avec tous les esprits avancés de son siècle, que la sensation est autre en nous que dans les objets qui la) causent. Aussi fut*il vivement irrité de l'apparition de cette philosophie qui pouvait, une fois ce point accordé, le conduire jusqu'à ridéalisme le plus absolu, et lui faire reconnaître que celui qui nie l'existence des choses matérielles peut expliquer l'absence des idées des couleurs dans un aveugle, par le défaut d'une faculté de Tesprit, aussi bien que celui «lui l'accepte peut l'expliquer par le défaut des yeux (1). Cette réponse écrasante de Descartes à l'étemel argument des sea-
(I) Ohj. -le Gassendi n la n%éd. III, n»" 4, et rép. — W., n» l'i.
siialisles présaiçe déjà louies les invincibles batteries de Berkeley.
Descaries ne se décida pas sans dégoût à remâcher la viande commune du scepticisme au début de ses méditations et de sa méthode (1) :il croyait les esprits aussi avancés sur ce point que le sien. Mais il se trompait bien, et les objections qui lui furent proposées, entre autres celles de Gassendi, en fournissent la preuve ; le puissant Hobbes put seul comprendre comment, dès Tabord, toutes choses peuvent être mises en doute, sauf l'axiome, je pense (2). Quant à Gassendi, il objecta en premier lieu que, sans se poser toutes ces difficultés sur les rêves et les erreurs des sens, on peut déduire V existence d'une action corporelle quelconque aussi bien gae de la pensée; ensuite, il mit en avant Faxiome nihil est in intelleclu^ etc., sans comprendre la distinction entre les objets de Tiniagination et ces mêmes objets, en tant qu'ils sont dans la pensée (3) ; il nia que Tidée générale de la chose^ ou de la vérité, ou de V esprit enlin, soit en nous avant les idées particulières, taudisque Descaries aftirmait qu'une idée générale ne peut naître d'une idée particulière ; il prétendit que celui qui nomme une chose infinie donne un nom quHl n entend pas aune chose qu! H n'entend pas davantage (i) : tandis que Descartes croyait que le fîi\i est la négation de Tinfini, et non pas réciproquement, et que nous n'aurions pas la faculté de concevoir toujours quelque chose de plus grand si nous n'avions en nous Tidée du plus grand; il soutint enfin que Terreur vient plutôt de ce que rentêndemenl a mal conçu et jugé que de ce que le libre arbitre a été plus loin que le jugement (5) ; et Descaries répondit que le faux n'est qu'tme privation, et ne peut être Tobjet de rentêndemenl. Quant aux objections que Gassendi lit aux démonstrations de rexisteuçe de Dieu, elles prouvent seulement qu'il n avait pas suffisamment approfondi les principes de la logique cartésienne, et qu'il s'était hâté de combattre avant de comprendre. Le fond même des idées de Des-
(I) Réff. aux deuxièmes oèj., I. Cependant, il considère iViilciiiniclit les o)>juction» sceptkpes comme le point de diSpart de fa doctrine. (3) Okf. troisièmes t no 1 .
(3) Obj. cinquièmes à la méd. 11, n^ 10.
(4) Obj, cinquièmes, 111, 8, cl ;r//.
(5; Id, IV, loel/vyy.
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cartes lui échappa ; il voulut précipitamment répondre et réduire, par la plaisanterie, cet esprit insolent qui le traita de ihair et le mordit jusqu'au sang.
Le volumineux recueil des priucipcUes instances qui suivit les premières objections de Gassendi prouva combien il est difficile (et Descartes en convient lui-même quelque part) de pénétrer les idées d'autrui. Telle est sans doute aussi la cause des grandes difficultés de la philosophie et de la persistance des mêmes questions. Gassendi continua à ignorer la nécessité du premier doute ; il ne put comprendre le cogUo, ergo siim que comme une déduction du. principe, pour penser il faut être; il ne saisit pas la distinction de Tobjet et de Tidée; et le fond même de la méthode, qui procède par définitions mathématiques fondées sur les idées générales de Tentendement pur, i^élre le plus parfait, la figure d trois côtés^ ce qui tCtst eontenudans aucunes limites, lui échappa entièrement.
5, Un autre grand esprit, déjà formé comme celui de Gassendi, mais bien plus entier, plus ferme et plus absolu, rencontra aussi les Méditations sur son chemin. Il les lut et les réfuta brièvement sans daigner ou sans savoir descendre sur le . terrain de son adversaire, qui lui-même, à son tour, ne le comprit pas davantage, et prit pour paralogisme Texpression rapide d'une opinion extraordinairement forte, indépendante, exclusive.
Hobbes, car c'est de lui qu'il s'agit ici, s'accordait avec Descaries sur ce point, que la sensation ne fait pas connaître l'objet, comme il est en lui-même, et qu'elle se produit par le mouvement extérieur communiqué aux organes ; mais il affirmait, en outre, que la pensée ne pouvant exister sans un sujet a])partient au corps (1), que le raisonnement n'est qu'un assemblage de noms par ce mot est, de sorte que nous ne pouvons rien conclure sur la nature des cluwes, mais seulement sur Jeurs appellations ; qu'enfin nous voyons seulement par la raison si nous assemblons bien ou mal les noms des choses selon les conventions que nous avons faites, à notre fantaisie, touchant leurs significations. Ainsi, disait-il, le raisonnement dépend des noms, les noms de l'imagination, et l'imagination
(l) Otj. troisièmes, n» 2.
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du mouvement des organes corporels (I). On conçoit donc que toutes ses objections durent porter sur la nature des idées dont il ne voulut voir la source que dans l'imagination. Descartes, irrité de ce qu'on ne voulait faire aucun effort pour le comprendre, et de ce qu'on attachait aux mots un autre sens que celui qu'il y attachait lui-même, répondit cependant que les conceptions qui ont lieu dans Tesprit ( sous forme de définition mathématique par exemple) sont tout à fait distinctes des idées corporelles (2), et que Tenteudement, la pensée, Tesprit, conçus par Hobbes comme exprimant de simples actes, ainsi que cet autre mot général, promenade, doivent cependant s'entendre, et s'entendent en effet de la substance qui pense et dont la nature ne peut être connue que par cette pensée même ( la substance n'étant pas abordable en soi) (3) Quant au nominalisme, il voulut que les mots répondissent à des conceptions communes à tous les hommes, et, partant, que le raisonnement, applt^ que à des noms qui signitiebt des choses, fût probant pour ces choses mêmes (4). Pour en fînir, Hobbes essaya de réduire Descartes au scepticisme qu'il lui avait pleinement accordé au début, sauf le reproche d'enseigner des choses si vieilles ; il lui demanda $i une personne^ gongemU qu'elle doute si elle songe ou non, ne peut songer que ce songe est lié avec les idées d'une longue suite de choses passées, et pourquoi un athée ne pourrait pas reconnaître qu'il veille à cette liaison des idées aussi bien que celui qui croit à Texistence de Dieu. Descartes se contenta de nier que l'on puisse réellement assetnhltr, en songeant ses rêveries avec les idées des choses passées^ et le faire avec vérité, de telle sorte qu'on ne s'aperçoive pas de Terreur étant éveillé, ce qui est en effet la seule réponse qu'on puisse faire à pareil argument, étant certain d'un côté qu'on peut se tromper en rêvant, et de l'autre, que l'expérience seule apprend à distinguer le songe de la veille. Quant au second point, il admit qu'un athée peut, au signe indiqué, reconnaître qu'il veille, mais que ce signe même n'est suffisant pour le rendre certain qu'il ne se trompe pas, et pour lui faire cou-
(1) Obj.lromhnes, n0 3 e4 14
(2) Id., no 4, rép.
(3) Id., no2,/«-/A (4)Id.,ii« 4, rêff.
nailre celte certitude, qu'autant qu'il sait qu'il a été créé de Dieu, et que Dieu ne peut être trompeur (1).
6. Les objections d'Hobbes ne durent pas avoir un grand retentissement, et sans doute peu d'hommes furent disposés à en admettre le principe ; Descartes put donc librement les traiter avec mépris, et on le voit encore quelques années après, à propos de Tapparition du livre De cive^ témoigner combien la morale de Tauleur lui parait plus forte que sa philosophie, bien qu'elle suppose tous les hommes méchants ou leur donne snjetjAe Vêtre^ et qu'on puisse écrire plus solidement pour la monarchie aeec des maximes plus vertueuses (2). Arnaud et le père Mersenne se placèrent davantage au point de vue de la France et de leur temps. Le premier, jeune encore, quoique déjà célèbre, libre d'ailleurs de préjugés et d'engagements pris, entra avec plaisir dans les idées de Descartes, les appuya de l'autorité de saint Augustin, et ne les examina qu'avec le désir de les accepter et de les maintenir. La principale de ses^ objections philosophiques, qui fut aussi produite par Mersenne, est celle du cercle vicieux à laquelle Descaries répondit par la distinction entre les choses que nous concevons actuellement, clairement et distinctement, et celles que nous nous rappelons avoir ainsi conçues (3). C'était convenir, l'aveu est même explicite en quelques passages, que la vérité des notions logiques est tout à fait nécessaire quand elle nous apparaît, et que nous ne pouvons trouver d'autre point de départ pour la connaissance. Mais une fois que nous avons connu Dieu, il est tout aussi nécessaire de le regarder comme source unique de vérité. Arnaud entra pleinement, du reste, dans l'esprit de la méthode de Descartes, et se borna à proposer quelques objections contre la continuité de la pensée et le mécanisme des bétes, c'est-à-dire contre deux des opinions de Descartes qui ont, de tout temps, soulevé le plus de contradicteurs (4). Enfîn, prenant, comme il le dit, la robe de théologien, il proposa certains scrupules auxquels Descaries lit droit en autorisant le père Mersenne à faire quelques corrections aux manuscrits
(1) Obj. troisièmes^ !»• 16 et ré/;.
(2J Descartes, Lettres, III, l7.
(3) Obj, ^itatrièmeSf n* 6 et rép.
(4) Deux lettres d'Arnaud (Descartes, Lellres, IT,3, 4, 5,6) et les réponses de Descaries «erronl de complëm?nl à CPttP controverse.