Ainsi, en dégageant les découvertes de Newton de l'esprit
couleurs et les notes peuvent se grouper sous ce nombre sept par rapport Si la natnre de nos sensations, et sans quHl faille pour cela les transformer en entités pbjsiqnes. (1) Newton, Optique, l. III, quest. 31,
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d'interprétalion qui leur était appliqué au siècle dernier, on trouve en lui le créateur de la physique expérimentale et mathématique. La science constituée de la sorte passe par les termes suivants : observation, expérience, induction illégilime par laquelle on pose sous un nom quelconque un principe dp mouvement , établissement des lois de ce mouvement, enfin déduction des faits compris dans le fait primitif supposé : ce dernier terme s'appelle explication. Il est clair maintenant que la partie de cette méthode la moins importante est celle qui est purement nominale, c'est-à-dire le nom donné ou la cause hypothétique assignée au principe du mouvement. Si Ton veut réduire toute l'essence du principe à la loi sans s'inquiéter de la cause^ et réduire ainsi Texplicalion à celle d'un nombre par un nombre et d'un fait par une formule qui le contient, on fondera la physique purement mathématique à laquelle est arrivé l'esprit rigoureux qui a dernièrement essayé de systématiser cette science (1 ) . Mais si l'on se met au point de vue de la philosophie générale, on demandera, ou que la physique mécanique vienne se placer sur ce canevas où i| n'y a encore que des nombres, et donne à des mouvements des mouvements pour causes au sein de la matière divisible et mobile qui est le sujet de tous les phénomènes naturels, ou bien que le savant se rapporte à un système de physique vitaUste, c'est-à-dire qu'il définisvse le nombre, les propriétés et le mode d'action des essences physiques, de manière à substituer aux qualités arbitraires dont on douait auparavant la matière, un certain sujet déterminé, vivant, substratum et cause de toutes les forces de la nature.
Il va sans dire que ce dernier parti n'a été pris ni par les savants français newtoniens dont nous parlions tout à l'heure, ni parles Anglais qui ont suivi le maître de plus près encore et n'ont absolument rien ajouté à la philosophie naturelle dont lui-même n'a voulu établir que les principes mathématiques. Cependant la notion générale de matière donnée par Newton ne peut être philosophiquement remplacée par celle-ci : ce je ne sais quoi qui nous rend les corps sensibles (2) ; on ne peut pas démontrer plus que Newton ne l'a fait en son temps que Dieu ait doué la matière de propriétés immuables (3) qui n'ont rien de nécessaire.
(1) Â. Comte, Philosophie positiffe^ t. II.
(2) Herschell, Philosophie naturelle, art. 234.
(3) Id., art. 27.
Si l^on en vient aux atomes , on ne peut soutenir que la chimie, ni aucune autre science, aient contribué à établir leur vérité (1), puisque cette vérité ne peut résulter rigoureusement de l'expérience ni de la spéculation ; enfin Y activité (2) des corps qui • communiquent et reçoivent le mouvement, reste inconciliable avec leur inerlte, c'est-à-dire la physique avec la mécanique. Et si la Société royale de Londres et notre Académie sont de fidèles dépositaires de la méthode de Newton et de Bacon et des découvertes qu'ielle a produites en physique, ils ne possèdent pas plus qu^eux la philosophie naturelle complète, parce que les principes métaphysiques leur manquent.
5. Nous avons vu que deux systèmes sont possibles en philosophie naturelle, et que Newton, dont Toeuvre aété d'appliquer les mathématiques à la méthode de Bacon et d'apprendre aux physiciens comment se font les expériences, ne peut être regardé comme créateur d'un de ces systèmes. Il faut donc que sa physique se soumette au mécanisme, ou que, selon l'interprétation du dix - huitième siècle , elle tende au vitalisme. Maintenant nous devons nous demander si cette dernière doctrine a jamais été réalisée, et dans tous les cas quels sont les hommes qui ont été sur la voie et jusqu'à quel point ils Pont été. Or, elle existe au moins en éléments, car dans Tantiquité elle remonte jusqu'à Thaïes, qui regardait Tambre et Taimant et le monde entier comme animés; mais ce n'est pas là un système que nous puissions reconstruire ; c'est plutôt une simple tendance qui est celle aussi de l'ancienne mythologie et de tout fétichisme. La philosophie mécanique ne tarda pas à se produire pour s'opposer au vitalisme dont le caractère dans ces premiers temps est beaucoup moins philosophique et plus traditionnel. Ensuite parut •4a distinction de l'esprit et de la matière, qui caractérisa les doctrines les plus avancées de l'antiquité ; mais la physique n'arriva jamais à une méthode et à une constitution solide que chez les mécanistes atomistes (5) . Ainsi la physique vitaliste pure ne fut pas méthodiquement établie quoiqu'elle demeurât impérissable. Chez les modernes, lorsque le dogme de l'âme du monde de Platon fut uni par Bruno au système des
(1) UerscbeU, PhU. nat,
(2) Id:. art. 234.
(3) Nons ne parlons pas 'l'Aristotei dont la pbync^nea un carao 1^ eofij^inal que nom ne potirons développer ici.
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nombres de Pythagore, Funivers fut conçu comme le composé infini d'une infinité de monades; mais à côté de la monade ou atome j non de masse ^ mais de nature (non molis sed naturœ), à côté de ce plus petit dont il est dit :
« minimum substantia rerum est, Atqiie id idem tand«m opperies siiper omnia magnum, llinr monas, faine atomus, totnsque hinc undiqne fusus
Spirilns, in nulla coiisistens mole, puisque
Omnia constitiiens signis, essentia tota,
Si res inspicias, boc tandem est materies-que ;
Quandoquidem minimum sic intégrât omnia, ut ipsum Ni . Bubsternatnr) reliquorum non fiet failum, »
à côté de ces essences éternelles, d^une nature intrinsèque, immortelles ^incomponibles, indissolubles y âmes, divinités et Dieu, Bruno place des atomes physiques, longs, larges et profonds ( minimum, longum, largum atque profundum), qui lui servent à préparer une physique atomistique. Nous devons conclure delà, si les idées de Bruno ont été jusqu'ici bien interprétées, que dans une doctrine éminemment idéaliste, il faisait entrer une conception mécanique de la matière, à peu près comme Leibnitz le fit plus tard, quand, réduisant en réalité Tessence de Pétre à la monade ou à l'entéléchie, point immatériel et métaphysique, il conserva cependant le point mathématique comme un aperçu pour la conception de la quantité, et la notion vulgaire de rétendue impénétrable et solide comme un autre aperçu pour la constitution de la physique. Il y aurait ainsi de grands rapports entre la monadologie de Leibnitz et celle de Bruno, et la différence la plus importante consisterait en ce que ce dernier, qui combattait la divisibilité à l'infini de la matière, prenait par là même Talomisme beaucoup plus au sérieux, l^a méthode sévère de Leibniiz lui permif de donner une forme bien plus rigoureuse à la doctrine des monades et surtout plus d'unité. Mais la physique vitaliste ne se trouve ni dans l'un ni dans l'autre, puisque les rapports des monades ne sont expliqués que métaphysiquement par la volonté de Dieu, ou physiquement par le mécanisme des atomes.
6. Campanella donna beaucoup plus d'importance à la doctrine de la vie de la nature qu'aucun autre des philosophes de son temps ; nous avons vu aussi combien Gassendi y fut porté ; Bacon appliqua l'induction à douer les corps de qualités vitales,
et Newton suivit en cela Bacon et Gassendi. Un médecin, François Glisson, que Ton cile (I) comme ayant pu contribuer à la formation du système des monades de Leibnitz, donna comme Campanella la vie à la nature, et composa un livre consacré à l'analyse de ses facultés pour la perception, pour Tappétit et pour le mouvement (2). INous trouvons donc ici le premier vitalisme complet et raisonné. Il est l'ouvrage dUin médecin, le point de vue physiologique y domine naturellement. C'est au contraire le point de vue mathématique qui remporte dans le système dont nous allons maintenant parler. Ce système est un produit du dix-huitième siècle et résulte du mélange des qualités vitales ne w Ioniennes avec les essences monadiqiies sans étendue qui composent l'univers selon Leibnitz. La matière, d*après Boscovich(5),se compose de points simples indivisibles et sans étendue, placés à certaines distances les uns des autres. Ces points ont une force d'inertie et, en outre, une force active mutuelle qui dépend de la distance, de telle sorte que la grandeur et la direction de cette force soit donnée en même temps que la distance, et se trouve répulsive d'abord, et cela de plus en plus jusqu'à rinlini pour les moindres distances, ensuite attractive quand la distance augmente, et puis de nouveau répulsive, et ainsi de suite plusieurs fois jusqu'aux grandes distances pour lesquelles elle varie en raison inverse de leurs carrés. A l'aide de cette seule hypothèse, qui convient avec la doctrine leibnitienne en ce que la notion de force est substituée à celle de matière et d'étendue réelle, et avec la physique de Newton en ce qu'un certain principe de mouvement est posé qui comprend les deux ou trois principes que s'accordait Newton, Boscovich explique tous les phénomènes naturels en y comprenant l'impénétrabilité et l'étendue physique. L'espace et le temps sont regardés par lui comme imaginaires en tant qu'on en voudrait faire des êtres, mais comme des conceptions nécessaires pour comprendre l'existence d'un point en un certain lieu et à une certaine époque (4) ; enfin la nature des espnts est entièrement distin-
(1) Manuel de philosophie de Tennemahrit traduit par V. Cousin, t. II, page 154,
(2) Tiaclnlus de naturu siibitantiœ euergilicOf seu Je yila naturœ ejusque tribus JacuUalibuSt percepiiftt, adpetiliva et mof/Vo. Lond.f 1C73.
(3) Philosophie naiuralis theoria redacla ad unicam Icgemviiiitm in nalura exif tenliuiTié Viennx (Âuslriac), 1759.
(4) Ib>, De spatio et tcmpore, supplementum, pago 306.
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guée de celle des corps en ce que ceux-ci ne sont compris que par l'espace et le mouvement, au lieu que les premiers ont des facultés toutes spéciales qui sont la connaissance des êtres extérieurs par la sensation, et la conscience de la volonté libre et de Faction (1) ; à plus forte raison Dieu est-il placé dans ce système au-dessus du monde que Boscovich prouve ne pouvoir résulter ni du hasard ni de la nécessité, et il réfute l'optimisme leibnitien par la raison que n'y ayant pas un monde supérieur à tous les autres parmi les mondes possibles, Dieu n'a pas été obligé de le choisir en vertu de sa bonté. La métaphysique de Boscovich nous semble, en général, empruntée à Newton, sauf les modifications que son premier principe le force d*introduire dans ridée de Tespace, et ces modifications la rapprocheraient singulièrement de celle de Kant, n'était que la notion inévitable de points situés en dehors les uns des autres dans un espace vide et dans un temps vide lui paraît prouver suffisamment Texistence objective de ce qu'il y a de positif dans cette notion. Quanta la philosophie naturelle, il suffit, pour que nous la regardions comme vitaliste, que la matière inerte et brute y disparaisse pour faire place à une force, à une nature de vie clairement définie. Peu importe que la matière puisse être anéantie en principe, si Ton trouve une force de compression suffisante pour vaincre la répulsion des points aux plus petites distances ; il suffit qu'il existe un substratum intelligible à cette aciivité qui produit les phénomènes. Mais ce système a des défauts énormes : il n'établit aucune liaison entre les monades matérielles et les autres, bien qu'il y ait dans la nature une incontestable continuité, il nie l'étendue que nous ne pouvons nous empêcher d'attribuer à l'être comme une qualité nécessaire, et réduit la notion de continuité à une abstraction mathématique. Enfin, le degré de vitalité qu'il accorde à la matière est trop bas ; car s'il lui donne plus de vie qu'un mè^ caniste n'en peut accepter, il ne lui en donne pas «-issez pour laisser quelque jeu à la liberté des appétits, et en soumettant la monade à une nécessité mathématique, il se condamne à n'expliquer jamais les faits compliqués de la chimie et de la physiologie.
7 . Cependant l'hy pothèse de Boscovich est parfaitement bien
^1) Boscovicb, Appendix ad metapbyMcain perlinens, de I)fo et anima, pago 280.
choisie pour l ^expression de tous les faits Inorganiques^ et si pour une hypothèse vitaliste elle reste trop près du mécanisme, on peut dire au contraire que la doctrine physique la plus générale qui ait été proposée depuis demeure dans un vague meta physique insaisissable. Nous voulons parler de la philosophie de la nature de ShelUng. Lorsque Shelling pose l'absolu à Torigine de Têlre et de la connaissance, et qu'il fait émaner de sa primitive identité la diversité de Tidéal et du réel, du subjectif et dé Fobjectif, diversité qui, à travers Tinlermédiaire de la manifestation, retourne à Tidentité, il livre la formation du réel qui est sous nos yeux à deux forces opposées qui se combattent et se mettent en équilibre. Dans Téther infini, première manifestation de la force expansive qui produit l'espace et dans l'espace la lumière, une force coactive vient agir à son tour, et le système du monde résulte des mouvements en lignes courbes que produit le balancement de ces deux forces, l'impulsion et Tattraclion ; la lumière, 1 électricité, le magnétisme, les phénomènes chimiques, enfin la vie même, par l'assimilation et la respiration, se rangent sous une loi de dualisme et de polarité. Tout ce qui est, selon Shelling, est un produit de la vie, bien loin que la vie soit le produit de ce qui est inorganique ; et dans cette domination de la vie sur Tunivers entier, nous ne trouvons pour la représenter que des forces plus ou moins générales, et la substance n'est nulle part. Expliquons-nous : Shelling, en partant de Fidentité comme cause et comme fin d'un monde dont l'identité diversifiée est encore Tessence, et en insistant sur le principe d^ la non différence des différents^ nous semble avoir mis la créature en oubli, à l'exemple de Spinosa. L'être fini n'a pas un être propre et déterminé, il n'est pas posé en lui-même dans la réalité, il n'est pas distingué dans la pensée par un véritable principe d'individuation ; il ne peut être qu'une apparence, même alors qu'il se pense lui-même, dans le flux incessant des forces créatrices et des formes qu^elles produisent. Shelling a donc oublié la monade. Nous verrons bientôt les raisons d'«xistence de sa doctrine et la valeur qu'on peut lui accorder ; qu'il nous suffise de constater ici que dans le naufrage de la substance finie, ou plutôt dans l'absorption des phénomènes matériels par deux forces primitives, de ces deux forces par la vie universelle, et de cette vie par l'identité absolue, il ne reste pas place à la physique. Le dualisme des forces
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que Shelling a développé dans sa doctrine a beaucoup de valeur ; mais il ne peut exclure ni des considérations d^nn ordre plus concret, soit mécaniques, soit vitalistes, ni des propriétés rapportées à des êtres réels, à des monades qui s'influencent mutuellement ou par le mouvement ou par les appétits vitaux (1). 8. Maintenant laissons la philosophie ïiatur elle en général, pour dire quelques mots de celle de ces parties qui, prenant son objet à la limite même du corps et de la pensée, se propose de découvrir les lois de la vie chez les animaux. Dès la fin du dix-septième siècle, après la réforme cartésienne, les physiologistes se partagèrent en partisans du mécanisme et du vitalisme, en prenant ce mot dans le sens général où nous Tavons entendu jusqu'ici. L'école chimique était en décadence, et les formes d'Aristote allaient disparaître définitivement avec l'orchée de Paracelse et de Vanhelmont. Siahl, en créant V animisme, supposa à Tâme une faculté d'étendue et de mouvement, ti lui donna la direction matérielle du corps ; et dans le cours du dix-huilième siècle on remplaça l'action générale de l'âme par des propriétés vitales attachées aux diverses parties du corps. Enfin Bichat doua les tissus d'une sensibilité et d'une contracWité organiques qui président à la nutrition, expliqua la circulation par l'excitation de la sensibilité nerveuse due à l'affluence du sang, et, en général, distribua le corps en une multitude d'organes vivants qui, soumis à des lois générales, exécutent cependant leurs fonctions avec une sorte de discernement, choisissent et rejettent, attirent, transmettent, s'assimilent, sécrèjtent, vies partielles, en un mot, harmonisées en une vie générale (2). Mais la physiologie mécanique existe toujours et se développe comme la contre-partie de cette belle doctrine (3).
§ IV
DE l'origine et des ÉLÉMENTS DE LA RESTAURATION PHI- LOSOPHIQUE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE.