‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 4)Chapitre 85 sur 94 · UA^UEL · texte numérisé non relu

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se produisent inévitablement et dans Tordre, suivant les^relations et les lois plus générales qui les embrassent; de là une manifestation progressivede la vie, et dans Texistencede chaque être un progrès continu dirigé par ces lois ; enfin ce progrès doit se retrouver comme passé dans Thistoire de la vie, quand on classe les animaux que^nous pouvons connaître suivant une échelle ascendante de leurs facultés. Maintenant que^ Bonnet n'ait pas aperçu toute la généralité de son idée etqull ait voulu restreindre l'échelle des êtres à un mouvement unique et recûligne; qu'il ait trop exclusivement envisagé Dieu commejcréateur et n'ait pas fait intervenir Vinfini du développement dans ses formules ; qu'il ait conservé l'idée de la matière inerte, inorganique, rejetée au surplus par un de ses contemporains Robinet, au lieu de se tenir plus près de la doctrine de Leibnitz, ce sont là des défauts qu'on peut reprendre et corriger, mais qui n'empêchent pas que cet homme encore méconnu n'ait découvert les lois fondamentales qui doivent faire de l'histoire na • turelle une véritable science dans l'avenir, et, qu'il n'ait facilité par la dé/inition générale d'une vie distincte individuelle, à la fois idéale et organique, la réclamation que nous venons de faire contre l'identité absolue des panthéistes allemands (1).

8. Nous ne devons pas oublier dans notre revue des éléments de la science future la grande œuvre morale et philantropique commencée au dix-huitième siècle et poursuivie jusqu'à nous. Nous en avons dit quelques mots déjà, mais sans définir exactement sa tendance. Or, cette tendance est double et combat à la fois le principe égoïste, issu du sensualisme, et le principe de renoncement au monde et de'mlut éternel, prêché par l'Eglise. Elever la moralité de l'homme à ses propres yeux, reconnaître en lui un sens moral, une connaissance naturelle ou innée du bien et du mal, du juste et de Tinjuste, c'est échapper à l'égoîsme, à la morale d'Hobbes et à sa pâle image reflétée par certains élèves de Locke. Cumberland,Wollaslon, Shaftesbury, Hutcheson, Adam Smith, Price, Ferguson, Hume, Diderot, Voltaire représentent à divers degrés la morale et la religion naiurelles, qui, nées au seindu protestantisme, passèrent en France et luttèrent coQtre toute religion révélée; la plus grande diffé-

(i) Boonett La Palingénisie philosophique, Genève, 1769. — ■ Contemplation de la nature, etc. etc.

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tence qu'on puisse trouver entre les systèmes de morale fondée dans cet esprit dépend du degré dimportance accordé à la sympathie par les uns, à la raison par les autres, dans la détermina* tien du bien. Kant fonda le sien sur la raison et contribua beau, coup à propager en Allemagne cet esprit de religion naturelle. On peut reprocher un défaut très-grand à tous ces systèmes : c'est d'abord d'introniser absolument la raison ou le sentiment individuel, ensuite de supposer dans les notionshumaines de justice et de bonté une invariabilité à laquelle Thistoire donne facilement un démenti. Aussi ne voulons-nous leur accorder qu'une valeur toute relative, sans renoncer à soumettre, dans tous les cas, les jugements individuels à des lois générales et sanctionnées, qui sont à leur tour soumises à l'examen et à l'appréciation des individus. Il y a à dire de la politique ce que nous venons de dire de la morale; qui ne sait quelle fortune les idées de liberté, d'égalité et d'examen individuel ont fait en France depuis un demi-siècle; mais qui pourrait ignorer aussi la profonde nécessité d'un pouvoir central, religieux et politique? Que les variations du dogme, que celles du pouvoir et de la loi soient intimement liées aux variations réelles et constatées du sentiment humain, c'est ce qu'il est permis de demander. Mais la liberté en acte ne peut procéder plus loin, ni l'égalité ne peut exiger davantage dans la communauté. Le reste se passe dans le fôr intérieur qui est inexpugnable ; et moins que jamais on pourra l'assiéger violemment. Avant le dix-huitième siècle , tout ce que l'esprit politique général avait pu faire c'était de poser contre Hobbes, avec Grotius et Puffendorf, le principe de la sociabilité naturelle et de traiter rationnellement la question du droit; encore Puffendorf ramena- t-il la sociabilité au besoin et à Tégoïsme. La révolution politique à laquelle nous devons les notions naturelles de droit et de devoir, qui sont désormais ineffaçablement inscrites en nous, a donc été due en grande partie aux moralistes du dix-huitième siècle, à Bayle qui les représente tous par avance, et enfin à Rousseau, qui a détruit le principe d' Hobbes d'une manière définitive en accordant la vertu, l'honneur et la bonté à l'homme de la nature. Cette idée était d'un esprit noble et grand, et bien qu'elle soit assurément fausse, si on la prend dans toute son extension, elle est vraie dans son principe, en y introduisant les restrictions convenables. Hobbes supposait l'homme

méchant et le rendait pire, Roasseaa le suppose bon et le fait meilleur. C'est en grande partie de ses ouvrages que date la recherche des conditions du développement naturel et de Tamélioration des hommes, et le principe de la fraternité humaine a trouvé en lui Tun de ses plus éloquents propagateurs. 9. C'est vers le milieu du dix-huitième siècle qu'une nouvelle révélation fut faite à la science, et un nouvel élément d'une grande importance ajouté à tous ceux qui constituent la grandeur de Père moderne. Yico créa la philosophie de rhistoire. Yico naquit à Naples, patrie de Campanella et de Bruno; ce fut un révélateur après deux martyrs; à la philosophie née de Descartes et à la méthode des sciences, il essaya d'ajouter .une philosophie, une méthode et une science nouvelles. C'est rhistoire|de Thumanité. Yico reprocha à Descartes, dont il aimait la métaphysique, d'avoir fondé une métliode incomplète, et il en avait le droit, lui qui la complétait en amenant parmi les sciences la poésie, l'histoire, la philologie, que Descartes avait méprisées pour leur inconsistance ou pour leur obscurité. Depuis Yico, de nombreuses tentatives ont été faites pour découvrir et pour formuler la loi du développement de l'humanité ; celte science immense s'est divisée en une multitude de branches, et l'un des grands caractères de notre siècle est de poursuivre sa fondation dans mille voies diverses, par la spéculation et par l'étude des faits. Depuis Yico aussi, quoique indépendamment de ses ouvrages, Tidée du progrès de Thumanilé, indiquée par Bacon, Pascal et Leibnitz, a été analysée par Turgot, Condorcet et Saint-Simon. Elle tend, grâce à d'incessantes recherches, à se constituer scientifiquement sur ses véritables lois. Des doctrines de politique générale ou d'organisation sociale, incomplètes et hâtives, il est vrai, sont sorties déjà de ces premiers aperçus ; d'autres sont résultées de l'application de la science aux relations matérielles et aux travaux industriels de Thumanité. Enfin, et comme pour donner une base métaphysique et religieuse aux spéculations futures qui semblent devoir embrasser la sphère entière de révolution humaine pour la régler à priori, Tétude de l'histoire des religions et des philosophies avance de plus fin plus l'humanité dans la connaissance d'elle-même, et un jour viendra où les dogmes, les opinions et les principes se développeront régulièrement, sans crainte et sans résistance.

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