‹ Manuel de philosophie ancienne (volume 4)Chapitre 86 sur 94 · DD FONDEMENT DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DD FONDEMENT DE LA CONNAISSANCE

1 . Si la philosophie est Télude de la science, mais de la science en elle-niéme , et dans son origine, et dans ses fondements, et dans ses lois, la première question qui se présente au philosophe doit être de déterminer les conditions du savoir. Le savoir est-il possible pour 1- homme? a quelles conditions, sous quelles formes est- il possible ?

2. Rentre donc en toi-même et médite, toi qui veux savoir ; ou bien encore laisse la ta pensée et ta vie, pour ainsi dire, élance-toile plus loin possible, regarde, écoute, agis; à chaque instant et partout, dans chaque événement de ton existence, dans tout sentiment, dans toute pensée, dans tout souvenir, que trouveras-tu de constant ? quel sera le fait nécessaire et suffisant à la fois pour caractériser une manifestation quelconque de ton être ?

3. D'abord ton analyse te retrouvera toujours loi- même, toi présent, et devant toi quelque chose qui est et qui se pose ,

et qai joue un double rôle : celui de n^être pas toi, et d'être cependant en toi, devant toi.

4. Yoilà le fait primitif : un siqet, un objet. Dans ta première observation le sujet c^est toi, et telle est aussi la seule dé« finition convenable de ton être : tu es celui qui perçois Vobjet^ ou, pour parler métaphoriquement : iu es celui qui vois. L'objet, c'est ce que tu appelleras familièrement une chose, car la chose est ce que tu vois. Or le savoir ne peut prendre son point de départ que de toi, car si tu n'es pas, qui sera et que sauras-tu? iSi donc tu vois une chose, tu ne la vois pas en elle, mais en toi et par relation à toi ; tu^ la sais comme étant ton objet d'une certaine forme, de sorte que la chose n'est d'abord qu'une idée.

En un mot, ce que tu appelles la connaissance enveloppe nécessairement un phénomène (I) à deux faces, l'une subjective, l'îiutre objective. Tu ne peux savoir qu'à cette condition, mais c'est toujours en toi que la chose et toi vous êtes manifestés ; sans cela il n'y a plus qu'ignorance, anéantissement, et il ne reste place à aucune vie que tu puisses sentir. C'est donc en toi, toujours en toi que tu dois rechercher le premier savoir (2).

5. Puisque tout premier savoir amène ces deux formes, il est clair que le sujet ne peut être sans objet ni l'objet sans sujet ; mais le sujet peut se poser comme objet à lui-même. C'est ce qui arrive toutes les fois que tu sais actuellement et d'une manière quelconque ta propre existence- Tu veux^ par exemple, et tu sais en même temps que le principe de cette volonté c'est toi. Sujet de cette volonté, tu es un objet pour toi qui la sais.

(1) Phénomène ^ ce qui apparaît an gënéral, soit au dedans soit an dehors.

(2) Les méditations métaphysiques de Descartes et la forte analyse des perceptions objectives dans les deux premiers dialogues de Berkeley devront toujours être invoquées pour établir ce point desavoir. Pourrait-il être encore besoin de nos jours de prouver bien longuement que la perception d'nn phénomène extérieur est toujours subordonnée }i une apparence subjective et ne dit rien par elie-mêmo? Ce que je vois en tel Ueu, dans l'espace, rond et coloré, peut-il être quelque chose au début de la science, sinon en tant que j'ai l'idée de l'espace^ et que sous cette idée plusieurs autres viennent se grouper? Si je fais abstraction do sujet et de ses facultés qui ne sont encore que lui, puis-je avoir l'idée de l'étendue en palpant des points ou en voyant du ronge? Bien moins encore puis-je donner ce tact par la nuin ou cette vision par les yeux comme une 'preuve en philosophie, tandis que les yeux et la main devraient être eux-mêmes connus antérieurement. Y. le «^aye/r de Fich le

dans la destination de V homme. On poiurait enfin rappeler les raisons sans réplique qui M tirent du rêye et de rhaUnciintion.

Ces deux formes du savoir se retrouvent partout, dans la veille, dans le rêve, dans la folie, dans Fextase.

Mais pourquoi, demandera quelqu'un, de la pufe logique au départ du savoir ? pourquoi des abstractions et non des réalités? Heureux qui les connaît les réalités ! c'est que celui qui veut savoir et non pas simplement croire trouve là la première observation que Fhomme puisse recueillir sur Pêtre, et cela bien avant de rien connaître, soit sur la nature de Tobjet, soit sur celle du sujet, de conforme à ce que les divers philosophes ont diversement expliqué.

Les premières notions du sujet et de Tobjet sont très-claires et à Fabri de toute objection. Il n'en est pas de même des expressions souvent équivalentes, que l'on employait autrefois {{); elles avaient l'inconvénient d'impliquer, malgré les efforts des plus grands esprits, beaucoup de préjugés ou de notions mal définies sur la nature des êtres. Débarrassé de ces fausses images qui l'obsédaient, le savant pourra plus raisonnablement espérer de découvrir le monde comme il est, sans se laisser bercer par les illusions du vulgaire des croyants.

Page 1