II
nés sous le nom de tropes de Vétiologie; ces arguments se rapportent à la physique spéciale telle à peu près qu'elle est aujourd'hui constituée , quoique les anciens n'aient pas encore connu cette science d'une manière distincte.
Parmi les huit arguments qu'^Enésidème oppose à la recherche des causes, on peut en remarquer trois (4) qui semblent avoir trait aux erreurs qu'un physicien peut commettre plutôt qu'à la nature même des procédés qu'il doit employer. Nous les passeserons sous silence, comme l'aurait fait ^Enésidème si la physique avait été de son temps ce qu'elle est du noire. Mais il en reste cinq qui n'ont rien perdu de leur importance, et qu'on doit avouer très-propres à montrer qu'il n'est pas de certitude absolue dans les sciences physiques. Le dernier de ceux-ci se rapporte aux hypothèses particulières, par conséquent encore aux philosophes ; mais quel est le physicien qui ne fait pas d'hypothèses? Or, une hypothèse en elle-même est toujours douteuse. Examinons maintenant les quatre autres. 4° jEnésidème remarque que les physiciens ont l'habitude d'apporter des raisons ou de signaler des causes qui n'ont rien d'évident par soi, et qui ne sont confirmées par aucune chose évidente. — On peut aujourd'hui citer l'attraction mutuelle de tous les corps, qui sert à expliquer tant de phénomènes et des plus grands, et qui, par elle-même, est une notion parfaitement obscure. 2° Entre plusieurs causes qui peuvent être assignées à un même phénomène, le physicien n'en considère qu'une.— Cet argument, que de bonnes observations, rares, il est vrai, dans l'antiquité, semblent pouvoir infirmer dans un grand nombre de cas , reprend une valeur absolue à nos yeux si nous remarquons l'impossibilité de s'assurer qu'il n'existe pas une cause différente de celle qu'on a en vue , et qui soit capable des mêmes effets. Ainsi, l'on croit que l'aberration des étoiles, telle qu'elle est observée et mesurée, ne se peut exptiquer que par le mouvement de la terre combiné avec celui de la lumière. Cela peut être vrai, cela paraît très-probable, cela n'est pas certain. 3° Le physicien
|1) Ce sont les trois derniers. (Voyez ci-dessus, p. 350.) Noaa ne voulons pas dire cependant que les physiciens de nos jours sont tout à fait exempts des erreurs mentionnées ici par iEnésidème, mais seulement que ces erreurs nes'élèvent pas jusqu'à la science acquise générale.
apporte pour un certain ordre de faits une cause qui ne s'étend pas à cet ordre tout entier. — En effet, les hypothèses, même les meilleures, comme celle des ondes en optique, rendent-elles absolument compte de toutes les propriétés de la lumière? rendrontelles compte des nouveaux faits qui pourront être découverts ? nul ne pourrait l'affirmer. 4° L'explication des choses cachées par certaines choses apparentes qu'on suppose de même nature, n'est jamais absolument satisfaisante. — Nou3 demanderons, par exemple, si l'assimilation de la cause de l'électricité à celle du tonnerre est rigoureusement légitime tant que les physiciens n'ont pas composé de toutes pièces un orage artificiel ?
Nous avons eu soin de choisir les notions physiques les plus satisfaisantes, et à juste titre les plus généralement adoptées, afin de faire mieux ressortir l'incertitude de la physique soit expérimentale poit théorique, aux yeux de quiconque voudra comparer les résultats les mieux acquis de cette science à l'idée qu'il a sans doute en lui du savoir absolu (4). Et de la sorte, la physique va rejoindre la géométrie, qui déjà elle-même a rejoint la philosophie , au rang des. connaissances humaines dont les fondements ni le contenu n'ont en eux-mêmes rien de parfaitement stable et assuré.