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i'éUtttlue ne nous e$i assurée que par la foi, ce qui est couirad eioire (1). Régis ne sentit donc pas qirnn système purement logique, subjectif, et fondé sur ces deux r^les absolues, le néant na pas de propriétés , et tout ce que nous concevons c'airemeni et disliitctemenl de la nature d'une chose est vrai de cette chose, n exprime rien de plus qu'une forte Tolonté dans celui qui le pose d'être réaliste, et dans le fond ne prouTC rien, mais tend, au contraire, invinciblement vers Vidéalûme absolu. Descartes ne suivait qu'au début le critérium logique, et cela parce qu'il est indbpensable , et que nous ne pouvons partir que de nousmême ; mais aussitôt que possible, il le fondait sur la conception plus haute de l'être et de sa véridicité.
7. Mais voyons comment Régis continue à procéder sur cette question de l'étendue et de la nature de Tidée que nous en avons. Après avoir e>sâyé de réfuter Malebrancbe, il conclut que nous voyons les corps par les idées qui sont en nous et qui dépendent des corps quelles représentent comme de leurs causes exemplaires, de l'âme qui les reçoit comme de leur cause matérielle, de Dieu qui les produit comme de leur cause efficiente première, et de l'action des corps particuliers sur les organes des sens comme de leur cause efficiente seconde (2). L'âme connaît donc l'étendue par soi-même et par sa propre ncUure (5), et elle croit qu'elle existe en effet, comme nous avons vu cidessus , parce qu'elle ne conçoit pas que le néant ait une propriété, ou, ce qui serait plus exact, qu'une chose nous paraisse avoir une autre nature que celle qu'elle a en effet. Voilà un idéalisme bien confiant en lui-même et qui franchit , en jouant et sans l'apercevoir, labîme du doute invincible et complet. Mais ce qui est remarquable, c'est la preuve forte et nette que Régis avance de l'impossibilité pour l'âme de connaître l'étendue par conception , par imagination ou par sentiment (4). En effet, la conception n'est que la puissance de connaître tout ce qui est esprit : Dieu , Vàme , ses opérations et ' celles des autres âmes ; l'imagination ou puissance de connaître les corps et les rapports d'égalité oti d'inégalité qu'ils ont
(1) Système de Régis, 1. I, part. 1. cbap. 2.
(2) Id., I. II, pirt. I, chap. 14.
(3) Id., chap 3.
(4)Id..id.
en Ire eux ne s'applique qu'aux corps particuliers ;en^n le senlimenl ou / ( puissance de l'âme de connaître les rapports divers que les corps extérieurs ont avec elle selon les différentes impressions qu'ils font sur son corps (I), ne peut non plus nous fournir Tidée générale de retendue, car tout au plus la sensation du tact donnerait-elle Vidée de la svperficie. Il fallait donc penser que retendue, pure conception, n'existe pas dans le monde extérieur, et croire, avec Malebranche, que nous la voyons eu Dieu, ou bien faire dépendre son idée de notre nature même ; mais alors, par quelle voie Ten extraire et la porter au dehors? Régis en vint ainsi à créer un monde purement idéal , auquel il faisait tout à fait bénévolement correspondre un monde réel qu'il ne pouvait prouver.
Encore si l'étendue appartenait à Dieu , nous pourrions la connaître, comme nous connaissons Dieu lui-même. Mais Régis admit que l'étendue ne peut être en Dieu , par la raison qu'étant divisible et mobile, elle dépend de qui la divise ei la meut, tandis que la pensée absolue et sans restriction est indél>endante de toute cause étrangère (2). Cet argument eût été bien aisément levé par Spinosa, à l'aide de la considération du dualisme esprit et matière envisagé à la fois dans le fini et dans rinlini , dans le dépendant et dans l'indépendant. Cette lutte ouverte ou cachée de Régis contre Malebranche et Spinosa nous montre combien il était difticile de s'arrêter dans la voie où Descartes avait introduit la philosophie : une forte pensée éveille un monde de conséquences , et il faut des siècles pour les déduire. Mais toute médiocrité veut que la science s'arrtHe aux bornes de son esprit, et que la fin de Tunivers soit là on il cesse d'apercevoir quelque chose.
Réi^is n'alla pas plus loin que Descartes sur la question de lunion de l'âme avec le corps. L'expérience nous enseigne celte union, et seule elle peut l'enseigner, car elle est un arcident d\i corps et de l'esprit (5). Quant à sa cause, elle ne peut être ni
{\) Système de Reffis, l.II.p. l,Ghap.2. Cfctle division des facultés de l'âme est conforme à celle de Descartes : iniellige-cey qui seule connaît le vrai, imagination et sens. Rë^is ajoute aussi la mémoire etles pussions. (Descartes, Règles pour la direct, de l'esprit, édit. ConstB. t. XI, page 24S.) Seulement l'intelligence est assez arbitrairement bornëe par Régi» 2i la conception des esprits.
(2)Id., 1. I, p. 1, chap. 7. L'étandue ne peut appartenir i Dieu, bien qu'il semble que re soit une perfection de pins, etc. (.3) Id., I. I, p. Il, cbap. 3.
dans l'esprit ni dans le corps, mais en Dieu, qui Ta ainsi voulu. Pourquoi sentoiu-nous la chaleur en approchant du feu? Parce que Dieu veut que nous la sentions à propos du mouvement du feu. Le cartésianisme ne pouvait en rester là, et cette brève solution ne contient qu'implicitement les raisons plus profondes qu'on peul apporter.
Tout en exposant d^une manière , en apparence , assez logique, la doctrine de la liberté de Descartes, on ne peut nier cependant que Régis n'ait fait ressortir plus vivement le côté d(i vrai que Spinosa adopta pleinement, et n'ait peut-être réduit la liberté plus que Descartes n'eût voulu le faire; il soumit, en effet , le consentement et les déterminations volontaires aux perceptions de l'entendement, et définit la liberté, la puissance d'affirmer ou de nier, d'aimer ou de haïr les choses^ selon que l'entendement les représente au jugement ou au libre arbitre^ avec des rapports d'égalité ou d'inégalité, de convenance ou de disconvenance ^ contingents et non nécessaires (1). La liberté des actions consiste en ce que Tâme , quand elle affirme ou nie , aime ou hait, n^est forcée par aucune cause extérieure, et retient la puissance de changer quand l'entendement lui représentera les clioses autrement. Le premier point est commun à l'intelligence et à la volonté ; l'autre appartient en propre à la liberté. Du reste, Tâme ne se détermine pas par sa prop< vertu , ce qui n'appartient qu'à Dieu seul : rien n'existe dan le monde , et il n'y a ordre de bonté et de vérité qui ne dépende de Dieu comme cause médiate ou immédiate. Ainsi les actions du jugement et du libre arbitre, sous ce rapport, ne sont pas libres (2).
Dieu seul est libre dans ce sens qu'il ne se détermine que par lui-même, en même temps qu'il n'est contraint par aucune force extérieure ; et cependant il ;igit nécessairement selon sa nature, car il répugne quHl y ait en M rien de contingent. Encore ici, Régis abandonne Descartes sans apercevoir à quelles doctrines il va toucher lui-même.
La morale de Régis, en partie politique. . jn cartésienne et assez commune. Il suppose un pacif" .idl et une morale naturelle qu'il mêle à la morale religî'iiise. Le tout est entre-
(1) System* de Régist I. II| p. II> cbap. 8.
(2) Id , cbap. 9.
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mêlé de quelques principes assez choquants, et en arrière des ft idées chrétiennes, sur le devoir des femmes H des valets, et se f. termine enfin par une analyse de la lettre du souverain tien t\ de Descartes, qui montre comment les dogmes d'Épicure, de fk Zenon et d'Âristote peuvent être conciliés.
8. Mais si Régis fît preuve en tout cela d'un esprit étroit i} et superficiel) plus occupé de faire cadrer les mots que de comte prendre les choses, c'est surtout en matière de physique qu'il I se montra stationnaire. Comme les autres élèves de Descartes, lli au surplus, il s'en tint à cette multitude de petites hypothèses fl arbitraires et très-commodes, à Taide desquelles on peut toulî jours trouver de petits mouvements et de petites figures, pour r' expliquer tout pliénomène qui se présente. Que Descartes ait r cru fonder ainsi une physique solide dans toutes ses parties et r dans ses moindres détails, lui qui, justement préoccupé du point de vue de la physique générale, croyait avoir fait beaucoup en j- montrant comment toutes choses s'expliquent par les prer miers principes, on le conçoit. Mais que des disciples, à une K époque où les fondements de cette physique étaient admis par r tous les grands esprits, aient voulu prendre le change sur la guerre qu'on leur faisait, et se croire attaqués à la base de leur doctrine plutôt que dans cette foule de déductions incertaines qu'ils se permettaient, c'est ce qu'on s'expliquerait difficilement «i l'on ne connaissait le faible des hommes pour les sciences achevées ou prétendues telles (1).
Cependant la science ne devait pas en demeurer là. Sténon avait détruit l'anatomie de Descartes, et la glande pinéale n'était plus qu'une glande comme une autre, peu mobile, et en- I tourée de veines et non d'artères. Huyiçhens arrivait, et, s'emparant des idées mères de la physique de Descartes et des découvertes de<^ Galilée, créait de belles théories partielles qui se rattachaient au cartésianisme, tout en niant quelques-unes des idoles qui n'avaient eu qu'une %'aleur et n'avaient mérité qu'une foi de circonstance, et qu'à tort des élèves voulaient consacrer à ^ '^*mais. Les lois de Kepler, observées et recon-
(1) B^gis fut très-utile h la propagation du cartësiani&me en France. 11 le fit coonaU tre et l'enseigna, pour ainsi dire, ^ Toulouse, où, entre autres partisan.-*, il lui g9igna beaucoup de femmes, pnis il Montpellier et^ Aix. Il fil ces rojages ^ une ëpoqne fort antérieure Il celle de la publication de son livre. ( Bracker, Hist. erit. phit. V, 28*2. )
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nuesdéfmUivement, entraient dans la science, et les découvertes expérimentales de Galilée étaient désormais incontestables. • 9. Déjà tous les savants étaient au courant de cette situation des choses, et les cartésiens seuls paraissaient Tignorer.Cest là ce qui nous explique le décliainement des plus irrands penseurs contre le cartésianisme à la Hn du dix-septième siècle, tandis 4|ue ses principes généraux et ses hypothèses fondamentales avaient pris rang parmi les cho>e8 dont il n'était plus permis de douter. Ainsi, par la faute des élèves exclusifs de Descartes, le livre si peu philosophique de Huet fut applaudi par ceux-là mi^mes qui avaient recueilli et qui augmentaient chaque jour la meilleure partie de l'héritage de leur maître, par Leibnitz et par Huyghens. La réaction qu'ils étaient obligés de faire contre certaines idées de détail, qui voulaient s'imposer et dominer, s'étendit naturellement jusqu'à celui qui, le premier, les avait mises au jour. En outre, la bonhomie d'Huyghens devait se révolter contre l'esprit exclusif, jaloux, ombrageux de Descartes, et contre ce qu'il appelait son orgueil (t). ^ussi le voit-on, dans les notes qui nous sont parvenues de lui, rendre justice à la mathématique cartésienne ; mais cette méthode, qui a créé la mathématique elle-même, il ne peut la saisir; il avoue que les notions généralement adoptées avant Descartes, étaient embrouillées ou ineptes, et, en cela même, il va trop loin, suivant Tesprit qui commençait alors à devenir celui des physiciens, et il ne s'aperçoit pas que quand il croit innover et abandonner Descaries, il ne fait encore que le suivre, car les prinpes restent là où l'application n'en est pas reconnue. Il trouve cependant Descartes tin ^rande^pril.Il avoue que Telésio^ Campanella, Gilbert^ retenaient, de même que les arisloiéb'ciens, plusieurs qualités occultes^ et n avaient pas assez d'invention et de mathématiques pour faire un système entier ; Gassendi non plus;,., que Vérulamius n^eniendait point les mathématiques et manquait de pénétration pour les choses de physique. Galilée est sou homme, il a fait de belles découvertes touchant tariature du mouvement;.., il était modeste et aimait la vérité. Descartes était fort jaloux de la renommée de Galilée : et il le blâme d'avoir voulu passer pour auteur d'une nouvelle philosùphie^ ce qui parait par ses effets et ses espérances de (a faire
(1) Notes crHuygliens sur la vie de Descartes par Baillct, Cousin. Fragm. fjfiil., t. II.
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enseigner;.,, d*avoir proposé son système de physique autrement que comme un essai, etc., etc. Voilà des reproches bien durs adressés à un homme qui a fait un si grand bien et de petits maux si réparables. Mais ses partisans croient tout savoir. Voilà le mot de Ténigme ; Descartes a eu le tort de ne pas croire aux nouveautés qu'Huyghens et tant d'autres pouvaient découvrir, mais son opinion a-t-elle empêché ces nouveautés de passer? On voit combien Huyghens rapportait tout à son point de vue. 11 voulait naïvement ôter la philosophie à Descartes, et le ramener aux proportions de son propre esprit et de Tesprit de Galilée. Mais alors craignez pour cette science positive dont vous êtes si fiers, et qui a ses racines dans la nouvelle métaphysique que vous rejetez.
10. Leibnitz est moins excusable d'être entré dans cette ligue formée par le livre de Tévêque Huet, de lui avoir écrit, comme Huyghens, pour le féliciter, et de lui avoir offert, à plusieurs reprises, un nouveau recueil des plagiats de Descartes (1). Il devait savoir combien ce genre d'accusation est facile et quelle est sa valeur contre un homme qui a créé un système entier où tant d'éléments divers ont naturellement leur place marquée; il devait mieux comprendre cette métaphysique dont il adoptait lui-même les véritables fondements, et se montrer moins prompt à lui reprocher de grands paralogismes et des endroits bien faibles ; de même, il aurait pu traiter avec plus d'indulgence, dans les élèves, une physique qu il trouvait dans le maître un admirable échantillon de ce quon pourrait et devrait bâtir sur les nouvelles expériences (2), et qu'on n'a cependant pas encore remplacée dans son ensemble. Mais surtout il eiit été plus juste, lui dont la philosophie pouvait donner prise, au fond, à des accusations d'impiété terribles alors, s'il eût épargné à Descartes le reproche de rejeter les causes finales et d'admettre une série indéfinie de transformations par le mouvement dans la matière^ ce qui mène à la doctrine di'Hobbes ou de Spinosn, et le vœu de voir sa philosophie châtiée par le retranchement des erreurs qui sont mêlées avec la vérité (5). Nous reconnaissons ici l'esprit exolérique, si l'on peut parler
(1) Extraits de la cotresfndance de l'abbé Nieaite. Fragm. phil-y t. Il, page '20/.
(2) Lettre^, de Leibnittà Nicaite,
(3) Id., lettre XI.
aiiui, de eet komine qui voulut el sol être tonioars bien avec les puissances, qui dirigea à i'édifiration le principal de ses ouvrages philosophiques, et fit douter après sa mort si le système de Iharmonie préétablie n'avait pas été un pur jeu de son esprit.
Cependant les reproches que Leibnitz adressait aux élèves «le Descartes n'en étaient pas moins fondés, et ils nous font voir le monde scientifique d'alors comme divisé en deux camps, celui des cartésiens purs, qui n'ajoutaient rien à Descartes, s'attachaient à nu babii inutile despeiiu corpM et négligeaient ou méprisaient fastronùmie^ la géographie^ ilmloàre^ les langues^ la critique (4), et celui des vrais cartésiens qui, ayant recueilli la semence dans leurs esprits, la cultivaient à leur manière et obtenaient de nouveaux fruits. Avant d'en venir à ceux-d, jetons les yeux sur une branche du cartésianisme déjà plus forte et plus féconde que celle de France.
il. L'activité scientifique des Pays-Bas à cette époque était immense ; et, bien que les théologiens protestants eussent voulu fonder et suutenir une rigoureuse orthodoxie, et que, de leur côté, les aristotéliciens fussent puissants dans les écoles philosophiques, il fut impossible d'arrêter le mouvement de la pensée. Le cartésianisme fut d'abord introduit à Utrecht parBenerius, et suivi par une femme savante (Schurmannia) qui lisait la Genèse en hébreu (2) , enfin, professé avec scandale par un médecin ambitieux, Henri Leroy, qui, d'abord, se contenta de toucher à quelques points de métaphysique, à propos de la physiologie. Les aristotéliciens s'émurent, et Gisbert Yoét, prédicateur, leur chef, entreprit de ruiner Descartes par la calomnie et par des interprétations inintelligentes et ridicules. Desrartes répondit, et, du haut de sa candeur, fit toucher au doigt la fange où s'agitaient ses adversaires (3). Mais tout ne se borna pas à des persécutions et à des jugements ; bientôt Leroy corn-
(1) Lettre Ide Leibnitz àl'aibéNieaise. Fragm. phil., t. II.
(2) Brucker raconte que Descartes ëtant entre' un joar chez Bon ëlëve Scbnraaamiia pendant qu'elle lisait la Bible, elle lui dit avoir appris l'hébreu ponr pouvoir juger en cunnaÏMance de cause les récits de la Genèse et pour les interpréter. Descartes lui avoua s'en être aussi occupé pendant un temps et 7 avoir renoncé, après s'être convainaiderimpossibilité de tirer quelque chose de clair de cette étude. Scharmannin s'indigna fortement. Le lemps n'étail pas venu pour cette œuvre immense que commença Sptnosa.
(X) Lettre ^ f^oët. édit. Cousin, t. XI. — Id.> au père Dinet, Ilfédit métaph.,
rhj. 7.
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promit Départes par des déductions fausses de sa doctrine et par des id^s qui lui étaient particulières : il voulut regarder ' rame comme un mode du corps, et soutint sérieusement, dans une lettre à Descartes, qu'il n^avait pu avoir lui-même d'autre intention, et que tout le monde lui supposait cette arrière- pensée. Ainsi, Leroy fut le premier des matérialistes modernes, c'est-à-dire le premier qui déduisit sa doctrine de celle de Descartes, et nous verrons qu'il ne demeura pas sans école. Descartes fut donc obligé de désavouer celui qu'il avait jusque-là regardé comme son meilleur élève et comme son ami (4). Mais, ainsi qu'il arrive toujours en pareil cas, le tumulte, le scandale et la persécution firent avancer les idées nouvelles plus que la tolérance n'eût pu faire. Voët finit par tomber dans le mépris de tous, et les universités bataves eurent désormais à adopter le cartésianisme ou à le souffrir. Les étudiants le répandirent ensuite en Hongrie, en Suisse, en Pologne et en Transylvanie. 12. Parmi les cartésiens des Pays-Bas, un grand nombre s'attacha à exposer ou à propager la doctrine, et à la comparer à la philosophie ancienne ou scolastique (2) ; d'autres l'appliquèrent à la théologie (3), et, parmi ceux-ci, celui qui fit le plus dé bruit fut Balthazar Becker, qui déduisit du système des causes occasionnelles et de l'impossibilité de l'action de l'âme sur le corps, une néfcation des apparitions d'esprits, et de la réalité de la sorcellerie (4). Il est vrai qu'un autre cartésien, Poiret, qui s'en tenait à la lettre de Descartes, lui répondit que l'âme, faite à l'image de Dieu, peut avoir reçu la puissance d'agir comme lui sur les corps (5). JCette question ne pouvait être résolue que par une étude plus approfondie des principes du cartésianisme^ elle fut, en effet, le point de départ des écoles progressives qui ne lardèrent pas à se montrer. Enfin, les discussions théologiques ou morales suscitèrent les premiers interprètes de la métaphysique de Descartes. Les deux plus célè-
(1) Lettres à Régiutt I, 06 et seq.
(2) Antoine Legrand deDonai, Heerebord, J. de Ray, etc.
(3) Cocceius, Wilicb, G<îrard de Uries, etc.
(4)Baltha«ar Beclier le flfond* enchanlét i99i. — De philosophia Cartesii adnw tùtio candida et sincera, 1668>
(5) P. Poiret, Economie divine, \^1 .—Cogilationa de Dca, de anima et malo,
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bres parmi ceux qui n en altérèrent pas les principes fondamentaux, sont Geulyncx et Clauberg. Le premier (f ) enseigna les causes occasionnelles dans toute leur rigueur, et nia que Thomme puisse exercer en réalité la moindre action extérieure. L'homme veut, Dieu agit ; Tâme humaine est placée dans ce monde pour assister à un spectacle, et pour être responsable des jugements qu elle prononce et de ses volontés intimes auxquelles Dieu, diaprés les lois générales qu il a établies, fait correspondre des modifications suivit^ et liées dans le monde extérieur. Le premier principe qui se déduit de cette doctrine, est la condamnation du suicide, puisque Thomme contrarie évidemment l'action de Dieu, quand il l'oblige à le retirer de ce monde ; et, en général, le principe du devoir en résulte dans toute sa force. C'est à robéissance,et non au bonheur, que nous devons rapporter les modifications de notre âme ; c'est à combattre Tamour-propre, à soutenir et à refréner Tesprit, à suivre enfui la ligne inflexible du bien, que nous devons employer toute notre activité. Cette morale déjà si ascétique diffère de celle de Spinosa, qu'elle prépare en partie cependant, comme le système de Foccasionnalisme, dans lequel Tâme conserve sa liberté et sa spontanéité, diffère du système bien plus rigoureux où, la série des pensées et des volontés dans rame étant regardée comme analogue à la série des figures et des mouvements dans le monde, sans que cepeudant il existe entre ces deux séries aucune relation de cause et d'effet, d'action et de passion, on établit dans les deux ordres de phénomènes un progrès à l'infini, dont la cause, la substance et la fin résident en Dieu seul. Geulyncx conserva le principe cartésien delà liberté humaine, et Spinosa, comme nous le verrons bientôt, le nia expressément. En outre, Geulyncx distingua Dieu dn principe matériel dont il ne vit en lui que la cause efficiente, tandis que Spinosa, renonçant à l'idée de cause et à celle de distinction si bien écrites en nous, et que Descartes admettait pleinement, professa l'unité de substance.
Les tendances de Clauberg (2) furent analogues à celles de Geulyncx, en ce qu'il exagéra le principe de distinction de l'âme
(1) On a de lui plusieurs ouvrages, dont le pins important est le Gnôthi seaulon seu El/iica (1646, dcuiième édit. Brucker, V, page 704j.
(2) .Vfiftp ralionalis phitosophitr instiiutiones scn logica y'clus et i oi'a, 1685- - Oniosophin, 1646. Clauberg professait la théologie à Dutsburg en 1665.
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el du corps, et crut à la posi^ibililé d'une !»éparalioii devS deux substances même pendant la vie. Il eut des extases et prétendit connaître et pouvoir enseigner la nature intime de Tâme (4). C'est une grande scission déjà d'avec les premières idées de Descartes, mais ce n'est certes ni cette interprétation nouvelle et complète ni ce développement systématique de sa doctrine, que nous allons trouver dans Spinosa.
§ II