‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 106 sur 127 · Cf. § 192, note · texte numérisé non relu

Cf. § 192, note

l'imparfait ou l'indicatif. — § 229. 23g

en deux syllabes au moyen âge. Nous expliquerons la chute du b dans le paragraphe suivant. La voyelle atone qui précédait le b à ces deux personnes était i dans le 3e type et elle est devenue i dans le 2e type sous l'influence de l'hiatus, elle a dû rester i (sans passer à ye, parce qu'elle était tonique dans les autres personnes) et agir comme une palatale sur Va tonique suivant qui devient alors ié. A la première personne du pluriel, la syllabe -iens, après 17 voyelle conservé, est devenue -ions dans les mêmes conditions qu'au subjonctif, et la langue moderne a contracté lions en ions ; mais on prononce encore ions, ie^ en deux syllabes après un groupe de consonnes terminé par une liquide : nous troublions, vous ouvriez, cf. § 3o, exe.

229. Au singulier et à la troisième personne du pluriel, on s'attendrait aux formes suivantes :

r . -éve (avec s k la 2e personne et ut à la 3e du pluriel) ; — 2 . -eive, puis -oive, qui serait aujourd'hui aive ', — 3. -vue.

On trouve encore dialectalement les formes i et o. Mais dans le français propre la forme 2 s'est substituée aux deux autres, en perdant sa consonne labiale. On suppose que dans les verbes tels que debebat, habebat, le second b est tombé par dissimilation (§ 92, e), et que la désinence -eut pour -ébat a passé de ces verbes à tous les autres. Pour la 3e personne en -eit (plus tard -oit, -ait) au lieu de -eie(f), voy. § 216. Les flexions des deux autres personnes du singulier, -oie, -oies, se sont contractées ultérieurement en oi, -ois (on a continué à écrire -oient à la 3e du pluriel), enfin la ire per-

sonne a pris s analogique (cf. § 202). Sur le changement de oi en ai, voy. § 22, exe.

230. Jusqu'au xme siècle, on trouve aussi dans les textes une forme dialectale provenant de la flexion -abamx : -oe, -oue ; -oes, -oues ; -ouet, -oui, -ot ; -oent, -ouent.

Enfin, pour le verbe être, on a conservé jusqu'au xive siècle, à côté de la forme esteil, estoit, faite sur le pseudoradical de l'infinitif (§ 1 i/j), la forme iere (ère dans l'emploi proclitique) venant du latin èrat.

Le prétérit.

PRÉTÉRITS RÉGULIERS

231. Il faut distinguer, pour le prétérit, les types qui conservent Faccent sur la même syllabe à toutes les personnes, et qui peuvent être dits réguliers, et ceux qui déplacent l'accent et qui deviendront des prétérits contractés.

Les premiers sont au nombre de trois dans le latin populaire4: en -ai (pour -avi), en -ïi (pour -ivi, -xi, du latin classique), en -ûi (pour -ûi). La dernière catégorie ne contient que des verbes dont le radical se terminait par une liquide ou, plus rarement, par une nasale ; quand la flexion -ûi était séparée de la voyelle du radical par une palatale, une dentale ou une labiale,

1. La labiale intervocalique y a été vocalisée comme elle l'est en français devant une voyelle labiale : -aba. -aua, -oe, -oue.

2. En latin classique, tous les prétérits déplaçaient l'accent; la tendance de la langue a été, notamment par des contractions, de ramener partout l'accent à la même place.

LE PRETERIT.

il\\

cette consonne tombait, et les atones ui se joignaient à la voyelle tonique ($ 2/jo, a). Quant à tenui, il s'est assimilé kveni, sur lequel voy. §§ 235, b', 287; 238. — Dans les verbes en -are, la 2e personne en -avisti s'était contractée en aisti, asti ; même remarque pour la 2e personne du pluriel.

232. On avait donc les formes suivantes, accentuées sur la flexion à toutes les personnes, et qui ont abouti aux prétérits français tels que chanta, finit, valut :

verbes -are

verbes -ire

verbes -ère

-ai

-ïi

-ui

-asti

-ïsti

-uisti

-ait

-lit

-uit

-aimus

-iimus

-uimus

-astis

-ïstis

-uislis

-arunt

-ïrunt

-uërunt (-uèrunt).

Tout ce que nous dirons du 3e lype s'appliquera au prétérit du verbe être.

a. — L'î atone en hiatus que nous avons dans un certain nombre de ces formes s'est fondu avec Vi tonique ou a formé diphtongue avec Va ou Vu tonique, à la première personne c'est-à-dire quand il terminait le mot (-ni est ultérieurement devenu -us par analogie); ailleurs, c'est-à-dire devant consonne, il est tombé1, même après Va qui, dans -ait, -aimus, s'est maintenu

I. Il était primitivement tonique dans -uisti, -uistis ; mais l'accent avait subi un déplacement comme dans les cas du § 3, Rem

>k'ï MORPHOLOGIE

intact, peut-être sous l'influence des flexions -asti, -astis (où 17 en hiatus avait disparu plus anciennement), de même que, sous l'influence de « il chanta », chantèrent (a tonique lihre = ê) est devenu plus tard dans certaines régions chant arent.

b. — Les secondes personnes du singulier et du pluriel oflïent quelques difficultés : au singulier on devrait avoir -ast, -ist,-ust, mais il y aurait eu confusion avec la troisième personne de l'imparfait du subjonctif (voyez § il\[{) ; par assimilation avec les autres secondes personnes, qui se terminent toutes par s, le / final s'est effacé et il n'en reste aucune trace dans nos plus anciens textes. Au pluriel, on devrait avoir -#~, -/~, -u% (cf. § 199, note); Ve labial des désinences -astes, -istes, -ustes s'explique sans doute par l'analogie de -âmes, -imes, -unies, où le même e peut être dû soit au groupe de consonnes ye -+- m, soit à l'accentuation proparoxy tonique ($ 3). Et ainsi la irc et la 2e personne du pluriel auraient exercé l'une sur l'autre une influence réciproque, la ire ayant maintenu la voyelle atone de la seconde, la seconde ayant maintenu, dans la conjugaison en -arey Va tonique de la première (ci-dessus, a) et ayant introduit Y s de l'orthographe -asmes, -ismes, -usines.

c. — Le t de la 3e personne du singulier s'est conservé comme appuyé par le ye qui précède (-uit devenu -uyt). Sur chantât devenu chanta et sur fu, fut, latin fuit, voy. § 1 47, d. Dans les premières personnes -zV, -us, s est analogique, d'après les prétérits en-si (§ 234).

LL PRETERIT.

jtf

233. On trouve aussi, en vieux français, des troisièmes personnes en -iét, -iérent. Elles se sont produites dans les composés de dare : *pcrdëdit (pour perdidit) a produit régulièrement perdiel, et *perdëderunt : perdiêrent. Ces terminaisons, où iê fait partie du radical, ont été assimilées à des flexions et ajoutées au radical d'un certain nombre d'autres verbes: rompiet, abatiet, etc. Cf. ce qui s'est passé pour le pseu do- suffixe -eit du participe passé, § 202.

233 bis. Il n'y a pas de forme inchoative pour le prétérit : le prétérit de parescere est celui de parère : paruit, en français parut. Notre conjugaison inchoative en -ir a le prétérit en -it. C'est au présent de l'indicatif qu'on trouve le s de la syllabe inchoative : emplist est un présent (§ 2o5). En dehors de la conjugaison inchoative, les formes en -ist sont au contraire des prétérits : dist {dit au présent, § 126), prist, mist, etc., cf. § 235, b.

PRÉTÉRITS DÉPLAÇANT l' ACCENT.

234. Les types de prétérits qui déplaçaient l'accent sont également au nombre de trois :

-ïstï

-it

-îmus (cl. ïmus) -uimus -sïmus (cl. sïmus)

-ïstis -uistis -sïstis

-erunt (cl. ërunt) -uërunt1 -sërunt (cl. sërunt).

Voici un exemple de conjugaison française pour chacun de ces trois types :

-ui

-si

-uistî

-sïsti

-uit

-sit

1. Classique -uerunt; ici l'accent, au lieu de se porter sur l'a 3a, notr>), a reculé jusque mit le radical.

( je vi, lu vcw, il vi/,

( nous \eïmes, vous \eïstes, il vim?/

C je dui, tu deùs, il du£,

( nous deiïmes, vous de«^,y, il durent

C je ton, tu tonzV, il tont,

f nous torsimes, vous torj/V/«, il tovstrent.

Par suite du déplacement de l'accent à la 3e personne du pluriel (§ 2, Rem.^), on a, comme à l'indicatif présent, l'accent sur la flexion aux deux premières personnes du pluriel, et sur le radical à la troisième. Mais ce parallélisme avec le présent manque au singulier, puisque le prétérit a aussi l'accent sur la flexion à la seconde personne du singulier, tandis que le présent a toujours, au singulier, l'accent sur le radical.

Nous verrons dans les paragraphes suivants que plusieurs verbes ont passé d'un type à l'autre, comme solvi devenu *solsi, d'où j'assous, tu assousis, etc. ; le prétérit actuel résolut a été refait par analogie (les autres composés de solvere n'ont plus de prétérit).

235. L'z long final du latin, à la première et à h seconde personne du singulier, a produit, avant d< disparaître comme atone, des effets importants sur l'i tonique de la flexion de la seconde personne et sur le radical de certains verbes. Ces effets sont d'autant plus remarquables qu'ils ont retenti sur l'imparfait du subjonctif et sur le participe passé; sans Vi long final di prétérit, le participe passé du verbe prendre serait prois, et nous dirions qu'il perdêt au lieu de « qu'il perdît »

a. — Dans le prétérit des verbes en -ire (§ 232), l'j

LE PRÉTÉHIT. § 236. 2^5

tonique de la 2e personne -isti était long et n'avait aucun besoin de Pi long final pour rester i en français. Dans les autres verbes, au contraire, on avait -ïsti, c'est-à-dire -èsti en latin populaire, et c'est Pi atone final qui a changé IV fermé tonique en i (§ 38). Cet i tonique s'est propagé à la seconde personne du pluriel, français ■istes, -îtes (au lieu de -estes, -êtes) : vous perdistes, d'après tu perdis, où Pi tonique est dû à Pi long final de perdidisti.

b. — A la première personne des prétérits *prë(ii)si, de prendere, et véni de ventre, on a un é fermé tonique qui devait, semble-t-il d'abord, produire ex, oi dans le premier comme dans mê(n)se, mois, et «'dans le second comme dans plèno, plein. Mais, au lieu de « je prois, je vein », on a : je pris, je vin, je tin Ç*tenï), sous l'influence de IV long final (§ 38). Pour la même raison, fêci a produit : je fis. Et Pi tonique de la première personne s'est propagé à la troisième du singulier et à la troisième du pluriel : il pnst, il v/nt, il tint, il fist, etc. A noter que il tint a produit aussi par analogie il print à côté de il prist, cf. le participe prins, § 2/19.

236. Dans cette catégorie de prétérits, nous aurions à faire, pour les flexions des deux secondes personnes (en dehors de l'observation du § 235, a) et de la irc personne du pluriel, c'est-à-dire des personnes qui ont l'accent sur la flexion, exactement les mêmes remarques que pour la catégorie qui a partout l'accent sur la flexion. Nous renvoyons donc au § 232, b. Notons seulement que -imus aurait du donner -ins; -imes, avec e labial, qui a

WOJ.riluLOOLE

entraîné -istes, s'explique sans cloute par l'analogie de -uymus = -urnes.

237. A la 3e personne du pluriel, la chute des voyelles atones des désinences -ërunt, uërunt, peut amener au contact du r une consonne finale de radical formant avec r un groupe difficile à prononcer (comme à l'infinitif des verbes en -ère et au futur des verbes en -ire, -ëre, -ère). On aura alors, entre cette consonne finale et r, une consonne de transition: ven(e)runt = vindrent ; vol(ue)runt=:volc/rent, voudrent. Vindrent a été refait en vinrent1 par analogie avec les verbes où la consonne de transition n'avait pas de raison d'être ; voudrent a disparu quand on a refait le prétérit de vouloir en substituant des formes accentuées sur la flexion aux formes accentuées sur Je radical.

Dans tous les prétérits en -si, la chute de Ye atone de la flexion -sèrunt a produit le groupe sr qui exige l'intercalation d'un t ou d'un d de transition suivant que s a le son se ou le son ze. Dans miserunt, le s étant intervocalique avait pris le son ze, d'où la 3e personne il misdreni : dans dixerunt, le s contenu dans l'a; étant appuyé avait gardé le son se, d'où la 3e personne il distrent. On a d'ailleurs substitué souvent -irent à -drent. Ces personnes ont ensuite été refaites, comme vindrent signalé plus haut.

238. En latin, la voyelle du radical subissait souvent un changement au prétérit : dans mïttere, mïttit, Yi tonique est bref, d'où : mettre, il met ; il est long au prétérit mïsit, d'où: il mit. De même, à côté de vïdet, il veit, voit, on a vïdit, il vit.

On s'attendrait à ce que cette voyelle, quand c'est un z, se conservât à toutes les personnes du prétérit, puisque Yi long semi-tonique se maintient comme

i. Malliorbe disait encore vindrent.

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