‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 108 sur 127 · ET DE « VIVRE · texte numérisé non relu

ET DE « VIVRE

241. Un bon nombre de prétérits ont été partiellement ou complètement refaits. D'après je vin(s), on a eu « tu vins, nous vinmes, vous vîntes », au lieu de venis, venimes,

LE PRETKRIT. § 242. 25 1

venistes. On a coutume de dire que les prétérits je conduis * (de conduxi), je destrais (de destruxi) ont été refaits sur la seconde personne conduisis, détruisis, mais en réalité la seconde personne du prétérit primitif était conduissis, détruissis (comparez laxare = laisser et non laiser) ; on a simplement ajouté les flexions dérivées de la conjugaison en -ire (ii 232) au radical conduis-, destrais-, tel qu'on le trouvait au participe présent (et à l'imparfait). De même la 2e personne coxisti donnait régulièrement coissis, cuissis, et scripsisti : escrissis, puis escresis, par analogie ; on a refait les prétérits je cuis (coxi), j'escris (scripsi) sur les radicaux cuis-, escriv-, de cuisant, escrivant. — Le verbe plaindre faisait : je plains (planxi, § io5), tu plainsis, il plains t, nous plainsimes, vous plainsistes, il plainstrent ; et tous les verbes en -aindre, -eindre, -oindre, avaient des prétérits semblables, on les a refaits sur le radical du participe présent, terminé par n mouillé, toujours avec les flexions de la conjugaison en -ire.

242. Par suite de ces refontes et des contractions signalées §§ 239 et 2^0 b, tous les prétérits ont aujourd'hui l'accent sur la même syllabe à toutes les personnes. Les irréguliers se distinguent donc de ceux que nous avons appelés réguliers (S 2 3 1)2 non plus par le déplacement de l'accent, mais par la contraction des formes précédemment accentuées sur la flexion ; on peut les appeler aujourd'hui des prétérits contractés.

Remarque. Parmi les prétérits non contractés, il y en a deux qui s'éloignent beaucoup du radical normal du verbe,

1. Il n'y avait pas de confusion avec la ire personne du présent de Tindicatif qui était cumin (£ 222, 6).

2. Ces termes nous paraissent préférables à ceux de prétérits jorts, prétérits faibles, qui reposent sur une métaphore éminemment contestable.

CLÉOAT. MASUEL DE PBOSÉTIQUE. 17

ce sont naqu-it, de naître, radical normal naiss-, et véc-ut, d'abord véqu-ït, de vivre, radical normal viv-.

D'après l'explication généralement adoptée, véquit serait une forme savante, mais vraiment barbare, tirée du prétérit latin vixit, et naquit en serait une imitation. Bien qu'on n'ait pas jusqu'à présent rencontré d'exemples de naquit antérieurs à ceux de véquit, il est très vraisemblable que c'est au contraire naquit qui a servi de modèle à véquit, devenu ensuite vécut sous l'influence de mourut. Car il est plus facile de rendre compte de la forme nasquit que de la forme vesquit.

Naître et mourir étaient en latin classique des verbes déponents, qui n'avaient qu'un passé composé (§ 189). Le latin populaire leur a donné un passé simple en -ui accentué sur la flexion (§ 23 1) : */iascui et *morui, d'où en vieux français je nasqui1, je morui; dans le premier mot, Vu s'est consonniiié après le c, et a disparu de la prononciation comme dans les relatifs qui et cui, et c'est ainsi que Yi s'est maintenu seul à toutes les personnes du prétérit nasqui, tandis que cet i s'est effacé, après avoir perdu l'accent quand il en était frappé, dans les autres personnes de morui, valui, etc., entre Vu non consonnifié et les consonnes s, t, m, r (§ 232, a). Notre prétérit naquis, jadis nasqui, a donc conservé tel quel, parce que le c s'y trouvait devant ui, le radical nasc- du latin nasci 2, qui est devenu régulièrement naiss dans d'autres formes (§ 102). On peut admettre pour le prétérit de vivere, dès le latin populaire, une forme analogique *vïscui, qui explique Yé de véquis.

1. On trouve en vieux français vous nasquesistes (au lieu de vous nasquistes), qui provient d'une analogie avec les prétérits en -si.

1. Nasc- est le radical « inchoatif » du verbe (§ io5, d). On a le radical non inchoatif dans le participe passé nato, français né. Le participe à forme inchoative nascu se rencontre aussi, et nous avons conservé vécu, fait sur le radical analogique vesc- du prétérit de vivre.

l'imparfait du subjonctif. — § 243.

L'imparfait du subjonctif.

243. Comme nous l'avons expliqué § igi, l'imparfait français du subjonctif vient du plus-que-parfait latin. Il est donc en rapport étroit avec le prétérit (parfait de l'indicatif), puisque le plus-que-parfait du subjonctif latin se formait sur le parfait de l'indicatif.

A cantavi {cantal du latin populaire) correspondait cantavissem, contracté en caniassem comme canîavistl se contractait en cantasti ; à audivi, audli, correspondait audivissem, audissem ; à volui: voilassent. On avait donc les flexions suivantes :

assem

-issem

-uissem

asses

-isses

-uisses

asset

-isset

-uisset

assemus

-issemus

-uissemus

assetis

-issetis

-uissetis

assent

-issent

-uissent

Les flexions françaises sont -asse, -isse, -usse.

On a eu à l'origine une flexion française -esse correspondant à issem. par i bref (dans les verbes n'appartenant pas à la conjugaison en -Ire ) ; mais perdesse est devenu perdisse sous l'influence de lu perdis (§ 235, a).

A côté des flexions françaises -asse pour tous les verbes en -er, -isse pour tous les inchoatifs, on a, pour les verbes des autres conjugaisons, la même répartition de flexions qu'au prétérit. Ainsi, aux deux prétérits de vouloir, tu voulus et tu vousis (§ 2^o,n. i), correspondent les imparfaits du subjonctif que je voulusse et que je vousisse. On a eu successivement, pour l'imparfait du subjonctif de

tordre, de plaindre, etc. : que je torsisse et que je tordisse (prétérits : tu torsis, tu tordis), que je plainsisse et que je plaignisse (prétérits : tu plainsis, tu plaignis), que je traississe, de traire, et que je traisisse (prétérits : tu traissis, tu traisis), que j'escrississe, que j'escresisse et que j'écrivisse (prétérits : tu escrissis, tu escresis, tu écrivis).

De même qu'au prétérit on a eu successivement ta veïs et ta vis, ta presis et ta preïs, ta pris (§ a38), ta deùs et tu dus (§ a4o, b), on a eu à l'imparfait du subjonctif: queje veïsse et que je visse ; presisse, preïsse, prisse ; deùsse, dusse ; coneûsse, conusse, etc.

244. Les flexions -asset, -isset et -uisset ont donné très régulièrement -ast, -ist, -ust. Mais les premières et secondes personnes du singulier auraient dû donner aussi des formes sans e labial, -as, -is, -us, qui se seraient confondues avec la seconde personne du prétérit. Nos formes -asse, -isse, -usse, et -asses, etc., proviennent d'une analogie avec les flexions -e, -es, du subjonctif présent.

245. Aux ire et 2e personnes du pluriel, émus devait donner eins, et ètis : ei^, oi%. Mais, dès l'origine on a eu -ons au lieu de -eins, comme au pluriel des présents (§§ 198, 217), et plus tard -e% s'est substitué à -oi^. On disait donc : que nous ouïssons, que vous ouïsse^; que nous voulussons, que vous voulusse^. Puis les flexions -ions, -ie%, du présent du subjonctif, se sont introduites à l'imparfait.

246. Les voyelles protoniques de -issemus, -uissemus, se sont conservées comme entravées dans ouïssions, dans voul/zssions (après la syncope de Yi de ni,

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