Exemples pour à (0, u) ou 0 (0) donnant ou
nôdare, nouer sôlacio, soûlas
prô, prép. et préf., pour *prôde, procl., prou s/tbinde, souvent czîbare, couver
*n#trire, nourrir
corona, couronne *volere, vouloir
*C0ventu (pour conventu), couvent.
a. Nous avons bon nombre de mots où Yo semi-tonique I. Prononciation favorisée par l'analogie de lève.
0 SEMI-TONIQUE LIliHE. § 19. 2?
libre (comme l'ô semi-Ionique entravé, $ i5, III) est représenté en français par o au lieu de ou, non seulement devant nasale, ce qui est régulier (§ Z17), mais devant toute autre consonne, particulièrement / ou r, — parfois sous une influence savante, — : soleil (*sôliculo), à côté de soldas ; préfixe por~ dans portrait, à côté de préfixe pour- dans pourvu, etc.
b. L'o semi-tonique libre est parfois devenu e au lieu de ou1 : illo proclitique a produit lo, le. Le proclitique *eccehoc a donné de même iço, ço, ce (Le même 0 est devenu ou dans oïl, oui, qui vient de hoc Me). La négation non, employée proclitiquement, a produit nen devant voyelle 2 (devant consonne on ne trouve que ne, probablement par assimilation avec la forme venue du latin ne). C'est ainsi encore que *conocula a donné quenouille par dissimilation au lieu de conouille (§ 47)- « Mosieur » (§ 77) est devenu mesieur, à côté de mes- sieurs, par analogie de le à côté de les.
Dans die dominica devenu didomenche, le sentiment de la composition du mot s'étant effacé de bonne heure, le second d a été traité non comme initial , mais comme intervocaliquc (à moins qu'il ne s'agisse d'une dissimilation), et l'o semi-tonique devenu atone s'est affaibli en e : diemancke, puis dimanche (§ l\2, à).
c. Très exceptionnellement l'o semi-tonique libre est représenté en français par un a : le proclitique so'per (super) a produit sour, sur (§7, c, i° Rem. II), l'u est du à l'analogie de sus, sj i3; nous avons sour dans sourctï (supercilio), surailleurs. L'adjectif* prodis a donné régulièrement preus, — cas régime preu — § a3, a, tandis que l'adverbe *prode, employé proclitiquement, a donné prou non moins régulièrement; mais l'eu de preux, devenu semi-tonique dans la locution preu d'homme, a abouti à u, d'où prud'homme (cf.
»A), à côté de la forme proud' homme, où est respectée
I. Cf. un changement semblable, par dissimilation, pour l'o Mini-tonique entravé, £ i5, 111, Except. 1. Conservé dans nenni (= nen il).
lOAT. — MWiii N PHONETIQUE. A
l'alternance entre eu tonique et ou semi-tonique. — L'ô de foro, employé proclitiquement, est aussi devenu u dans la locution « au fur et à mesure », sans doute par assimilation avec Vu tonique de mesure.
d. Pleurer, substitué à plourer, lat. plorare, s'explique par il pleure, où Y eu vient de Yo tonique. Pour une analogie inverse, voy. § 23, a, excepl.
LES VOYELLES tf, £, 0, TONIQUES LIBRES
20. Les mots latins prato, pëde, sëro, flore, nôvo, où la voyelle tonique est libre, sont devenus respectivement en très vieux français : prêt, piét, seir, flour, nuof.
On voit par là que, toniques et libres, Va devient é, Yè et Yè se changent en une diphtongue qui commence ou se termine par un i (ei et ié), 6 et à se changent en une diphtongue qui commence ou se termine par un u (pu, prononcé à l'origine en diphtongue, et uo). L'z et Vu commencent la diphtongue produite par la tonique ouverte, et terminent la diphtongue produite par la tonique fermée.
La diphtongue ei est devenue ensuite oi (§ 22), les diphtongues ou et uo ont abouti au son simple écrite (§ 23), de telle sorte qu'aujourd'hui c'est eu qui correspond toujours à Yo latin tonique libre, bref ou long, é à Y a, ié à Yè ouvert (e), oi à Yè fermé (è, ï). Et comme ces mêmes voyelles libres, lorsqu'elles sont semi-toniques (§ 16), ont donné ou pour 0 latin, a pour #, e pour è ou ê, un même mot (employé proclitiquement ou avec l'accent tonique) et un même radical (suivant que l'accent porte sur le radical ou sur le suffixe) peuvent avoit deux formes, où l'on voit alterner
a, e, o toniques libres. — § 21. 29
ou et eu, a et é, e et ié ou oi : œuvre et cwvrage, sel et saler, mer et marin, toi et te, lièvre et levrette.
Remarque. De même que le pronom latin te a produit le français te dans l'emploi proclitique et toi dans Femploi tonique, on a eu aussi, pour illorum, lour et leur (>; i85, Remarque), mais la forme leur a prévalu dans les deux emplois. C'est au contraire la forme proclitique qui a prévalu pour nous et vous (la forme tonique serait neus et veus) et pour « il a, il va », de habet et vadit employés comme auxiliaires, § 17 (la forme tonique eut été « il et, il vét », au futur « il chanterét »).
21. LV provenant de Va tonique, et IV de la diphtongue ié ont aujourd'hui le son ouvert lorsqu'ils sont suivis d'une consonne prononcée (Cf. § 23, c).
a tonique.
Flexions -are, -ato, -atis : -er (pron. e), -é, -ezl.
Suffixe -tate : -té (bonté, etc) ; spatha, épée.
Mais : -arunt, -èrent ; mare, mer (par é) ; taie quale, tel quel ; hospitale, hôtel ; pâtre, matre, fratre : père, mère, frère.
Claro, cler, écrit clair d'après il éclaire, § 3o ; ala, èle, écrit auj. aile', pare, per, écrit pair d'après paire, § 3o. — Sur sapit, il set, auj. sait, voy. § 2o3, a.
Loyal, royal (au lieu de loyel, royeï) ont subi une
1. Toutefois lra(n)s : très. Les pluriels des mots en -é se prononceraient probablement par c sans l'influence du singulier.
3û PHONÉTIQUE
influence savante ; mal est la forme proclitique généralisée (§ 20, Rem.).
Lorsque, dans un mot français, Va tonique libre du latin est maintenu, la forme est savante ou empruntée à une langue ou à un dialecte du midi (comme croisade, forme française croisée, ou cavalcade à côté de chevauchée).
è tonique.
Péde, pied (pié), mais : mël, miel, féro, fier, par è ; fëbre, lièvre.
Sur ministërio, métier, voy. § 3i.
* Grève (pour grave, par analogie avec lève) a produit grief, aujourd'hui prononcé en deux syllabes à cause de la difficulté de faire entendre la diphtongue après un groupe de consonnes terminé par r (cf. § 3o), difficulté à laquelle on doit sans doute la forme bref au lieu de brief (latin brève); iè est conservé, mais en deux syllabes, dans brièvement. Le latin levât a produit régulièrement : il liève (cf. le substantif verbal relief) devenu lève1 par l'analogie indiquée § 26.
22. La diphtongue ei provenant dV tonique (ë, ï) est devenue au xne siècle oi, prononcé d'abord 0 -{- y, puis à partir du xiue siècle oé, oê, wê, enfin tua à Paris au xve siècle :
Flexion -ère : -eir, -oir ; crédit : creit, croit ; vïdet : veit, voit ; pïper : peivre, poivre ; *frïgido, froit(§ i^i) ; dïgito, doit (écrit doigt sans raison)2.
1. On a prononcé aussi levé, avec e labial, par analogie avec lever. 1. Si l'on considère l'ï tonique de friyido, digito, comme étant
e, 0 TONIQUES LIBRES. § 23 il. 3l
Exceptions. La flexion -ébat de l'imparfait et du conditionnel avait donné -eit, -oit (§ 229) ; au moment où -oit se prononçait -wet, l'élément labial de la diphtongue a disparu, et il est resté -et, qu'on a continué à écrire -oit jusqu'à 1 835, époque où l'orthographe -ait a. été adoptée par l'Académie. Même changement de 0/ en ai dans un certain nombre de noms ethniques en -eis, ois y latin -e(n)se, comme Français , Anglais ( à côté de Danois, etc.), dans le suffixe -aie (latin-ëta) de châtaigneraie, saulaie, etc., dans craie, monnaie, etc. Nous avons encore double prononciation pour le mot venu de rïgido : roide et raide. Pour d'autres mots, comme croire, après hésitation la forme en oi a prévalu. Cette transformation partielle de oi en ê a commencé d'assez bonne heure, et, dans les exemples les plus anciens, c'est la graphie e qui a été substituée, très raisonnablement, à oi : tonïtru, toneirre, tonoirre, tonnerre ; vitro, veirre, voirre, verre; pë(n)sat, peise, poise, pèse1.
23. a. La diphtongue ou provenant de Yô tonique (à, u), et souvent écrite 0 dans les anciens textes, était devenue eu au xme siècle :
Suffixes -ôre, -ôso: -our, -eur, (douleur, etc.); -ous, -eus,(douloureus,etc). Sur la graphie -eux, y. § 182, n. Plôrat, ploure, pleure; vôto, vou, veu (écrit vœu). Gùla, goule, gueule.
Exceptions. Devant une consonne labiale, ou se maintient
en entrave romane, le résultat sera le mémo (;< 3i bis). Pour digito, la vieille forme française dûi, Bans t, est embarrassante. 1 . On a prononcé aussi pesé, avec e labial . par analogie avec peser.
(en passant du son ow au son de la voyelle simple) : rôbur, rouvre ; Lùpara, Louvre ; lùpa, louve (sur loup, voy. § 3q). Dans d'autres exemples, ou, au lieu de eu, s'explique soit par une forme dialectale, soit par l'influence d'un dérivé où Yo, n'étant plus tonique, était devenu régulièrement ou (§ 7, d) : pelouse, lat. pilosa, au lieu de peleuse, est méridional ; amour, au lieu de ameur, nous est venu par la lyrique provençale, ou a subi l'influence de amoureux, amourettes, etc. ; il noue s'est substitué à il neue, sous l'influence de nouer, lat. nodare ; épous s'est substitué à épeus, lat. spo(n)so, sous l'influence d'épouser, épousailles. Pour une analogie inverse, voy. § 19, cf.
Le pluriel neutre môra, transformé en féminin singulier, a produit régulièrement meure, devenu mûre sous l'influence d'un rapprochement instinctif avec l'adjectif venant de matùra (§42, c).
b. La diphtongue uo provenant de Yb tonique (0) est devenue ue ou oe au xie siècle, puis a pris au xme siècle le même son eu que la diphtongue issue de Yô :
Môvet, muot, muet, meut; * mobile, muoble, mueble, meuble ;
Cor, cuor, cuer, cœur ; *ôvo, uof, uef, œuf. Jôvis, juos, jues, jeus (dans jeu-di)1.
Exceptions. Ecole, au lieu de « écœule », peut facilement s'expliquer par une influence savante ; mais nous disons aussi vole et rossignol (au lieu de rossigneul, cf. épagneul). Dans rose, outre le maintien anormal de Yo, il faut constater la prononciation par 6 fermé sous l'influence du ze qui suit (cf. chose, § i4).
11 prouve, il ouvre, se sont substitués à il preuve (prôbat),
1 . Les deux mots composants sont traités comme frappés l'un et l'autre d'un accent tonique ; d'ailleurs, dans certains dialectes, l'ordre est interverti : provençal dijou.