TONIQUE LIBRE. — § 23 C
il euvre (ôperit)1, sous l'influence de prouver, ouvrir, cf. ci-dessus a, except.
Dans avuec (ap(ud) hoc), devenu avec, et dans iluec, devenu Mec, encore employé par La Fontaine, ue aboutit à è, sans doute sous l'influence du c final conservé (§ i38). D'ailleurs dans avuec la consonne labiale v devait absorber le premier élément de l'ancienne diphtongue, comme dans vuelty iwH/,lat.*vôlit, devenu veut, dans bienvueillant(§ 256) devenu bienveillant (La présence de ne, eu dans les autres formes du verbe a empêché le subjonctif vueille de devenir veille, qui se serait confondu avec veille de veiller). Cf. vuide <lr venu vide, § 33, i°.
Le premier élément de l'ancienne diphtongue ue peut aussi se dissimiler en ye lorsque cette diphtongue arrive à rire suivie d'un autre u: lôco, lueu, lieu (cf. § 3o,) ; ôculos, uelz, ueus, yeus (tandis que ôculo a produit ueil, euil, parce que /, n'étant pas suivi d'une autre consonne, ne s'y est pas vocalisé en u).
c. Le son eu, provenant de ô ou b tonique, est aujourd'hui eu fermé ou eu ouvert selon qu'il est suivi ou non d'une consonne prononcée (cf. § 21): vœu et meut se prononcent « veti, meû », cœur et pleure se prononcent « heur, pleure ».
La graphie eu a été empruntée aux mots où cette diphtongue, aujourd'hui voyelle simple, vient d'un e suivi d'un / vocalisé (§ 5/i) : chevels, cheveus. Lorsque ue et ou ont pris le son qu'on entendait dans cheveus, il était tout naturel d'écrire meut, au lieu de muet, neuf au lieu de nue/', mais la transformation graphique de cuetj coue (de *côda), cueille, était moins simple, car il s'agissait d'indiquer que le c ne prenait pas devant
I. Dans le latin populaire, operire, qui signifie « fermer », avait remplacé operire.
eu la valeur s qu'il a normalement devant un e. On a tranché la difficulté de trois façons différentes, ce qui est fâcheux : en conservant la graphie ue dans cueille, cercueil* (aussi dans orgueil pour une raison semblable) ; — en écrivant le nouveau son par œu au lieu de eu dans cœur ; — en écrivant le c par qu dans queue. Alors que la diphtongue existait encore, on écrivait oef, oeil, oevre, plutôt que uef, ueil, uevre (qui pouvaient se lire vef, veil, vivre, puisque la lettre u avait deux valeurs au moyen âge); on a conservé cette forme pour œil, et mélangé les deux graphies dans œuf, œuvre. Dans d'autres mots on a introduit la graphie œu parce que des mots tout semblables, écrits par -eu, se prononçaient -u (anciennement -eu en deux syllabes), par exemple dans vœu pour éviter la confusion alors possible avec le participe passé veu du verbe voir. Ailleurs enfin œu a été substitué à eu sans aucune raison.