ACTION SUR LA VOYELLE QUI PRÉCÈDE
29. L'action sur la voyelle qui précède peut s'exercer sur les voyelles entravées comme sur les voyelles libres, sur les vov elles labiales comme sur les voyelles palatales.
Pour trouver le son produit sous l'influence de la consonne palatale, il suffit d'ajouter un i semi-voyelle à la voyelle soumise à son action, mais il faut se souvenir que cette action s'est exercée sur Va tonique libre avant son changement en é.
30. Il résulte de cette observation que Va libre ou entravé, tonique ou semi-tonique, donne ai lorsqu'il est suivi d'une palatale ; cet ai a été prononcé èy dès la fin du xie siècle, et, bientôt après, è :
paria, paire *exclariat, esclaire facto, fait
ratione, razson l#xare, lissier, laisser1 *vaïs *vaït (pour vadis, vadit), vais, vait, autres formes de vas y va, cf. § 17.
Exceptions . Uai semi-tonique est devenu e labial, sans doute sous l'influence de la consonne labiale /, très anciennement dans fera (comparez taira, plaira),
1. Substantif verbal lais (ce qu'on laisse après soi), écrit encore ainsi par Villon ; le mot a été rattaché par erreur à léguer et écrit legs, bien qu'on continuât à prononcer les, mais le g parasite et erroné pénètre dans la prononciation.
VCTIOrS DES PALATALES. $ 31 . 0<»
plus récemment dans faisant, faisait (on écrit fais-, mais Littré recommande de faire entendre un e ; cf. les prononciations feseur, fcsable, dans Littré et dans le Dictionnaire général).
Le suffixe -ario, pour lequel on attendrait air ou aire (§ 7, c, 20) est devenu -ier : caballario, chevalier ; cellario, cèlier, écrit cellier, § 99, etc. Par imitation de ces mots, « bacheler » (*baccalare) a été transformé en bachelier, « sangler » (singulare) en sanglier, « soûler » (*subtelare) en soulier.
Le suffixe -ier, après chuintante, est devenu régulièrement -er (§ 26): vir(i)diario (cf. § 68), vergier, verger. Après un groupe de consonnes terminé par une liquide, il nous est difficile de faire entendre la diphtongue ié ; dès lors nous prononçons ouvri-er en trois syllabes (cf. onvri-e^, ouvri-ons, §§ 218, 228) ; le peuple résout autrement la difficulté quand il prononce owz^-™, c'est ainsi que marreglier (matriculario) est devenu anciennement marguelier^ d'où, conformément à § 7, b, marguillier, cf. §§ 7, c, i°, et 109, 20.
31. Le ye dégagé par la palatale se confond nécessairement avec Pi long et avec le second élément de la diphtongue ei venant de IV tonique libre. Au contraire, en sajoutant à la diphtongue ié, venant de Vè tonique libre ou de Va tonique libre précédé d'une palatale, il forme la triphtongue iei, d'où /. Autrement dit, Va tonique libre entre deux palatales, Vè tonique libre suivi d'une palatale et Vè tonique libre précédé d'une palatale (^ 20) produisent également un /".
jacet, gist (comme cëra, cire)
pëior, pire; dëcem, dis; prëtio, pris1 ; sëcat, sie, écrit auj. scie2.
De même que decem donne dis, decimo donne régulièrement disme, et undecimo '■ ondisme, devenu on^isme d'après on^e. C'est sous l'influence de disrne, onçisme, que le suffixe -esme, issu régulièrement de -êsimo (cf. caresmè), est devenu notre suffixe ordinal iesme, iètne.
Le suffixe -aco des noms de lieu, précédé d'une palatale, a donné -i, écrit -y : Yictoriaco, Vitry (comp. Cambrai, de C amer aco, § 39, n. 2).
Par exception, le suffixe -èrio donne -ter (on attendrait ir ou ire, voy. § 7, c, 20) : ministërio, métier.
Même IV tonique entravé (qui contient en puissance la diphtongue ie) devient % quand il est suivi d'une palatale : lëcto, lit ; sëx, sis.
31 bis. Au contraire, IV tonique (ë, i) entravé par palatale donne ei , oi , comme IV tonique libre sans palatale. Il en est de même de é ou è semi-toniques, libres ou entravés, suivis d'une palatale.
1. Sur Ys de gist, dis, pris, voy. §§ g3, 126, \(\k. On a écrit avec un x le substantif pris (comparez palais, de palatio) et le nom de nombre dis par imitation de l'orthographe de six (!), et pour éviter une confusion invraisemblable avec les formes verbales pris et dis. Quant à l'a; de six, il a la prétention de rappeler l'a; du latin sex, bien que le c contenu dans x latin se soit fondu avec la voyelle tonique et qu'il ne reste plus en français qu'un s (on prononce sis' et non sics').
2. Scie, au lieu de sic, est une orthographe doublement barbare, puisque le c, fondu en français avec la voyelle tonique, occupe une autre place en latin.
ACTION DES PALATALES,
§ 32. Ixi
i° tëcto, teit, toit (comme tela, teile, toile)
stricto, estreit, estroit (comme pïlo, peil, poil)
2° sgxaginta, seissante, soissante1 ; t&tura, teiture,
toiture, n&are et n^are, noyer (§ 32) ; plfcare, ployer, p^'ore, peieur, qui" serait aujourd'hui poyeur si le
cas sujet pire (§ 3i) ne l'avait pas emporté sur le
cas régime.
Exceptions. Dans quelques mots, la diphtongue oi s'est ultérieurement réduite à è, écrit le plus souvent ai (cf. § 22, exe.) : dïsco, deis, dois, dais ; parëscere, pareistre, paroistre, paraître ; benedïcto, beneeit, § 6 bis, benoit (conservé comme nom propre) et benêt.
32. En vertu des lois indiquées §§ 3i et 3i bis, un radical de verbe qui contient un ë suivi d'une palatale doit avoir en français i ou oi suivant que le radical est tonique ou semi-tonique ; les deux verbes noyer du vieux français (au sens de « noyer » et au sens de « nier ») se conjugaient « je ni, tu nies, il nie, nous noyons, vous noyez, ils nient ». Puis on a conjugué toujours avec oy ou toujours avec i en attribuant l'un des deux sens au radical noy, l'autre au radical ni, évidemment parce qu'il se trouvait que les formes avec radical tonique étaient plus souvent employées au sens de negare, et les formes avec radical semi-tonique plus souvent au sens de necare, cf. § 210.
Les verbes dont la voyelle radicale était ï avaient au contraire partout le radical avec oy, mais ils ont subi l'analogie des verbes avec radical alterné ; c'est ainsi que le vieux verbe loyer (lïgare)2 a passé du radical uniforme loy au radi-