Cependant, tout en agissant sur la voyelle qui
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suit, \eye passe par-dessus fou st, tr et même str, pour agir sur la voyelle qui précède : *invitiare, invits^are, envoisier ; angustiare, angoissier ; *impastriare, empaistrier, repatriare, repaidrier, repairier1. Quand le ye est avant le t, il le franchit aussi pour aller mouiller la voyelle qui suit: medietate, meytate, moitié.
Même franchissement progressif ou régressif d'une consonne, t, s fort ou s doux, dans : tractare, traitier ; laxare, laissier ; basiare, baisier j ; *placyere, pla\yere, plaisir.
Action régressive du ye après br, pr : *ëbrio, ivre ; cupreo, cuivre (cf. § 33, exe).
36. Les consonnes labiales qui jointes à ^produisent une chuintante sont au contraire un obstacle à l'action du ye sur la voyelle qui précède : sapiatis, sachiez (et non saickiei). La voyelle qui précède reste aussi intacte dans les formes telles que : judicare, jugier (et non juigier)\ *coratico, courage (et non couraige)-.
Après nt, leye agit ou non sur la voyelle qui précède, suivant qu'elle est ou non en syllabe finale: * antius ou *anteisy ains, vieux mot regretté par La Bruyère; mais Constantia, Goulance (et non Goutaince).
37. Le / mouillé laisse intacte la voyelle tonique ou semi-tonique* qui précède, laquelle est traitée tantôt
i. -er a été ensuite substitué à -ier, conformément au § 26 : empêtrer, angoisser, tracer, repairer (distinct du repérer actuel, mot savant), laisser, etc.
2. Couraige existe dans nos anciens textes, mais est dialectal.
3. Nous avons vu que Ye atone conservé devient i quand il est suivi d'un l ou d'un n mouillés, § 7, b: pavillon.
ICTION DES PALATALES. § 37. /|5
comme libre, tantôt comme entravée (§ i5, I, Rem.) : *vëcula, vieille; gubernaculo, gouvernail ; fôlia, feuille (par exception : ôlea, huile — cf. § 33, n. i , — où c'est la voyelle et non la consonne qui est mouillée) ; m^liore, meilleur; dôleo, je deuil (d'où le substantif verbal deuil).
Le ye qui mouille n n'agit pas non plus en principe sur la voyelle qui précède1 : vëniat, vieux français viègne ; ameata, ccgnée. Toutefois, en syllabe finale ou devant consonne, ceye exerce son action normale sur la voyelle, et c'est la voyelle ainsi transformée qui est ensuite nasalisée par la consonne nasale, conformément à § 5i. L'adjectif féminin armënia aurait produit « ermiègne », c'est le masculin armënio qui est devenu ermin, avec le changement de l'ë tonique en i , en syllabe finale, sous l'influence du ye ; et sur ermin on a fait ermine, hermine, § iô, I, exe. de Va.
Exemples de l'action du ye sur la voyelle qui précède, devant n final ou appuyant : gaaing, gain (substantif verbal degaagner, gagner, d'origine germanique), hautain (*altaneo), saint (sancto), à côté de gagne, gagner, demontagne(*montanea),decompagnon(*companione) et compagne, compagnie, de Champagne (Campania), d'agneau (agnello) ; coin et cooing, coing (§ 79), poing, de pùgno, à côté de cognée, cogner, cognassier, vergogne (verecûndia), Bourgogne (Burgùndia), oignon 2, prononcé ognon (* ûnione) ; teinture, de
1. Exception faite de Ye atone maintenu, qui devient i, § 7, 6: Avignon,
2. Dans l'orthographe oignon, ign est une graphie archaïque de n mouillé, on écrivait aussi mnntaigne, Champaigne, tout en prononçant par a. C'est sous l'influence de celte graphie équivoque
tïnctura ; engin, de ingënio ; coint, vieux fr. (d'où accointancé), de cognito.
Si l'on compare sein (sînu) et seing (sïgno\ qui se prononcent de même, on constatera que, dans le premier, «'est le produit normal de Vi tonique libre devant nasale (§ ^9, b)', dans seing, IV provient du g latin, et contribuait à marquer l'ancienne mouillure du », représentée encore par le g français, cf. S 79.
Les formes des verbes en -ingère telles que fingit, *fincto, fngere, donnent régulièrement feint, ind. prés, et part, passé, et feindre] sans le ye, provenant delà palatale, on aurait eu fendre, comme pour findere. Dans les formes telles que « feigne, feignait » (cf. seigneur, de senioré), Vi qui précède gn ne change pas la valeur de IV. Mais IV de « plaignant, plaignait » indique que Va du radical latin a été changé en ai, ê, alors qu'on attendrait « plagnant, plagnait » comme « agneau » ; il y a probablement eu influence analogique de plaint, très régulier à l'indicatif présent et au participe passé, plangit, plancto1, et des formes des verbes en eindre. On dit aussi « joignant, joignait, » d'après joint, « témoigner » d'après témoin (testimonio), « baigner » d'après bain, ba(/)neo. On a dû prononcer « sagner
que nous prononçons « Montègne » le nom du grand moraliste du xvie siècle, et que M. Rostand fait rimer Philippe de Charnpaigne avec peigne. Le Dictionnaire général indique les prononciations pogne, pognée, pognard, pognet, mots où l'orthographe archaïque tend à introduire la diphtongue oi.
1. Phonétiquement, la ire personne plango devait donner « je plane » sans aucune mouillure, et le substantif plangam « que je plange » (cf. § loi); la conjugaison des verbes en aindre, eindre, oindre, est le produit d'une série d'assimilations.
ACTION DE l'/ LOISG FINAL. S 38. 4 7
(sanguinare), sagnant, sagnait », transformés ensuite d'après je saing et par l'analogie des formes, ellesmêmes analogiques, « baigner, plaignant, plaignait ». — « Châtaigne », de castanea, qui est en opposition avec « montagne », est considéré comme une forme dialectale; maison trouve des mots, aujourd'hui en -agne, qui riment en -êgne dans les textes littéraires du xve et du xvie siècle.
La Fontaine, Voltaire et Hugo ont employé aragne (aranea), mais on a dit aussi araigne, d'où dérive araignée.
37 bis. Sur l'opposition entre païen (pa-ien) et payer (pai-ier), voy. § 96, c.
Action de il long final.
38. Quand on compare mê(n)se donnant régulièrement mois (§ 22) et le parfait *prè(n)sî donnant pris, triginta donnant régulièrement trente (§ 43) et vigïntî donnant vint (§ 3 c), il la donnant régulièrement èle (§ i5, II), et llli (>; i85) donnant il, on est tout naturellement conduit à attribuer Yi de vint, de pris et de il à l'action de Vi long final, qui peut se formuler ainsi : 17 long final change IV tonique (c, î) qui précède en /.
De même: fëcî, je fis ; vënî, je vin (Cet/ s'est propagé aux 3es personnes du singulier et du pluriel, qui n'avaient pas d'[ final : il prist, il fist, il vint). Et dans la seconde personne du singulier de ces mômes parfaits, ïsti a produit -is : tu mesis, tu veïs. Cf. S 235.
On est aus^i tenté d'attribuer à \ i long final la forme
extraordinaire du nominatif pluriel de « tout » : luit, lat. *tottï.
Effets de l'hiatus et de la vocalisation des consonnes labiales1.
Il ne s'agira pas ici de Ye ou % atone en hiatus, qui était devenu une consonne palatale dès le latin populaire (§ 7, e); Faction des consonnes palatales a été indiquée ci-dessus.
Nous étudierons successivement les effets de l'hiatus sur la voyelle tonique et sur la voyelle semi-tonique.