L'ACCENT, LES VOYELLES ATONES
1. La phonétique historique est l'étude des transformations des sons du langage. Nous commencerons par l'étude des voyelles. Toute la phonétique historique des voyelles, en français comme dans les autres langues romanes, est dominée par le phénomène de Yaccent.
L'accent consiste à donner à une syllabe de chaque mot (ou de chaque groupe de mots) plus d'importance qu'aux autres. En grec ancien et en latin, l'accent se marquait très probablement par une intensité plus grande de la voyelle, mais surtout par une différence de hauteur; c'est le caractère musical du phénomène qui avait le plus frappé les anciens et qui lui a fait donner le nom d'accentus (préfixe ad- et cantus, chant). L'intensité a prévalu dans les langues romanes et en grec moderne.
2. L'accent portait sur la pénultième longue, ou sur l'antépénultième quand la pénultième était brève (naturellement sur Tunique ou sur la première syllabe,
2 PHONETIQUE
longue ou brève, dans les mots d'une ou de deux syllabes). On appelle paroxytons les mots accentués sur la pénultième, et proparoxytons ceux où l'accent frappait l'antépénultième. Beaucoup de proparoxytons étaient devenus des paroxytons en latin populaire, ainsi : vïrïde, prononcé vïrde.
La voyelle accentuée est dite tonique. La voyelle tonique du latin est restée tonique dans les mots français d'origine populaire ou mots héréditaires, c'est-àdire demeurés dans la langue sans interruption. L'accent a été souvent déplacé dans les mots empruntés au latin mal prononcé, à des époques diverses. Le mot latin « fragile » nous est resté sous la forme « frêle », le même mot a été emprunté sous la forme du doublet français « fragile ».
Remarque. — En latin populaire, dans la désinence - erunt des parfaits, Ye est bref (comme parfois chez les poètes, ce qui paraît être un archaïsme), et l'accent est reporté sur le radical, à la même place qu'aux personnes i et 3 du singulier, cf. §§ 232, 234- D'autre part, dans les mots comme palpëbra, le groupe br, terminé par une liquide, n'allongeait pas la syllabe, et ces mots, en latin classique, sont proparoxytons, mais en latin populaire l'accent pouvait porter, dans ce cas, sur la pénultième quoique brève ; pour certains de ces mots il y a eu double prononciation, notamment pour palpebra, représenté en vieux français par « paupre » et « paupière ». — Enfin lorsque l'accent portait, dans un proparoxyton, sur un e ou un i suivi d'une autre voyelle, comme e ou i en hiatus se transforme en je dans le latin populaire, l'accent glissait sur la voyelle de la pénultième bien qu'elle fût brève : *aviôlo, ayôlo, aïeul.