‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 42 sur 127 · Ve latin en hiatus est devenu /, et Vi en hiatus · texte numérisé non relu

Ve latin en hiatus est devenu /, et Vi en hiatus

CLÉDA.T. MAM I I. M PIIONKT1QUE. 6

est devenu i consonne, et cet i consonne a pris successivement les mêmes valeurs que l'î consonne initial du latin classique, dans les cas suivants : i° quand il était précédé d'une labiale : siw/o, sin^e, cf. § 92, b; 2° quand il était précédé d'un à initial ou appuyé autrement que sur un nx : dzurno, /our ; hordeo, or^e. Toutes les fois qu'on le pouvait, c'est-à-dire devant e ou j, on écrivait de préférence ce son par g, le signe 1, court ou allongé, ayant alors une double valeur, vocalique et consonnantique, qui prêtait à l'équivoque.

68 bis. Le / devant i en hiatus se prononçait ts dès le 11e siècle, tsy avec la mouillure provenant du ye : *palaîsioy palats7o. C'est l'une des sources du son ls, indiqué dans notre colonne des dentales. Lorsque ce son était appuyé (§ 59), il est resté sourd, et il s'écrivait en vieux français par un c devant voyelle, par un ^ à la fin du mot ; force (de fortia) s'est d'abord prononcé forlse.

69. En latin classique, le c et\eg avaient toujours la valeur dure, ke et gue (que nous représentons par c* et g*), même devant e, i. Mais en latin populaire le c et le g se sont mouillés devant e, i, #2, d'où les sons que nous représentons par cy, gy, prononcez £y£3, gu7e.

1. Le son d?, appuyé sur n, aboutit simplement à mouiller le n : verecunrfia, vergogne. Le procédé d'articulation de n et de (i étant essentiellement le même, il suffit que le voile du palais ne se relève pas après l'émission du n pour que le d devienne laimême n.

2. Devant a, quand ils étaient initiaux ou appuyés, mais beaucoup plus tard et seulement dans une partie de la France.

3. Nous aurions pu écrire h* au lieu de tf, mais il nous a paru

70. En latin populaire, le r a donc pris nettement des valeurs différentes dans cura, cera, cara, qui ont abouti à cure, sire (écrit cire), chère. Dans cura, français cure, il a conservé sa valeur primitive ; devant Ve et Va de cera, cara, il s'est mouillé (tardivement dans cura), puis dentalisé, il est devenu c1 (k7), ty, puis, vers le viie siècle, V dans le premier de ces mots, plus tard lchy dans l'autre, enfin, mais au xme siècle seulement, s et ch. Pendant cette série de transformations, le mot cera, français cire, n'a pas cessé de s'éciire par la lettre c, qui a pris successivement les différentes valeurs indiquées ci-dessus ; mais on a adopté un signe spécial, ch, pour le son chuintant 'ch, puis ch, qui s'est produit dans cara, français chère. En résumé, le c (ke) latin devant e, i, a pris le son V ; la même consonne (mais seulement lorsqu'elle était initiale ou appuyée) a pris devant a le son tch1, écrit ch. Les mots français qui ont devant a un c (ne correspondant pas à qu, § 90) sont savants ou empruntés à des régions où le c latin était resté c* devant a, particulièrement des régions méridionales.

71. Le c (ke) devant i en hiatus s'était renforcé, redoublé, de telle façon qu'un mot comme faciam (fakiam) arrivait à se prononcer facciam (fakkiam), d'où ja^s^am ; la consonne V, provenant de c devant i en hiatus, était donc précédée d'une autre consonne, par conséquent en position appuyée.

préférable de conserver la relation avec la lettre de l'orthographe latine.

72. Le g (prononcé toujours gue en latin classique), devenu gy (gu7è) devant a, e, i, lorsqu'il était initial ou appuyé, a subi des transformations analogues à celles du c (ke) initial ou appuyé devant a : gamba, g7amba, à/amba, djyambe, djambe, jambe. Et de la sorte le g (gue) initial devant a, e, t, s'est confondu avec le i consonne initial. Le son chuintant ainsi produit s'écrit en principe par g ou par j suivant qu'il a l'une ou l'autre origine (jgente, gent ; ioco, jeu) ; toutefois, comme le g issu d'un w germanique reste dur devant a (cf. gaine, § 89), on a dû écrire jambe au lieu de gambe.

Aux consonnes du latin se sont donc ajoutées la consonne ve, les consonnes « chuintantes », lche et dje, et une nouvelle consonne sifflante, tse.

73. En règle générale, sous les réserves que nous venons d'indiquer, les consonnes se maintiennent sans changement quand elles sont initiales (peine) ou appuyées (mander). Quand elles sont intervocaliques, les nasales et les liquides se maintiennent, les autres aboutissent à la sonore continue, ye, %e> vei (Paven> cho^e, sè^e), et peuvent arriver à disparaître {roue de ro/a, loue de lorat et de laudat). Elles disparaissent, sauf r, quand elles sont appuyantes ou médiales de groupe, soit complètement, soit (les palatales et /) en se vocalisant : prêter de praertare, rançon de redemptione ; faft, temt, sauver. Les consonnes devenues finales, sauf les dentales non appuyées, se maintiennent quand elles sont sourdes et se changent en la

sourde correspondante quand elles sont sonores (pré, de prafo, huit, de oc/o, vit de viz/o) ; mais, à partir du xvie siècle, un certain nombre se sont amuïes, tout en se conservant dans l'orthographe : champ, ven£, porter, etc. Les groupes conjoints ($ 60) sont traités comme des consonnes isolées.

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