INTER
INITIALES VOCALIQUES FINALES
waso vemre bon(o)
nez venir bon
watre amare fam(e)
mère aimer faim
APPUYANTES APPUYÉES
cantare ornare
chanter orner
mm père armare
rompre armer
75. Par ces exemples, qu'il serait facile de multiplier, on constate que la nasale est partout maintenue. Même la nasale finale et la nasale appuyante s'étaient conservées, tout en ayant nasalisé la voyelle précédente, jusqu'au xvie siècle (il est bon-n, chfljz-w'ter). La nasale appuyante ou finale n'existe plus, sauf la finale en liaison, que dans l'orthographe ; elle est tombée de la prononciation, en laissant nasalisée la voyelle précédente (et même sans nasalisation dans la désinence atone -eut}, et la lettre conservée n'a plus d'autre valeur que de marquer la nasalisation de la voyelle.
8o PHONÉTIQUE
Lorsque la nasale appuyante ou devenue finale se faisait encore entendre à coté de la voyelle nasalisée, Ym se différenciait de Yn, on prononçait non-m\ ron-mpre. Mais le ne latin, arrivant au contact d'une explosive labiale (p, b) était devenu me, et le me, arrivant au contact d'une consonne non labiale, était devenu ne : i^de-^ortare a produit emporter ; computare a produit conter (écrit aujourd'hui compter dans une de ses acceptions !) ; racemos, raisiws ; rumice, rorice.
76. Il faut noter que Ym finale du latin ne se prononçait plus, même en latin classique, sauf dans le monosyllabe rem'1 et dans les possessifs meum, tunm, suum, qui ont donné des monosyllabes en français.
Le me final des proclitiques bom(o) et meum, tuum, suum est devenu régulièrement ne devant les mots à consonne initiale (cf. § 76), d'où on, mon, ton, son, et cette prononciation s'est propagée très anciennement à la position devant voyelle ; on a aussi n final, au lieu de m, dans les formes toniques mien, tien, sien, dont l'emploi adjectif devant le nom était beaucoup plus fréquent qu'aujourd'hui. De même on a rien, au lieu de riem, en raison de l'emploi proclitique du mot devant consonne.
Partout ailleurs le me final du latin avait disparu. Il
1 . Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est de voir donter (latin domitarc), agrémenté aujourd'hui d'un p, qui n'existait même pas en latin, et qui tend malheureusement à s'introduire dans la prononciation.
2. Le m est tombé dans les monosyllabes jam = ja, et yuem = que.
NASALES ET LIQUIDES. ^78. 8l
en est de même, en latin populaire, du ne final après atone : nome(n), nom.
77. D'autre part, n ne se prononçait plus en latin devant s, sauf dans certains mots composés comme consilio : mèse, d'où mois, au lieu de mense ; pe(ii)sare, d'où peser, etpe(n)so, d'où pois, écrit aujourd'hui^/^1.
Le ne est tombé en même temps que la voyelle atone qui le séparait de st dans ministerio, menestier, mestier, § 7, b, exe. A l'époque française, n est encore tombé devant s, avec dénasalisation de la voyelle, dans monsieur y devenu mosieur, me-sieu (§ 19, b). Dans ainsné (* àniius nato), le se médial de groupe était régulièrement tombé de la prononciation, et on a passé de ain-né à aîné, conformément à § 44-
A noter la prononciation populaire *seior à côté de senior, § 176, b.
78. Dans le groupe mn (somno = somme), il s'est produit d'abord une assimilation au bénéfice du me, puis une réduction à m simple ; le redoublement de Ym marquait au moyen âge la nasalisation de la voyelle précédente : somme, prononcé son-me, § 4q, a-
Le groupe formé par deux nasales identiques, comme dans flamma, annello, se réduit aussi à une ; nous prononçons « llawe, a^eau ». Là encore le redoublement correspond à une ancienne nasalisation de la voyelle.
1 . Le d de notre orthographe est du à une fausse étymologie, qui rattachait le mot a pondus. La prononciation moins populaire ptnsare a persiste au sens figuré, d'où nos verbes penser, panser.
79. Dans le groupe gn, le g (gue) appuyant est régulièrement tombé en mouillant le n (^ io4), mais on a conservé la graphie gn, en ajoutant parfois un /, pour représenter le son nouveau : agnello (ag-nello), français anyeau, écrit agneau, ou aigneau souvent en vieux français. La graphie gn ou ign a été transportée, pour représenter le ne mouillé, dans des mots qui n'ont jamais eu de g, même en latin, et où la mouillure provient d'un e ou i en hiatus : *montanea, montagne; seniore, seigneur1. Le ne mouillé peut encore correspondre à n appuyant suivi de gy devant e ou i : pimente, peinant (cf. § 101).
D'autre part, il y a eu jadis un n mouillé dans les mots tels que saint, joint (c médial d'un groupe commençant par n, § io5), plaindre (§ no, F). L'ancien n mouillé, en syllabe finale ou devant consonne, a disparu de la prononciation après avoir nasalisé la voyelle précédente. Lorsque cette consonne terminait le mot, il reste parfois dans l'orthographe un g, qui marquait la mouillure et qu'on essaie de justifier aujourd'hui par les dérivés ; mais si l'on écrit coing à cause de cognassier, on écrit coin malgré cognée ; si l'on écrit poing à cause de poignée, on écrit témoin, soin, etc., malgré témoigner, soigner, etc. C'est l'incohérence habituelle.
Il n'existe pas de me mouillé ; après m ou après mn réduit à m, Ve ou i en hiatus a produit une chuintante (§ 68), et dès lors m, cessant d'être intervocalique, devenant appuyant, est tombé régulièrement de
i. Cf. aussi note i du § 68.
la prononciation en nasalisant la voyelle précédente ; comparez somno et somnio, donnant somme et songe.
80. Le me initial s'est changé exceptionnellement en ne dans mappa, *matta, mespila (pluriel neutre), qui ont produit : nappe, natte, nèfle.
Le ne intervocalique, en raison du second n du mot, s'est dissimilé en / dans orphamno, orphelin. Licorne a été ingénieusement expliqué par un antérieur unicorne (latin unicorne) compris comme une icorne, d'où Uicorne, puis la licorne (comme l'ierre devenu : le lierre).
Sur la chute du m de marmor, voy. § n£. Sur la chute de la nasale appuyée devenue finale, dans les mots tels que verm, enfern, voy. § 123. Pour d'autres particularités du traitement des nasales voy. §§ 116-