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Remarques et exceptions

a. — Si praedicare et *impedicare s'étaient maintenus sans interruption dans la langue, ils auraient donné en français prèger, empèger. Mais ils ont été empruntés à un moment où l'évolution des groupes consonne -f- ïca était déjà faite ou en cours. Dès lors ils ont conservé leurs voyelles atones et le c est resté intact jusqu'au moment où les mots héréditaires qui avaient encore la syllabe ca (c étant initial ou appuyé) l'ont transformée en 'chié. On a eu alors prede'chier, empede'chier, puis, au moment de la chute des dentales intervocaliques, preechier, empeechier, d'où ensuite par contraction et après l'absorption du ye : prêclier, empêcher.

b. — La désinence -ïco, non précédée d'une sourde appuyée, donnant normalement -ge (tandis que, dans tous les exemples sûrs, n, suivi d'e ou i en hiatus, produit simplement n mouillé), on peut admettre *extranicopour expliquer étrange (à côté du vieux français estrain, d'extraneo) et aussi *linico, *lanico, *cerico, pour: linge, lange, cierge. — Canonico et *monico ont donné dans le midi chanonge et monge ; mais, au nord de la France, l'évolution de ces mots a été différente, le ye issu de -ïco s'est simplement joint à la voyelle tonique, d'où moine, chanoine.

c. — Dans un certain nombre de mots, Yi de -ïco, -ïca est tombé de très bonne heure ; dès lors le c s'est trouvé appuyé par la consonne qui précédait, et il a été traité comme tel : cler'co, clerc (à côté de clericatu, clergé, ci-dessus); diedominica, dimanche1. De même: basd'ca, basoche (pour

i. Par un1 transformation analogue à celle de canonico = chanoine (ci-dessus, b), duminïco a produit dumeine, écrit domaine.

baseuche); *caballicare, cavaVcare, chevaucher; man'ca, manche (le masculin *manico, avec l'j persistant, a donné régulièrement mange, devenu manche par assimilation de forme avec le mot féminin). Les formes fouchère, nache, à côté de fougère, nage (natica), peuvent s'expliquer par une double prononciation du mot dans le latin populaire (avec i amuï et avec i persistant) ou par une graphie gauche et inexacte.

d. — Pour ico, -ica, précédé d'une explosive dentale (t, d) non appuyée, on constate, dans un certain nombre de mots, un traitement tout à fait particulier : grammatica donnant grammaire, et medico donnant mire (à côté de miègé). Medico est devenu régulièrement medego, medeo, medyo, puis, à l'état medyo, il y a eu bifurcation : d'une part le je a produit une chuintante (miédje), d'autre part il s'est joint à la voyelle tonique, changeant iê en i, et alors l'explosive dentale s'est transformée en la liquide r {mire) ou est tombée (car on a aussi la forme mie). C'est ainsi que *fitico (issu de ficâto, jicatum jecur) a donné feire et aussi feie, foie. Les mots remedio et studio sont entrés dans la langue populaire alors que medico était à l'état medyo, et ont produit remire, estuire; plus tard, ils ont été empruntés une nouvelle fois sous les formes remédie, estud7e, aujourd'hui remède, étude.

Il s'agira ici d'abord de la consonne finale des mots prononcés isolément, — ou devant une pause de la voix, si légère soit-elle, — par exemple dans dix (prononcé dis') à la fin d'une proposition. Nous indiquerons ensuite les modifications qui peuvent résulter de l'emploi du mot en liaison avec le mot suivant. Ce sont en effet les relations de voisinage avec d'autres sons qui

conditionnent les changements phonétiques. A la fin d'un mot, devant la pause, il n'y a aucune raison, en principe, pour qu'une consonne se modifie.

137. D'une façon générale, les consonnes finales se sont maintenues. Mais les sonores qui ont une forme sourde correspondante ont pris cette forme f, d est devenu /, g* est devenu £*, etc." ; c'est là un effet de la loi du moindre effort, qui a fait supprimer, un peu avant la fin du mot, aussitôt après la dernière voyelle, une partie de l'effort nécessité par la prononciation du mot, la tension des cordes vocales.

Le s final des flexions nominales et verbales s'est naturellement maintenu. Un s s'est ajouté à un certain nombre de mots invariables ; on l'appelle alors s adverbial, il a été emprunté à certains adverbes qui proviennent de pluriels latins, comme volontiers, de voluntiiriis, certes, de certas. — Dans les flexions verbales, t final non appuyé, comme le t intervocalique devenu dh ($ o5, 2°), disparaît au xne siècle: amat, il aime.

138. Le c* latin final de la locution adverbiale ap(iid) hoc s'est conservé dans avec (cf. § i52, note), bien que ce mot soit devenu aussi, de bonne heure, préposition

1. Ce n'est pns le cas pour /, rjiii persiste sans changement.

2. On ne prononce '/. ;/. b, z, à la fin des mots, que dans un petit nombre de mots savants ou quand ces consonnes sont suivies d'un t aujourd'hui muet.

(si Temploi prépositionnel, par conséquent proclitique, avait été le premier, il est probable que la consonne finale serait tombée comme dans le démonstratif eccehoc, § 1 45, b). Le c* s'est aussi maintenu dans loc(o), employé adverbialement1 au sens du latin illico, sur le lieu, sur te champ, vieux français luec (lues avec s adverbial), et dans *illoc(o), iluec2, ilec (§ 23, b, exe). Toutefois les impératifs fac, die, duc, ont donné fai, di, dui, qui s'expliquent par la liaison avec les compléments commençant par une consonne (en attendant Vs analogique, § 2 2 4). — Sur Mac et ecce hic, qui ont été traités comme proclitiques, voy. § i45, b.

139. Pour se rendre compte de la forme qu'a prise une consonne latine devenue finale par la chute de l'atone qui la suivait, il faut commencer par chercher ce que cette consonne est régulièrement devenue avant la chute de l'atone ; elle s'est assourdie si elle était sonore à ce moment et s'il y a une forme sourde correspondante.

140. Ainsi, dans clauso, naso, le s intervocalique (se) était devenu sonore (%e), mais il est redevenu sourd au moment de la chute de l'atone, on a prononcé nès\ clos'' (et on devrait écrire nés comme clos) ; dans prato, nido, la dentale explosive, avant la chute de Yo atone, s'était régulièrement, comme intervocalique, transformée en dh (§ 95), redevenu sourd et écrit t au moment

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