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Sur le substantif loco, lieu, voy

2. On s'attendrait à eluec (§ i5, II), mais il y a eu l'analogie des doubles formes, telles que celle et [celle (§§ io4, a ', i85).

de la chute de la voyelle atone, mais tombe en même temps que le dh resté intervocalique (§ q5, 20)1. Il en résulte que prato et nido sont devenus pré, ni, sans consonne finale, dès le début du xne siècle. Nous écrivons nid, nœud, pied, avec une consonne finale qui ne s'est jamais prononcée en français (cf. $ 1G8). La chute de la dentale devenue finale des participes passés en -é, -i, -u, (-ato, -ito, -uto), et du suffixe -té (latin -tate) s'explique de même.

141. L'explosive dentale s'est au contraire maintenue telle quelle devant l'atone quand elle était appuyée, comme dans le latin fortem, grandetn. Au moment de la chute de l'atone, il est resté dans fortem, devenu fort, un t final qui s'est prononcé jusqu'au xvne siècle ; dans grandem, la sonore d s'est changée en la sourde correspondante, français granf, et cette prononciation s'est introduite en liaison devant voyelle (cf. § 1^2) ; on a rétabli le d dans l'orthographe, mais nous prononçons encore un t en liaison. Il est probable qu'on prononçait encore un d devant voyelle au moment où le mot a commencé à prendre un féminin analogique en e (§ 180), sans quoi nous dirions grante, comme forte, savante, et non grande', on peut admettre

I. Dans quelques mots tels que le substantif modo, la désinence d'origine germanique -bodo de certains noms de lieux, le substantif *bedo, d'origine celtique, le dft intervocalique, au lieu de s'assourdir, puis de disparai Ire, après la chute de la voyelle finale atone (§1^0), est exceptionnellement devenu^: meuf (au sens de mode de verbe\ Paimbœuf, etc., bief. Dans soif (siti), le j semble analogique (d'après l'ancien impératif boif ou d'après le substantf noif, de nivè).

1 3o PHONÉTIQUE

aussi l'influence des dérivés grandeur., grandir, où le d s'était consolidé.

142. Nous avons vu que le c, à l'intérieur d'un mot entre voyelles, ne s'est maintenu que lorsqu'il était redoublé (§§ g3, 95 et \ç>!\, a). Si la voyelle qui suivait ce était finale et a disparu, le c est devenu final en français, et il s'est conservé jusqu'à nos jours dans sac, sec.

Le c* appuyé de porco s'est maintenu dans porc. Le g* appuyé de *sangue, pour sanguine, s'est changé en la sourde correspondante dans sanc (que nous écrivons aujourd'hui par g, mais nous prononçons c* en liaison, « suer sanc et eau », la prononciation de la pause s'étant introduite en liaison devant voyelle, cf. § i^i).

143. La labiale sourde appuyée s'est maintenue dans campo, français champ. Mais * cape (pour zapitê), avec p intervocalique, était devenu régulièrement cabe, puis cave (§§ 93, 95) ; au moment où l'atone est tombée, on avait la sonore v, qui s'est changée en la sourde correspondante, français chef1. De même, novem et novo ont produit neuf, nom de nombre et adjectif, cervo a donné cerf.

144. Le ty intervocalique de palatio était de\enu %e dans pala\yo (§ g3), palay^p, ce %e est devenu 1e dans

1 . Le p de lupo avait disparu comme intervocalique entre labiales (§ 39) ; il a été rétabli dans l'orthographe. Pour certaines contradictions dans le traitement de la labiale intervocalique, voy.

CONSONNES FINALES. § 145 Cl. l3l

palais', prononcé palai(s) bien plus tard, § i56, b. Le cy intervocalique de decem avait produit aussi un %e (§ 93) qu'on entend encore en liaison, — dix ans prononcé di% ans, — mais qui s'est changé en un se, dis', quand le mot est prononcé à la pause. Cf. § o/i, note i. Ici, à la différence de ce qui s'est passé pour grand (§ i^i), sang (§ 1^2), et partiellement pour neuf (§ i46), la forme de la pause ne s'est pas substituée à la forme en liaison avec voyelle. C'est au contraire la liaison par %e qui s'est substituée dans tous les mots à la liaison par se (§ 1 65, 1). Dans les mots terminés par -cio, comme dans ceux en -ce, la consonne devenue finale s'écrit d'abord % et se prononce ls : je faz (§ 2o3, c), lavoiz,puisla vois', (voce), un laz, puis un las', (*laceo) ; on a écrit ce dernier mot lacs (au lieu de las) pour éviter une confusion invraisemble avec l'adjectif; sur l'orthographe voix, voy. § 33, note 2.

EFFETS DE LA LIAISON DES MOTS. DIVERSES PRONONCIATIONS POSSIBLES d'un MEME MOT.

145. Les proclitiques sont toujours en liaison avec le mot qui suit. Si le proclitique se termine par une consonne isolée, elle devra en principe être traitée comme intervocalique devant un mot commençant par une voyelle, et comme appuyante devant un mot commençant par une consonne.

a. — Trois proclitiques du latin, et, aut et ad se terminent par une dentale explosive isolée. Or nous savons que les dentales intervocaliques et appuyantes

tombent (§§ 95, 20, et io3). Et en effet et, aut et ad sont devenus ê (écrit £/), ou et a (écrit à). A noter que Ye de et était entravé devant consonne et libre devant voyelle ; semi-tonique et libre, il s'est d'abord labialisé (§ 18), mais il est ensuite redevenu é sous l'influence de l'biatus (§ 42, /?), ne pouvant s'élider sans que le mot disparût, puisqu'il ne consistait plus qu'en une voyelle1 ; on trouve, dans la très ancienne langue, ed devant voyelle. C'est seulement en hiatus que la diphtongue au doit devenir ou (§ i/j) ; par conséquent aut nous est resté avec la forme qu'il a prise régulièrement devant voyelle-, après la chute de la dentale finale; c'est le contraire qui se produit ordinairement, mais comme aut et ubi étaient arrivés à se confondre devant voyelle (ci-dessous, d), la langue a complété l'assimilation, sans redouter l'équivoque, que le contexte rend à peu près impossible (la crainte injustifiée de l'équivoque est une manie de grammairien, qui a bien souvent corrompu notre orthographe, ici on s'est borné à mettre un accent sur Yu de l'un des deux ou). — Apud a donné 0 devant consonne, od à l'origine devant voyelle (on trouve souvent le mot écrit « od », même devant consonne).

b. — Les proclitiques nec, ecce-hoc, ecce-hic*, sic, se terminent par un c isolé. Or, le c intervocalique ou

1. L'adverbe y s'élide ainsi devant le futur ira (il ira, au lieu de il y ira), mais le contexte supprime toute équivoque, ce qui ne pouvait se faire pour et.

2. Ci, et même ici, dans l'ancienne langue, sont employés plus souvent comme proclitiques qu'à la pause.

CONSOLES FINALES. § 145 C l33

appuyant tantôt se change en ye, tantôt disparaît (§§ 93, 90, 3°, et 10/4). Il a disparu dans ne au sens de ni (devenu ni bien plus tard1), de même que dans iço, ço, ce, — ici, ci, — si (cf. § 1 38). A noter que Ve labi alise de nec (on prononçait : ne plus, ne moins), comme la voyelle de ço, ce, s'élide devant voyelle. — Avec (§ i38), devenu proclitique, tend à la forme avè devant consonne, voy. § i52, note.

Illac, souvent employé comme proclitique, a perdu aussi son c final. Ce mot était constamment en liaison avec ubi (la locution là oit est très fréquente en vieux français) ; dans illac-ubi, le c a été traité comme dans securo, français seiïr, il s'est effacé, d'où le français la (écrit là arbitrairement pour établir une distinction avec l'article). Mais il y avait aussi la locution illac-intus, où le c, devant une voyelle palatale, tendait à se mouiller, le cy s'est ici réduit y5 , de là lai-ens, plus tard lédns. En vieux français, en dehors de ces locutions, on trouve tantôt la et tantôt lai, qui peut aussi être expliqué comme la forme normale d'il lac devant consonne. Le sort du c final de ecce-hac a été naturellement le même, d'où ça, çai et céans.

c. — Il n'y a pas de proclitique latin terminé par la liquide/; en français nous avons eu del, al, el, où/ s'est vocalisé devant consonne (§§ 53, bl\) : du, au, ou.

1 . Peut-être sous l'influence de locutions telles que « il ne vient n'i(l) ne répond. »

2. Il est devenu y -\- z dans le corps d'un mot (§ 0,4). Le traitement d'une consonne finale en liaison n'est pas nécessairement identique à celui de la même consonne h l'intérieur d'un mot.

l3^ PHONÉTIQUE

Le proclitique per devait naturellement conserver partout son r final, français par, puisque r intervocalique persiste et que r appuyant ne tombe pas (§ 86).

d. — La consonne labiale du proclitique ubi devait, après la chute très ancienne de 17, tomber comme appuyante devant consonne et se fondre avec la voyelle labiale semi-tonique devant voyelle (§ 96, a), on n'en trouve pas trace dans ou (aujourd'hui écrit où), puisque û semi-tonique produit normalement ou, § 19. L'adverbe ibi devenu lu {Serments de Strasbourg) s'est réduit à %l que nous écrivons y.

e. — Les proclitiques terminés par s, illos, meos, tuos, suos, nos, vos, subtus, casis, versus, de-ex, en français les, mes, tes, ses, nous, vous'2, chcs (aussi de casa, § 7, a, 3°), vers, dès, ont amuï s final devant consonne et l'ont maintenu devant voyelle dans les conditions que nous indiquerons plus loin (§ i65, i). La prononciation sans s des proclitiques les, nous, vous, s'est propagée à l'emploi à la pause après un impératif : « garde-lé(s) » .

/. — Les proclitiques terminés par une nasale, meum, tuum, suum, in, en français mon, ton, son, en, ont amuï la nasale finale devant consonne, et l'ont maintenue devant voyelle sous forme de n (§ 76), dans les deux cas après nasalisation de la voyelle précédente. Dans le

1 . i et non pas e (quoique le premier i de ibi soil bref), à cause de Vi long final, voy. § 38.

2. L'o semi-tonique de illos, meos, etc., n'a pas été traité comme celui de nos, vos, voy. § i5, III, exe.

CONSONNES FINALES. §146. l35

proclitique ïnde, le d, devenu final après la chute de IV, a disparu (comme consonne médiale de groupe, § io5), après s'être assourdi en t, devant la consonne initiale du mot suivant, et l'adverbe £« ainsi formé s'est substitué à end devant voyelle et à ent à la pause (dans les formules impératives) ; la consonne «, devenue ainsi finale, s'est maintenue devant voyelle, « il en-n'arrive ». La palatale finale de la préposition selonc (sub longum) est tombée dans les mêmes conditions que la dentale de ent, mais moins anciennement.

146. En dehors des proclitiques, ceux des adjectifs qui se plaçaient le plus souvent devant le nom étaient particulièrement sensibles aux effets de la liaison. Ils pouvaient avoir, et quelques-uns ont conservé jusqu'à nos jours, trois prononciations différentes : à la pause, devant consonne, devant voyelle. Tel le nom de nombre dix* Comparez : « il y en a dis\ di livres, di% amis ».

On prononce de même: « il y en a sis\ si livres, si% amis ».

On disait diz-et-sept, diz-et-huit, diz-et-neuf, puis, dans la prononciatiou rapide, la conjonction et s'est affaiblie en e labial: diz-e-sept, contracté en dis'-sept, diz-e-kuit devenu diz-huit par élision, diz-e-neuf prononcé encore diz'neuf. Cf. ce qui s'est passé pour vingt, § i65, b.

Pour chacun des noms de nombre cinq, sept et huit, il ne pouvait y avoir que deux prononciations, avec et sans consonne finale, parce que le q de *'cinque et le / de septem et deocto, étant appuyés, devaient rester tels devant voyelle; de là: il y en a cinq\ sét\ huit'; cin

francs, les se sages, hui ressorts ; cinq1 heures, sèC ans, huit' élèves.

Pour le nom de nombre neuf, nous avons encore trois prononciations dans « ils sont neuf, neu mois, nenv heures »; toutefois, c'est seulement devant les substantifs ans et heures, en raison de l'extrême fréquence de l'emploi des noms de nombre devant ces mots, que le v du latin novem a persisté, et ailleurs la forme de la pause s'est substituée à la forme en liaison avec voyelle : « une constellation de neuf étoiles ».

147. Nous expliquerons dans le chapitre suivant comment un bon nombre de consonnes finales se sont amuïes dans la langue moderne sous réserve des liaisons. Il est cependant quelques mots où la consonne finale était tombée au moyen âge.

a. — Ce sont d'abord ceux qui se terminaient par m ou rm : enfern, hivern, forn, jorn, torn, corn, venu. Au cas sujet singulier et au cas régime pluriel, la nasale tombait régulièrement devant la consonne de flexion, comme nous l'avons expliqué § 123: enfer?, hiver^, four^, jour^, tour^, cor^, ver^, puis enfers, hivers, etc. On s'accorde à admettre que de chacune de ces formes a été tirée la nouvelle forme du mot aux cas sans flexion. Il y a eu évidemment l'influence analogique des mots terminés par r, qui seuls conservaient leur consonne finale intacte devant s de flexion ; il est naturel qu'on ait fait correspondre jour au lieu de journ à jours, comme fleur correspondait à fleurs. Inversement, on a {ait correspondre cercueil (au lieu de cerqueu, § 1 5, J,

exe.) à cerqueus, comme deuil (§ 37) correspondait à

de 11 s, cf. § 84-

b. — D'autre part, le substantif court (latin *cortè), dont le dérivé courtois a conservé le t final, faisait régulièrement cour^, j>u\s cours, au cas sujet singulier et au cas unique pluriel. On déclinait donc cours-court, alors que le substantif tour, qui vient de turre, faisait tours-tour, et qu'on avait aussi jours-jour, fours-four, tours-tour, (de torno) ; il est facile de comprendre qu'on soit arrivé à décliner cours-cour par analogie (et non pas sous l'influence savante de curia, invraisemblable pour un mot aussi populaire). L'adjectif court, sans doute grâce au féminin, a été soustrait à cette analogie, qui a atteint aussi carrefourc, rapproché de four.

c. — Le mot latin solido avait produit régulièrement soûl, et, aux cas en s, sou?, puis sous. On avait donc sous-sout et, à côté, pour les substantifs dérivés de collo et de folle : cous-col, fous-fol. On a dit aussi sous-sol par analogie, et c'est ainsi que non seulement la dentale linale de solido a disparu, mais que /, régulièrement vocalisé devant cette dentale, a reparu aux cas sans s, par une reformation du mot. Cf. §§ 1 5g, 160.

Plomp, de plumbo, cas en s pions, a été assimilé aux. nombreux substantifs en -on, d'où la forme pion du moyen âge.

il. — Le / final de habet, bien qu'il fut appuyé comme celui de débet, est tombeau xi' siècle en raison de l'emploi proclitique du mot dans les temps composés; il était

appuyant, par conséquent caduc, devant la consonne initiale du participe passé. Le t de est a été protégé par le s, qui n'a disparu de la prononciation qu'au xme siècle (§ io3). Le / de fuit est tombé en même temps que celui de habet, mais a été rétabli par analogie, fu puis fut. Sur le t des secondes personnes du singulier des prétérits en -asti, -isti, voy. § 232, b.

La flexion -at du passé simple de la ire conjugaison est devenue -a par assimilation ; je chantai, tu chantas, étant semblables h j'ai, tu as, on a rendu aussi les troisièmes personnes semblables.

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