MODERNE
148. Les noms de nombre tels que neuf (neu livres, neuv ans, un neuf) nous donnent l'idée de ce qu'était au moyen âge la prononciation des consonnes finales : consonne prononcée à la pause (il est granf, il a la clef) et devant voyelle (devant voyelle parfois avec une forme spéciale), consonne muette, sauf r, devant consonne. Mais il faut prendre garde qu'une pause, même légère, empêchait l'amuïssement devant consonne, et que, d'autre part, la consonne sonnait toujours devant voyelle, soit comme consonne de liaison, si le sens unissait assez étroitement les deux mots, soit comme consonne à la pause s'il y avait un arrêt possible entre les deux.
Cette double remarque a une grande importance pour comprendre le traitement ultérieur de la consonne ;
car, dans les mots où la consonne finale a cessé de se prononcer à la pause prolongée, elle est devenue du même coup muette: i° dans tous les cas devant consonne, 2° même devant voyelle quand le sens n'unit pas étroitement les deux mots. Seulement, devant voyelle, la prononciation d'union étroite a pu se propager au cas où il y a simple juxtaposition, et c'est ce qui explique que nous fassions plus de « liaisons » qu'on n'en faisait au xvne siècle dans la conversation.
149. Il n'est pas exact que la langue ait manifesté une tendance à l'amuïssement de la consonne finale, car, dans les mots où elle a maintenu cette consonne, on la prononce même devant consonne, tandis que l'amuïssement, dans les mots où il s'est produit, n'est généralement pas complet, puisqu'il ne s'étend pas le plus souvent à la prononciation devant voyelle. D'ailleurs comment la langue répugnerait-elle à terminer les mots par une consonne, alors que nous faisons entendre sans difficulté la consonne finale de tant de mots savants d'origine récente et de tous les mots qui dans l'orthographe se terminent par un e aujourd'hui muet?
150. 11 y a des noms en / qui ont conservé / final, d'autres qui l'ont vocalisé en //. On continue à dire; le dégel, un bal, le miel ; mais « chevel, oisel, piel » BOnt devenus chez ru, oiseau, pieu. Fenouil et grésil ont gardé leur mouillure finale, genou (jadis genouiï) et sourci{T) Font perdue. On prononce cep' et cou(p), coq' <4t iicrro(c), chef et clc(f). La prononciation supprime à lu fin des adjectifs grossier et complet les consonnes
AT. •>! VM M M'M f . JO
1 4o PHONÉTIQUE
qu'elle fait entendre dans fier et net. Elle supprime le r des infinitifs en -er et maintient celui des infinitifs en -oir et en -ir.
Ce qui paraît évident au premier abord, c'est que, en vertu d'une tendance générale à la simplification, à la réduction des formes multiples qui résultent de l'application des lois phonétiques, la langue a voulu en principe ramener à une seule la double ou triple prononciation de chaque mot.
Verbes et mots invariables.
151. Ainsi le latin disait uniformément venis, le français du moyen âge disait « tu viens1 », et « vien(s) tu ? », le français moderne dit uniformément vienÇs), sous ré serve des cas de liaison devant voyelle. Les verbes s'em ployant assez peu à la fin de la proposition, on com prend facilement qu'en dehors de la liaison avec voyelle, la prononciation devant consonne ait prévalu ! sur la prononciation à la pause pour les différentes flexions, y compris la flexion -ant du gérondif-participe.
152. Il en est de même pour les adverbes de manière et de quantité, qui se placent ordinairement devant
i. Mais il ne faut pas oublier que le r doit se maintenir devant consonne, aussi le prononçons-nous toujours dans les infinitifs en -oir et en -ir. C'est tout à fait exceptionnellement qu'il est tombé dans les infinitifs en -er, sans doute par analogie avec les participes en -é. La finale -ir, atteinte de même, a réagi. — Notez d'autre part que le t final du subjonctif soit se fait entendre quand ce mot est employé comme interjection, emploi où il est toujours à la pause.
CONSONNES FINALES MODERNES. § 152. l4 1
l'adjectif ou le participe auxquels ils se rapportent. Toutefois plus ^ en dehors de la formule négative « ne plus », étant employé à la pause avec une fréquence particulière, a conservé dans cette position sa consonne prononcée : de plus', je dis pi 'us\ il y a plus, en plus', il en veut plus1 ; nous disons aussi plus' que parfait, cf. ci-dessous puisque.
Les adverbes de temps et de lieu, qui se placent ordinairement après le verbe, et qui par conséquent sont moins soumis à l'action de la consonne initiale d'un mot qui suit, ont pu subir des influences analogiques. Par exemple, la consonne finale ne pouvait guère tomber dans fois, temps, jours, tout, et se maintenir dans les adverbes composés avec ces mots : autrefois, quelquefois , parfois , longtemps, toujours, partout. ].<< adverbes dessus, dessous, dedans, puis, dans l'ancienne langue, étaient en même temps prépositions, comme sont encore avant, devant, après, près, depuis, et dans l'emploi prépositionnel leur consonne finale tombait régulièrement devant une autre consonne1. Mais il reste trace de l'ancienne forme de puis, près, lors, avec consonne prononcée, dans \es\ocx\lioiis puisque, presque, lorsque, jads séparables (cf. § io3, Remarque). Jadis et sus ont conservé la consonne finale en raison de la fréquence particulière de leur emploi à la pause, et cette prononciation s'est introduite dans susdit.
i . La prononciation douce à la pause clans son emploi adverbial a exceptionnellement maintenu le c, dans l'emploi prépositioruul. contre la prononciation « avè lui » recommandée encore par fJttré.
l/|2 PHONÉTIQUE
153. Les conjonctions et le pronom conjonctif dont perdent naturellement leur consonne finale, — toujours sauf r, — devant la consonne initiale de la proposition ou du mot qu'elles introduisent (quan(d) vous voudrez ; résolu mai(s) calme), comme les prépositions la perdent devant la consonne initiale du mot complément qu'elles amènent. Toutefois la conjonction donc, quand elle exprime formellement une conséquence, conserve sa consonne finale, parce que, dans cette valeur, elle est le plus souvent suivie d'une pause : « je pense, donc je suis .» C'est parce que hélas est toujours à la pause, que nous faisons entendrez final1, la parenté de cette interjection et de l'adjectif las n'étant plus sentie. Même remarque pour le t de l'interjection soit (§ i5i, note).
Substantifs, adjectifs et pronoms.
Pour les noms et les adjectifs, d'autres facteurs ont pu contribuer à l'amuïssement ou à la généralisation de la consonne finale. Les mots à déclinaison se trouvent en effet dans des conditions spéciales que nous allons étudier.
154. Nous savons que, devant s de flexion, la consonne finale (sauf r) des noms et adjectifs tombe ou se vocalise ( §§ 121-125). L'adjectif neuf devenait neus au cas-sujet singulier et au cas-régime pluriel, le sub-
i . Et non par suite de la plus grande fréquence de l'interjection féminine hé ! lasse.
stantif sac : sas, etc. Après la réduction des deux casa un seul, on a eu : singulier neuf et sac, pluriel neu-s et sa-s ; le singulier différait donc du pluriel non seulement par l'absence de flexion, mais encore par sa consonne finale.
Toutefois, dès les premiers siècles du moyen âge, il y avait un bon nombre de noms et d'adjectifs qui se terminaient soit par un r, soit par une voyelle, et dont les cas en s ne différaient des cas sans s que par la flexion : tous ceux qui se terminaient par e labial (§ 7, a et c), tous ceux qui avaient perdu la consonne intervocalique de leur radical devant la voyelle finale atone (§§ 3g, i4o). Ainsi on avait: douleur-douleurs ; tour (turrem)-/o///\i ; amer-amers ', terre-terres ; livre-livres ; cité- cités ; pié-piés ; nu-nus ; neveu-neveus ; clou-clous ; roi-rois ; tous les participes en é-és, i-is, u-us, etc., etc. S'y étaient ajoutés, à partir du xmc siècle, les mots tels que jour (d'abord jorn)-jours, ver-vers, puis cour (d'abord coiirl)-cours (§ 1 4v)- H y avait donc déjà des mots qui avaient laissé tomber la consonne finale de la forme sans ilexion pour la rendre semblable à la forme avec s, abstraction faite delà flexion.
Ce n'était là qu'une des faces de la tendance générale à réduire les noms à une forme unique ; ceux qui s'employaient très souvent aux deux nombres ont seuls conservé les deux formes. Les autres ont refait le singulier sur le pluriel ou, comme nous le verrons, le pluriel sur le singulier.
155. Ceux qui ont conservé les deux formes sont : la plupart des noms en -al et -ail, pluriel -aux ; un
bœuf, des bœu(js) ; un œuf des œu(fs) ; Yœil, les yeu(x) ; le «g/, les cieuix). En dehors des mots en -al et en -a//, nous avons là un nom d'animal domestique, bœuf, un nom de partie du corps, œil, un nom d'aliment simple, œuf. Ces mots sont comme les témoins de nos préoccupations journalières, où la part de l'idéal est représentée par le mot ciel. On entend souvent les enfants dire « un chevau » ou « des chevals » ; si l'évolution de la langue était aussi libre qu'au moyen âge, nous arriverions bientôt sans doute à une forme unique pour ce mot comme pour tant d'autres : c'est probablement la forme du singulier qui prévaudrait, car il semble bien que le singulier soit beaucoup plus fréquent que le pluriel.
156. Se trouvaient particulièrement exposés à perdre leur consonne finale : i°les noms qui s'employaient très souvent au pluriel, comme coup, drap, galop*, etc., 2° les adjectifs tels que bel, grant, lonc, qui se plaçaient le plus souvent devant le nom, et qui perdaient ou vocalisaient régulièrement leur consonne finale quand le nom commençait par une consonne et non pas seulement devant la flexion du pluriel ; sous l'influence de <k ils sont beau-s » et de « un beau matin » 2,
i. L'ancienne langue employait rarement galop au singulier ; on disait : aller les grans galos, courir les galos, etc. ; tous les exemples de l'historique de Littré sont au pluriel.
2. La seconde influence ne suffisait pas ; les noms de nombre tels que cinq, six, sept, huit, qui n'ont pas de pluriel, ont conservé leur consonne que vingt et cent ont perdue. Deux et trois ont perdu leur s (écrit x dans deux), comme flexion de pluriel, voy. ci-dessous, d.
CONSONNES FINALES MODERNES. § 156 b. l45
on a dit aussi « il est beau » au lieu de « il est bel », la forme avec consonne finale ne s'est maintenue que devant voyelle1 : un bel enfant, un gran/ ami, un lonr hivei.
a. — Les noms perdaient aussi leur consonne finale devant les mots, commençant par une consonne, avec lesquels ils étaient particulièrement liés ; ainsi les locu- //ons telles que clé(f) de voûte ont contribué, avec le pluriel clé- s, à la chute complète de j final de clef. Et le dérivé français du latin ado, qui s'emploie bien rarement au pluriel, doit sans doute l'amuïssement de son / final aux nombreuses locutions telles que cul-de-lampe, cul-de-sac, cul-de-jatte, cul-blanc, etc.
Tandis que le pluriel cler(c)s suffit à expliquer l'amuïssement du c final de clerc, ce sont les locutions « marc de raisins, marc de pommes, marc de café, etc. », où le c tombait devant de, qui ont sans doute amené la chute de cette consonne dans tous les emplois du mot marc, à côté de parc qui conserve son c. De même, pour flux, « flux de ventre, flux de sang, flux de paroles », pour saoul, constamment employé devant un complément amené par de dans son ancienne signification de « rassasié », et devenant d'ailleurs saou-s au pluriel.
b. — Les mots qui se terminent par un s aux deux mbres2 n'étaient pas moins exposés que les autres à
nom
i \ussi, pour bel, dans le surnom consacre des rois de France Charles IV et Philippe IV.
a. Dans cette catégorie rentrent vieux, maître-queux, preux et Jlb, dont l'emploi très fréquent au nominatif-vocatif avait fait prévaloir exceptionnellement au singulier la forme du cas sujet
perdre dans la prononciation la consonne finale du singulier. Du pluriel bras', on tirait le singulier bra, tout en continuant à écrire bras, comme du pluriei clé-s on tirait le singulier clé, tout en continuant à écrire clef. Nous verrons ci-dessous (d) que la chute der du pluriel doit sans doute s'expliquer en partie par une assimilation avec le singulier ; il en résulte que les nots qui se terminaient par s aux deux nombres ont periu le s du singulier sous l'influence du pluriel, et celui di pluriel sous l'influence du singulier.
c. — Des mots tels que mantel, martel, s'employaient plus souvent au singulier qu'au pluriel, ils n'ont donc pas pu devenir manteau, marteau sous l'influence du pluriel ; mais ils ont subi ce qu'on peut appeler une analogie de série. Le suffixe -el est un suffixe diminutif qui servait à former des mots désignant de petits objets ou de petits animaux dont on a très souvent l'occasion de parler au pluriel : des oiseaux, des morceaux, des agneaux, des roseaux, etc. Aussi la forme en -eau a-t-elle prévalu au singulier, par analogie avec le pluriel pour ces mots-là, et par analogie de série pour les autres.
Les mots qui se terminent aujourd'hui par une voyelle nasale, comme nom, soin, avaient dans l'ancienne langue, après cette voyelle, une consonne nasale prononcée : un non-m\ un soin-gn\ Cette consonne, comme les autres, était arrivée à s'effacer devant s de flexion et devant les mots
en s sur celle du cas régime sans s. Peut-être, pour vieux, queux et preux, y a-t-il aussi l'influence analogique des nombreux adjectifs en -eux = -oso. Fils a été l'objet d'un traitement spécial, expliqué § 161, a.
liés commençant par une consonne : des nous, des soins, un plein panier. La finale avec nasale amuïe a prévalu d'abord pour ceux de ces mots qui s'employaient très souvent au pluriel ou devant une consonne initiale, puis s'est propagée à tous les autres. Egalement dans le cas où la YpYclle nasale est suivie d'un c (écrit c ou g ) ou d'un l (écrit t ou (/), la fréquence de l'emploi au pluriel ou devant consonne a fait tomber la palatale ou la dentale finale dans un certain nombre de mots courants comme franc (substantif et adjectif), rang, jonc, ajonc, hareng, long, client, enfant, gant, grand, etc., et tous les autres ont suivi, même ceux comme argent et sang dont le pluriel existe à peine et les adjectifs qui se placent exclusivement après le nom1. Le pluriel cro(c)s et les locutions telles cro(c) d'arquebuse ont contribué à faire tomber le c non seulement de croc, mais d'accroc, raccroc, broc, escroc2. Le nom commun bourg, qui se prononçait comme le nom de la ville de Bourg, commence à s'assimiler à faubourg, qui a perdu sa palatale finale sous L'influence du pluriel (tous les exemples de ce mot, sauf un, sont au pluriel dans l'historique de Littré). Pour les mots terminés par rt, on avait l'analogie de l'adjectif fort devenu /or devant les substantifs commençant par consonne, des pluriels regars, ejfor-s, bor-s, rempar-s, (ce dernier sans / au singulier à l'origine). Les pluriels appas, gênés ont fait tomber le / dans appât, genêt et dans les autres mots terminés de môme. L'adjectif petit, constamment placé devant le substantif, les pluriels si employés des substantifs ébat, habit, sabot, muguet, volet, etc. et les
i. Les adjectifs on -ant ont pu subir aussi l'analogie du rondif (§ 1 5 1) gui se terminait de môme et qui perdait sa consonne finale devant le complément commençant par uneconsonne. a. Il peut aussi y avoir là un fait de dissimilation comme dans trie, <t d'autre part cric a pu subir l'analogie de cri (action de rri,T^)% car il arrive que la forme d'un mot influe sur celle d'un autre sans qu'il y ait de rapport sémantique entre les deux (cf. juchsia influencé par fluxion dans la prononciation populaire).
1 48 PHOHÉNJQUE
nombreux participes en -i, u, ont fait tomber le t dans les mots terminés para/, il, et, ol, ut.
Les sourci(t)s, les outi(l)s ont engendré un sourciÇt), un outiÇt), et les autres mots en -il mouillé ont suivi, mais avec hésitation pour gril et grésil, influencés peut-être par griller et grésiller, cf. e; l'influence de fusiller n'a pas ou le même résultat pour/us*'/, combattue qu'elle était par la fréquence du pluriel l.
d. — s du pluriel tombait régulièrement devant la consonne initiale du mot suivant, quand il n'y avait pas de pause. On prononçait « les nouveau(s) détails » comme « le nouveau détail » , « les clé(s) de voûte » comme « la clé(f) de voûte » , sous réserve d'un certain allongement de la voyelle, qui a persisté au pluriel jusqu'au xvme siècle, et dont les pluriels actuels bœufs, œufs, os (les o) peuvent nous donner l'idée. Cette prononciation à peu près uniforme du singulier et du pluriel, pour les mots à consonne finale amuïe ou vocalisée, pouvait d'autant plus facilement s'étendre à la pause, que l'emploi devenu obligatoire des articles suffisait à la distinction des deux nombres et ne laissait place à aucune équivoque, et cet amuïssement du s de flexion s'est propagé aux mots qui avaient conservé au singulier leur consonne finale : on a prononcé un cheval, des chevau(s), un sac, des sâ(s) (en attendant de dire « un sac, des sac(s) », § 1 5/4, in fine). Il en résulte que s du pluriel a cessé partout de se faire entendre, sauf en liaison devant voyelle ; n'ont échappé à cet amuïssement
j. Sur d'autres mots en -il, voy. § 161, l>.
CONSONNES FINALES MODEUISES. § 157 b. l49
général qu'un petit nombre de mots qui n'avaient pas ou semblaient ne pas avoir de singulier (§ 167, c).
157. A ces causes de disparition de la consonne finale s'opposent d'autres tendances :
a. — Il faut d'abord écarter l'influence souvent alléguée du monosyllabisme. Un bon nombre de monosyllabes ont conservé leur consonne finale, et il était assez naturel d'attribuer au monosyllabisme une influence conservatrice sur cette consonne; mais on doit y renoncer, en présence du grand nombre de monosyllabes à consonne amuïe : lait, mot, pot, vent, banc, jus, fois, bras, nuit, ais, etc., etc. Toutefois, les monosyllabes se prêtent par leur brièveté à la formation de locutions où ils se trouvent placés à la pause, par conséquent dans des conditions favorables à la conservation de la consonne finale, cf. § 167, d.
b. — Les mots que Ton emploie surtout au singulier doivent naturellement échapper à l'influence du pluriel et conserveront leur consonne finale sous réserve des analogies possibles ($ i56, c). Mais comme la tendance de la langue est de réduire les mots à une seule forme en faisant prédominer la forme la plus employée, le pluriel sera refait sur le singulier, — on dira les bals au lieu de « les baus » , — à moins que le mot ne soit d'un emploi très courant aux deux nombres, auquel cas les deux formes se maintiendront (voy. S i55).
Les adjectifs que l'on employait surtout après le nom n'avaient pas ou avaient peu l'occasion d'amuïr leur
IOO PHONETIQUE
consonne finale devant le nom, aussi Font-ils conservée et généralisée, — en refaisant le pluriel sur le singulier, — sous réserve des actions analogiques. Voyez, § i5q, les adjectifs terminés par /l, et ajoutez, entre autres exemples :fat, mat, brut, caduc, public, sec, les nombreux adjectifs en -if, tels que vif, actif, hâtif, attentif, et bref, neuf, sauf2.
On remarquera que tous les noms que nous avons cités £ i5o, comme ayant conservé leur consonne finale, s'emploient surtout au singulier : on a bien plus d'occasions de parler d'un coq que de plusieurs coqs, etc.
Ajoutons, outre les nombreux noms terminés par / (§ i5q): arc, parc ; froc, bloc, soc, roc, choc, estoc3;
t. Certains adjectifs en -al s'emploient surtout avec des noms au singulier : « le moment fatal, le coup fatal ; un repas frugal, un air jovial, un combat naval, etc. ». Pour ceux-là, qu'on leur donne un pluriel identique au singulier (plus Ys de flexion) ou qu'on les assimile à ceux qui changent -al en -aux, les deux pluriels nous choquent également parce qu'on n'a l'habitude ni de l'un, ni de l'autre ; généralement on les évite l'un et l'autre, on s'arrange pour ne pas employer ces adjectifs au pluriel. Voltaire a plaisanté sur l'hésitation entre fatals et fataux : « S'ils n'insèrent pas dans l'ouvrage les cartons nécessaires, je demanderai la saisie des exemplaires fataux ou fatals. »
Au nombre des adjectifs en -al qui font le pluriel on -aux, figure idéal, qui s'emploie aussi substantivement. Or, dans l'emploi substantif, le pluriel est idéals ; Littré en donne cette raison bizarre, que « idéals conserve mieux le sens du mot et a une forme moins lourde ». C'est tout simplement que l'emploi du nom au pluriel est très rare, cf. £ i5g.
2. Sauf a un emploi prépositionnel dans lequel il aurait dû, semble t-il, amuïr sa consonne finale devant consonne, mais il faut remarquer que, mémo dans cet emploi, il est ordinairement suivi d'une légère pause, à la différence des véritables prépositions.