LES VOYELLES ATONES. S
cette syllabe s'est seule maintenue, français los, les ; Vi atone est tombé. Dans l'emploi non-proclitique du même démonstratif, la première syllabe, étant régulièrement tonique (§ 2), s'est maintenue, et c'est Yo qui est tombé comme atone, français els, eux.
Comme, dans la déclinaison et dans la conjugaison, la même voyelle peut être successivement tonique et atone, la loi de la chute des atones a cette conséquence curieuse que la voyelle qui est tonique dans certaines formes d'un mot disparaît complètement dans d'autres: Vu de l'ancienne forme il mandue (mandùcat) n'existe plus dans manger (manducàre), sur lequel mandue a été refait en manjue, puis en mange; la diphtongue ou la voyelle tonique des infinitifs devoir (debëre) et mourir (*morïre) s'efface au futur, qui est cependant formé sur l'infinitif: devra (*deberhabet), mourra (*morirhabet). Cf. §§ 196, 206-208.
6 bis. Les mots d'emprunt ont généralement laissé tomber la finale atone, par imitation des mots héréditaires, mais ont conservé les autres voyelles atones. Dans les mots d'emprunt les plus anciens, ces voyelles ont pu disparaître ultérieurement. C'est ainsi que Ve atone de la seconde syllabe de benedicere a été maintenu dans benedir, et, comme le mot a été emprunté avant l'époque de la chute du d intervocalique, on a eu ensuite beneïr, qui s'est contracté en bénir. On explique de même les vieilles formes preechier, empeechier, de prcTdicare, nnpedicare, cf. £ i36, a; de même le maintien de la voyelle de la seconde svllabe dans imperatore, empereeur, empereur (compar. temperare, temprer, tremper ; tempérer est un mot d'emprunt, moins ancien qu'empereur).
7. Il y a plusieurs exceptions à la loi de la chute des atones.
a. Va atone se maintient sous la forme d'un e labial, sauf dans la pénultième des proparoxytons : armât, arme, à côté de dormit, dort, et non dorme ; terra, terre, à côté de turre, tour ; ornamento, ornement1, à côté de f/rmitate, ferté, doublet du mot savant fermeté ; mais *colâpo, colpo, coup (sans voyelle correspondant à la dernière syllabe parce que le mot était devenu paroxyton en latin populaire). GJacle etfacie étaient devenus par analogie glacia et facia, français glace et face, sans quoi nous aurions glas etfas, comme bras de *bracio.
C'est le maintien de l'a atone sous la forme d'un e labial, opposé à la chute des autres voyelles atones, qui explique les différences entre le masculin et le féminin de nos adjectifs, bon bonne (§ 179), entre les adverbes du type bonnement et ceux du type savamment (§ 180), entre l'indicatif il pert et le subjonctif quil perde, et au contraire entre l'indicatif il garde et l'ancien subjonctif qu'il gart : « Dieu vous gart ! »
Dès le latin populaire l'a protonique s'était exceptionnellement contracté avec la voyelle tonique, après la chute d'un g intervocalique (cf. § 3, c) dans : quadraginta, quarante ; quadragesimo, carême ; qumquaginta, cinquante ; sexaginta, soixante ; septuaginta, sètante ; nonaginta, nonante.
L'a devenu atone du radical de Itabere a disparu exceptionnellement dans le conditionnel des verbes et aux deux premières personnes du futur, § 196, n. t.
1 . Il faut voir un reste de l'a atone dans les suffixes tels que -erie, qui se sont d'abord formés sur des mots en -ier = -ario, — chevalerie sur chevalier, — de sorte que -erie représente le latin -aria. Il en est de même de tous les suffixes composés commençant par -er- {quarteron a été fait sur quartier, tisserand sur l'ancien tissier, etc.), bien que, pour la plupart des mots ainsi terminés, le primitif en -ier n'ait jamais existé : moucheron a été fait directement sur mouche. Cf. § i5, [I, note 2.
L*a \tone. — § 7 #.
\ïe provenant d'un a atone a disparu ultérieuremei dans les cas suivants :
i° très anciennement à la 3e personne du subjon< tif présent du verbe avoir et de la flexion des imparfai et conditionnels1 : ait pour aiet, #/£(habeat), -eit, pu: -oit, -ait, pour -eiety etc. (-ébat). Il y a là vraisemblable ment une analogie avec la 3° personne du subjonct présent du verbe « être », seitt soit (sit), à côté des pre mières personnes^, seies, latin *siam, *sias, cf. § 2i( Les imparfaits et conditionnels, comme le subjonctif d verbe « être » , ont eu Ye aux deux premières personne jusqu'au xvic siècle.
2° par élision, lorsque cet e s'est trouvé en hiatus suffixe -aticio, fr. -ediz, -eïs, -is (vent coulediz, cor leïs, coulis)2 ; suffixe -atore, fr. -edor, eor, eeur, eu (emperedor, empereor, empereeur, empereur)3; suffix -attira, fr. -edure, -eure, -ure (armedure, armeun armure). Sur la chute de la dentale dans ces différenl mots, voy. § g5, 2°. A rapprocher l'élision de la sem tonique en hiatus, § 42, betc.
L'hiatus peut se produire avec la voyelle qui pre
i . Plus anciennement encore dans la flexion populaire -aissemu -aiasetis, de l'imparfait du subjonctif, si l'on admet l'explicatic donnée § 2^6.
2. L'e a aussi disparu dans paradiso, paredis, parcïs, mais apri intercalation d'un v de transition entre e et i : parevis, parvis.
3. Bien entendu, le suffixe français -ateur est savant, mais il pu s'ajouter à des formes populaires ; sur courir on a fait court leur, et, par substitution de -icr à -eur, couratier, qui existe encoi dans le français populaire au sens de « aimant à courir » et qu d'autre part, s'est contracté en courtier. Le mot puisatier, intre duit récemment dans les dictionnaires, est sûrement un mot popi laire ancien, qui doit s'expliquer de môme.
cède, auquel cas Ye labial aboutit à un i semi-voyelle qui forme d'abord diphtongue avec la voyelle précédente: ^damante, aemant, aimant, *pnzlaria, praerie, prairie.
3° dans quelques mots, où la consonne qui précédait ou qui suivait était ordinairement une liquide (r ou /) : alàbastra, alebastre, vieux mot d'emprunt, albâtre ; sacramento, sairement, serment. Ajoutez les proclitiques chés (écrit che^ sans raison) de casa, et or, d'abord ore\ de hac hora (cf. §§ i4 et ki, c).
l\° entre st et s final dans le proclitique ecc?stas, cestes, cez, ces; cf. ci-dessous c, i°, note.
b. — Les voyelles atones se sont maintenues quand elles étaient entravées (voy. § il), et même suivies de deux consonnes qui ne forment pas entrave parce que la seconde est un r : p#z/pertate, poverté (refait en povreté, pauvreté, sur l'adjectif français, § i4) ; gwbernare, gouverner ; voluntate, volonté ; p^regrino, pèlerin (puis pèlerin, pèlerin, § 18, exe.) ; h^red(i)tare, erèter (devenu ensuite ireter, eriter, puis hériter, sous l'influence du mot savant très ancien hérédité). Après l'accent les atones, même entravées, ne peuvent se conserver en français que sous forme à'e labial : vendunt, ils vendent, comme vendant, qu'ils vendent.
Exceptions. — La voyelle atone entravée par st a disparu après n, en entraînant le n, dans mestier (mmisterio), moustier (monasterio), à côté de menestrier = *mmisterario).
i. Ores et ors avec l's dite adverbiale (§ i37). Illa fiora (à ce moment -là) a produit de même lors.