‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 73 sur 127 · LES LIAISONS · texte numérisé non relu

LES LIAISONS

qui a de l'originalité. Même distinction pour les deux prononciations de « savant étranger », etc.

168. Parmi les noms qui se terminent par un consonne amuïe, il faut mettre à part ceux comme nid, nœud, pied, niuid, qui s'écrivaient et se prononçaient depuis le xue siècle sans consonne finale, ni, neu, pié, mai (piodio, cf. mi de medio), parce que leur consonne finale, non appuyée, était régulièrement tombée. Le d a été rétabli dans l'écriture, mais l'orthographe n'a guère d'action sur la prononciation des mots de la langue courante. « Garde-toi bien de croire, dit Malherbe, que l'on prononce nid, on ne dit que ny. » La prononciation pié-t à terre n'est qu'un ancien « cuir » légitimé (§ i65, d), elle est encore contestée par les grammairiens du xvne et du xvme siècle; de même « de pié-t en cap. » Loup et joug s'écrivaient et se prononçaient au moyen âge lou etjou1, cf. § 39.

169. La tendance manifeste de la langue est de supprimer la liaison de la consonne finale muette des noms, même devant l'adjectif. Déjà on ne lie plus jamais, à la fin du nom, ni / mouillé (/ non mouillé s'est vocalisé), ni r, ni la nasale, ni les labiales : « un outi(l) éprouvé, un métié(r) inutile, un balcon étroit, un cou(p) imprévu, un cham(p) inculte, une clé(f) ouvragée » La liaison de la palatale explosive (c'est toujours c, même quand on écrit g) ne s'est maintenue que dans quelques expressions consacrées : un cro-c en jambe, un ran-c élevé (mais : il a un ran(g) excellent), suer san-c et eau, le san-c humain. On chante « san-c impur », mais on dirait: un san(g) impur2.

1. Le g tend à s'introduire dans la prononciation savante et métaphorique de joug.

a. Dans resprc(t) liumain. on ne peut pas dire qu'il y ait « liaison » pui>qu'on prononce respec même devant consonne aussi souvent que respe (§ i64j; môme remarque pour aspec, iristinr, di vaut voyelle.

l"jli PHONÉTIQUE

C'est pour les dentales, / et s, que la liaison est le moins rare. Au mot sujet, Littré dit : « le / ne se lie pas », et au mot objet: « le t se lie ». La différence vient de ce que objet était accompagné d'un adjectif beaucoup plus souvent que sujet, ce qui a maintenu pour notre oreille l'habitude d'entendre sa consonne finale devant voyelle, mais il s'en faut que la liaison de cette consonne soit toujours observée. Chaux s'employait le plus souvent sans épithète ou devant un adjectif commençant par une consonne (chaux grasse), aussi s'est-on habitué à la forme chau(x), avec consonne finale amuïe, et on la maintient dans les expressions plus récentes où l'épithète commence par une voyelle ou une h muette. La rareté relative de l'emploi de nez avec une épithète, sauf dans les signalements, a aussi fait tomber tout à fait le z final, et personne ne s'aviserait de prononcer aujourd'hui « né-z aquilin». La suppression radicale de la liaison de la dentale dans un grand nombre de noms, et son maintien plus ou moins usuel dans un certain nombre d'autres, s'expliquent par des raisons analogues.

170. Les consonnes de flexion, en raison de leur rôle grammatical, ont nécessairement plus de solidité que les autres consonnes finales. Et cependant, comme le nombre et la personne sont indiqués aussi par l'emploi généralisé des articles et des pronoms, elles ont perdu une partie de leur utilité, et, dans la langue courante, la liaison s'omet souvent, sauf, bien entendu, entre adjectif et nom et entre pronom et verbe. Au xvme siècle on prononçait : les Eta(ts) unis.

Les consonnes de flexion sont : s (ou x) du pluriel, s (^ ou .r) et t des personnes verbales, à quoi il faut ajouter r muet des infinitifs en -er, dont la liaison est aujourd'hui affectée.

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