LES LIAISONS
Lorsque s ou t est précédé d'un e muet, l'absence de la liaison est soulignée en quelque sorte par l'élision de ïe muet qui en est la conséquence. Aussi l'omission est-elle plus rare dans ce cas. J'ai noté cependant (et bien peu d'auditeurs ont dû s'en apercevoir) les suppressions suivantes dans un discours solennel prononcé par un de nos plus éminents académiciens : « les problèmes) économiqu(es) et sociaux ; — quelles que puiss(ent) être les divergences. » Et Musset a écrit :
Que tu ne puiss(es) encor sur ton levier terrible Soulever l'univers.
Le verbe être est particulièrement uni au prédicat, les auxiliaires avoir et être au participe passé, et les verbes jouant le rôle d'auxiliaires, — aller, pouvoir, devoir, falloir, — à l'infinitif qui suit. Aussi la liaison des consonnes flexionnelles est-elle généralement observée dans ces différents cas.
171. C'est le préjugé de l'hiatus (§ i65, d) qui entretient les liaisons non obligatoires; quand leur effacement n'entraîne pas un hiatus, — c'est-à-dire après r, — l'évolution se fait plus librement. On ne prononcerait jamais « un for-t imprenable »*. Littré dit qu'on ne lie pas Vs du substantif vers, et que, même au pluriel, on prononce « des ver(s) harmonieux », et il recommande aussi de ne pas lier Vs de bourgs, faubourgs, jours, toujours. On dit ordinairement « cela ne
1. Même la liaison obligatoire de l'adjectif faiblit ici: un for(t) accent, à côté de « un fort' accent »,
ser(t) à rien » (mais obligatoirement : à quoi cela ser-t il? Voy. § 166, a). L'analogie avec par, pour, sur, a dû favoriser la prononciation « ver(s) eux, enver(s) eux » à côté de « ver-z eux, enver-z eux », car ici la liaison de Ys est aussi normale que celle du / dans: dor-t il?