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Dans les déclinaisons du latin populaire, par

suite de l'amuïssement du m final (§ 76), l'ablatif et l'accusatif singulier arrivaient à se confondre, et la tendance analytique du langage conduisait à remplacer le génitif et le datif par l'accusatif précédé des prépositions de et ad. On aboutissait ainsi à des déclinaisons à deux cas: un cas sujet et un cas régime, le cas sujet servant en même temps de vocatif, et le cas régime, précédé d'une préposition s'il y avait lieu ^ remplaçant les autres cas.

174. a. — Dans la première déclinaison, le singulier se réduisait même, phonétiquement, à un seul cas, puisque terraim) était identique à terra2 ; d'autre part, les noms féminins des autres déclinaisons avaient au pluriel un cas sujet et un cas régime identiques : par exemple matres. Cette réduction à un cas, pour les uns au singulier, pour les autres au pluriel, a produit pour l'ensemble des substantifs féminins, dès l'ancienne langue, une déclinaison uniforme avec un seul cas pour chaque nombre ; toutefois on rencontre pendant quelque temps des nominatifs du singulier en s pour des féminins tels que fin, latin finis , et par analogie pour quelques autres (non terminés par e labial).

1. En vieux français le cas régime, qui, dans la seconde déclinaison, représentait phonétiquement le datif et le génitif latins comme l'accusatif, s'employait sans préposition avec la valeur d'un génitif ou d'un datif possessif : l'hôtel-Dieu.

2. Le génitif-datif singulier eût été ter (lat. terrae), puisque toute autre voyelle atone que l'a tombe. Nous avons encore un de ces génitifs, celui de lune, — lun, — dans « lundi », jour de la lune. — Nous avons aussi dans Aix l'ablatif pluriel de aqua (cf. § 97, 3°, note 2).

6. — Quant aux noms féminins qui « déplaçaient » l'accent en latin, comme ratio, qui aurait donné rais (§ i44)à côté de raison venant de rotionc, ils ne se sont conservés que sous la forme du cas régime, àl'exceptiondesoror,sorore, très souvent employé au cas sujet en qualité de nom de personne (cf. $ 176, a), en vieux français cas sujet seur, cas régime sereur; la fréquence du cas sujet l'a même fait prévaloir en français sur le cas régime. L'orthographe sœur établissait une distinction, aujourd'hui superflue, entre ce nom et l'adjectif seur, que nous écrivons sur.

c. — Pour quelques noms féminins de personnes, surtout des noms propres, le latin populaire avait une déclinaison facultative en -a, -a/ie, analogue à la déclinaison en -0, -one, et en -us, one (§ 176, /) ; de là un cas régime nonnain, à côté du cas sujet-régime nonne, et un pluriel nonnains à côté de nonnes.

1 75. Dans la seconde déclinaison en -us, qui est devenue le type de la déclinaison masculine, le cas régime singulier muri-muro-muru(m) se confondait avec le cas sujet pluriel mûri, puisque les voyelles atones, sauf Va, tombent également (§§ 6, et 7, a), d'où mur \ De même le cas sujet singulier murus se confondait avec le cas régime pluriel mur os, français murs2. Le cas sujet, —

1 . L'ancienne langue avait quelques génitifs pluriels en -or, puis -car, (latin -oruin), qui s'employaient comme des adjectifs: la geste Francor, la geste française. Nous avons conservé des noms de lieux comme Ville favrcux {Villa fabrorum, cf. § 162), le nom de fête Chandeleur (*candelorum pour candclaruni), la fête des chandelles, et l'adjectif possessif leur ■= d'eux (latin illoruni).

2. Certains noms se terminaient uniformément par s à tous les cas ; ce sont i° ceux dont le radical latin se terminait par s ou par une lettre devant produire s (§ 1 44) ; 2° ceux qui venaient de noms neutres en -us, dont l'accusatif latin était semblable au nominatif (tempus, corpus). — Sur x au Heu de s, voy. § 182, n. 1.

singulier murs, pluriel mur, — a disparu devant le cas régime beaucoup plus souvent employé ; il en résulte que le s, qui marquait jadis le singulier pour le cas sujet et le pluriel pour le cas régime, marque le pluriel aujourd'hui pour le cas unique des noms masculins, comme de tout temps en français pour le cas unique des noms féminins.

Les noms masculins des déclinaisons autres que la seconde avaient s au nominatif pluriel ausssi bien qu'à l'accusatif, patres, latrones, etc., et un certain nombre de noms, même dans la seconde déclinaison, n'avaient pas s au nominatif singulier, par ex. liber', mais l'analogie de la déclinaison en -us est intervenue : en vieux français le cas sujet pluriel masculin n'a jamais s, et le cas sujet singulier des noms qui n'avaient pas s en latin se termine souvent par s analogique : livres.

Sur l'amuïssement de la consonne finale du singulier devant s de flexion, voy. §§ 121-125.

Les noms à déclinaison imparisyllabique qui ne déplaçaient pas l'accent ont été assimilés aux parisyllabiques (à l'exception de homo et de cornes, qui étaient des noms de personnes, voy. § 176, d), et leur déclinaison a été refaite en latin populaire, tantôt sous la forme courte, tantôt sous la forme longue : cas sujet *pedis d'après pede, cas régime *sangue d'après sanguis.

176. Quant aux noms masculins qui «déplaçaient» l'accent en latin, ils devaient le déplacer aussi en français, puisque l'accent est à la même place dans le mot latin et dans le mot français (§ 2). Ces noms devaient

LES NOMS. — § 176 b. 18 1

donc avoir l'accent sur une syllabe au cas sujet singulier et sur une autre aux trois autres cas. Mais leur cas sujet singulier a été en général refait en latin populaire sur le thème du cas régime (cas sujet * carbonis, au lieu de carbo, d'après carboneui), sauf dans un certain nombre de noms désignant des personnes.

a. — Les noms de personnes, en effet, s'entendaient très souvent au cas sujet, soit comme sujets du verbe, soit dans l'emploi « vocatif » ($ 173), circonstance qui a fait obstacle à l'action assimilatrice du cas régime (et qui parfois a assuré le maintien du cas sujet comme forme définitive du mot, cf. § 17.4, b). Ainsi le cas sujet baro est resté et a donné en français ber, cas régime baron ; et larron, de latrone, avait pour cas sujet lerre, de latro. L'a latin s'est conservé dans latrone, barone, parce qu'il y était semi-tonique ($ 17); il s'est changé en è dans baro et latro, parce qu'il y était tonique (§ 20). Latro, à la différence de baro, avait après l'accent un groupe de consonnes appelant une voyelle d'appui (§ 7, c), de là Ye final de lerre. De môme, les noms en -ator, cas régime -atore, ont donné des mots français ayant le cas sujet en -édre, -ère, et le cas régime en -edor, -eor, -eeur, -eur : emperére et empereur; péchiére et pêcheur ; trouvère et irouveur1, etc. L'é ou ié du cas sujet provient de l'a latin (§ 25), qui s'efface complètement au régime comme atone devenu en hiatus (§ 7, a, 20), la désinence -eur du cas régime correspond donc au suffixe savant -ateur.

b. — Dans peintre, cas régime peinteur (latin *p\nctor, *pinctorern), le / latin s'est maintenu parce qu'il était ap- Puyé (§ 98). Ancesire, cas régime ancesseur, viennent du latin antecessor, antecessore ; Yo latin qui, tonique dans anlecessore, produit Yeu de la désinence -eur, disparaît

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