Troubadour est la forme provençale de Irouveur
comme atone dans anlecessor, ce qui amène la rencontre des consonnes s et r, d'où le t et Ye final (§ i i/j). Le substantif venant du latin populaire senior, qui n'est autre que le comparatif de l'adjectif senex, cas régime seniore, avait aussi la forme seior, seiore (peut-être par analogie avec peior, peiore) ; la première forme devait produire sindre, seigneur, et la seconde : sire, seieur puis sieur; mais sire a prévalu de bonne heure sur sindre (écrit sendra dans les Serments de Strasbourg) et a servi de cas sujet aux deux formes de cas régime. Môme déclinaison pour maior, maiore, français maire, majeur (majeur est une forme savante), et pour le mot d'emprunt ancien *traditor, traditore, français traître, traiteur (§ l\2, c, n. 3).
c. — Dans le cas régime du latin presbiter (presbyter), le préfixe pro avait été bizarrement substitué à la syllabe initiale près-, de là *probitero, où le b, devenu intervocalique, s'est régulièrement conservé sous la forme d'un v (§ 96), fr. prouveire, prouvoire, prouvaire, tandis qu'il tombait comme médial de groupe dans presbiter, prestre, après la chute de l'ï (cet ï, tonique dans *probitero, y a produit régulièrement la diphtongue ei, oi, cf. § 22). De même, le p de nepote, qui est devenu régulièrement v dans neveu, disparaît comme appuyant dans le cas sujet nep(o)s, vieux français niés. Les cas sujets à'abé et d'enfant, latin *abbate, infante, étaient abes (abbas) et enfes (infans), celui de compagnon : compain.
d. — Des mots qui ne déplaçaient pas l'accent ont pu produire aussi deux formes différentes. On a prononcé on au cas sujet, dehom(o), et on-me, écrit homme (§ 1 16), au cas régime, de homine ; comte, latin comité, avait pour cas sujet cons, latin com(e)s ; les cas régime homine, comité, étant des proparoxytons, ont conservé en français l'atone finale sous forme d'e labial (§ 3).
e. — Le cas sujet et le cas régime se sont parfois conser-
LES NOMS. — § 177. l83
vés jusqu'à nos jours, en constituant deux mots différents avec des acceptions plus ou moins divergentes : on (toujours sujet) et homme; sire (employé exclusivement au vocatif quand on lui donne sa valeur archaïque) et seigneur ; gars et garçon ; pâtre et pasteur (cette dernière forme gardant s sous une intluence savante) ; chantre et chanteur. D'autres noms, conformément à la loi générale, se sont conservés uniquement sous la forme du cas régime : neveu, larron, baron, comte, les mots en -eur venant du latin -atorem. D'autres se sont conservés exceptionnellement sous la seule forme du cas sujet, pour la même raison qui avait maintenu cette forme intacte dans le latin populaire (ci-dessus, a) : peintre, ancêtre, maire, traître ' ; mais on ne voit pas bien comment ancêtre-ancesseur a pu être employé plus souvent au cas sujet singulier, et niés-neveu plus souvent au cas régime.
/. — Dans le latin populaire, les noms propres en -us avaient pris souvent un cas régime en -one, par analogie avec la 3e déclinaison, si bien que, comme cas régime de Charles, on trouve Charlon à côté de Charte (cf. § 1 74, c). Il nous reste quelques formes en -on,, comme Philippon, de Philippe, Mathevon, de Mathieu (cf. s; 4i)> Thévenon, de (Es)tievne (^ o,3, note), Jaquemon, de Jacme (§ i3i).
177. Les neutres latins, ayant des pluriels en -a, auraient dû produire en français des pluriels en e labial ; vaisselle (pluriel latin vasccUà) peut encore, en qualité de terme collectif, être considéré comme une sorte de pluriel de vaisseau au sens de vase (singulier latin vascello). Mais en fait, ces pluriels ont été assimilés à des féminins singuliers delà Ie déclinaison, et d'autre part le singulier neutre a été souvent assimilé au