Voy. toutefois § 10 1, note
les pronoms. — § 184 b. 187
lonc à la pause (§ 1^2); le g* latin {gué) s'était consolidé dans le dérivé longueur, qui a contribué à former le nouveau féminin longue. Cf. grande, § il\ 1 .
183. Nous parlerons d'abord du pronom relatif parce qu'il a exercé une grande influence sur les démonstratifs ; c'est grâce à lui que, dans l'ancienne langue, les deux cas sujets masculins, du singulier et du pluriel, étaient identiques pour l'article, les démonstratifs, et le pronom personnel il, et qu'aujourd'hui encore nous avons le masculin singulier il avec un 1, à côté du féminin elle ; c'est à lui aussi que nous devons les pronoms en -ui : lui, celui, autrui, qui se sont maintenus tandis qu'il a perdu lui-même sa forme en -ui.
184. a. — En latin classique l'interrogatif masculin et féminin était identique au relatif, sauf qu'il avait une double forme de nominatif masculin : quis et qui; la forme quis ayant disparu, l'identité s'est trouvée complète. De l'interrogatif latin il n'est resté que la fî >rme neutre quid, qui a donné régulièrement que dans l'emploi proclitique et quei, quoi, tonique : que fait-il? Pourquoi ? Ces deux formes s'emploient aussi comme pronoms relatifs neutres : ce que vous demandez, ce à quoi vous pensez.
/;. — En latin classique, les deux nominatifs masculins du relatif, singulier et pluriel, étaient identiques, qui ; de leur côté, les deux accusatifs sont devenus identiques en latin populaire, quem seul s'est maintenu,
r>VT. — MANCEL D« PHONÉTIQTE. 13
sous la forme que (§ 76, «.), il ne reste plus trace de quos. Et de l'identité de chaque cas aux deux nombres on a passé à l'identité des deux genres : le cas sujet qui et le cas régime que sont à la fois du singulier et du pluriel, du masculin et du féminin. Le cas sujet neutre que, de l'ancienne langue, qui paraît venir de l'interrogatif quid, a lui-même cédé la place à qui généralisé, dont on trouve trace dans l'emploi neutre dès la fin du xne siècle.
Dans la très ancienne langue, Ye de que devant voyelle, au lieu d'être toujours élidé comme aujourd'hui, est souvent suivi d'un à : qued. Ced est celui de quid ou provient d'une analogie avec des formes telles que ed pour la conjonction et (§ i45, a).
c. — De même que les noms avaient conservé en vieux français un cas génitif-datif (§ 173, note), qui se confondait pour la forme avec l'accusatif, le relatif avait conservé dans le même emploi (datif et génitif) et aussi par extension dans l'emploi d'accusatif direct et après préposition, le datif cui, qui ne pouvait se confondre avec l'accusatif quem, mais qui est arrivé plus tard à s'identifier pour la forme avec le nominatif qui. Il ne garde plus que la valeur de cas régime après préposition, et, dans l'emploi interrogatif ou au sens de celui que, celle de cas régime direct : qui cherchezvous ? Prenez qui vous voudrez.
Le datif cui, devenu aussi des deux nombres, ne pouvait se confondre à l'origine, en français, avec le nominatif ^iz, parce que Vu voyelle du latin, suivi d'un i final, donne régulièrement la diphtongue française ai
(>j 33 bis), tandis que 1'// consonne après q initial disparait de la prononciation (§ 90): qui (qwi) devient ki, tout en continuant à s'écrire^///. Ultérieurement le cas régime cui est aussi devenu ki, et on l'a écrit corame^f sujet. Exemples d'emplois périmés de qui régime ou cui : l'ancienne langue disait « vous cui onc ne sus mentir (à qui) ; celui cui ou qui j'attendais (que) ; Dieu cui nons est délectables (de qui le nom). »
185. Par analogie avec le pronom relatif, auquel ils sont très fréquemment unis, les démonstratifs latins Me, iste, avaient pris au singulier i° un nominatif masculin identique à celui du pluriel, 20 un cas régime masculin en -ui s'ajoutant à leur cas régime normal, et, comme pendant, un cas régime féminin en -et, substitué au datif populaire en -ael. En outre le génitif pluriel illorum s'était conservé avec la valeur d'un génitif et d'un datif.
Masculin.
dominai if singulier-pluriel.
li, il (pron.), li (art.) ; ecce isti, icist, cist ; ecce illi, icil, cil
Le pronom masculin il a pris une valeur neutre devant les impersonnels.
1. Los formes * Mai. * illei ont été aussi expliquées ingénieusement par M. Antoine Thomas comme provenant de *illo-{-ei, *illae-j- ei, ci étant le datif du démonstratif if, el*illo, *illae des formes populaires du datif de Me.
Cas régime du singulier.
le (art. et pron. ecce isto, icest, ecce Mo, icel,
procl.); cet; cel
lui (pron. datif ecce*istûi, ices- ecce*Mûi,ice-
et accus.); tui, cestui ; lui, celui Mi, li (pron. datif proclit.).
Cas régime du pluriel.
!les (art. et pron. ecce istos, icez, ecce M os, icels, procl.); cez, ces ; cels, ceus
els, eus Morum*, leur, génitif-datif.
A noter que, s'il y a une forme proclitique correspondant à chacun des accusatifs, Mum et Mos, le et les, il n'y a de forme tonique que pour Mos : eus ; Mum avec l'accent tonique avait été remplacé par *illui. De même, comme nous allons le voir, l'accusatif fémininsingulier Mam avait été remplacé dans l'emploi tonique par *Mei.
Féminins ingulier .
Ma, elle (pron. suj.2), [
la (art.) \ ecceista/icesïe, ecceilla/iœl
Ma(m) I la. (art. et pron. j cette ; celle
1 procl.) [
*Mei ) li (pron. dat. et ecce *istei, ices- ecce *Mei, ice-
\ ace.) ti, cesti ; li, celi
Mi, li (pron. datif proclit.).
1. Pour conserver au pluriel, comme au singulier, un cas régime distinct de l'accusatif, la langue ne pouvait prendre que le génitif ; car le datif pluriel Mis donnait la même forme qn'illos.
1 . Elle (à la différence de elles) est toujours sujet en vieux français.
Fémin in-p luriel.
( elles, suj.-rég. ( ecce istas, icestes, ( ecce Mas, icèles, îllas ] r -, , , ] )
( [LEsJreg.procl. ( cestes, cez, ces ( celles
Martini, gén.-dat. [leur].
On voit que, en vieux français, lai est essentiellement masculin, même comme datif. Comme accusatif (complément direct ou après préposition), il a pour correspondant féminin li (et non elle comme aujourd'hui) ; li, qui peut provenir du datif classique illi, masc. fém., ou de la forme féminine populaire * illei, n'est des deux genres que comme datif, et dans l'emploi masculin il est toujours proclitique. — Les formes ceslui, celui sont essentiellement aussi du masculin, et ces li, celi, du féminin, bien qu'on ait quelques exemples de cesli, celi masculins.
Nous avons mis entre crochets les féminins les, leur, qui ne viennent pas des formes latines correspondantes, mais qui sont des formes du masculin étendues au féminin. Sur les des deux genres, voy. § i5, 1, exe. et i5, III, exe. Comme le datif singulier proclitique li, aujourd'hui disparu devant lui, était déjà des deux genres, l'unité de genre s'était étendue au datif pluriel.
Nous avons imprimé en capitales les formes qui se sont maintenues ; comme dans la déclinaison masculine des noms et adjectifs, les cas sujets du singulier et du pluriel masculin ont ici disparu, à l'exception du pronom il, sur lequel voy. § i63. La forme cil s'est toutefois maintenue, concurremment avec celui, jusqu'au xvne siècle.
Le datif masculin li, qui faisait double emploi avec l'une des valeurs de lui, a disparu comme inutile, et a entraîné le datif féminin identique, dont la perte a été compensée par une extension de la signification du datif masculin lai. Dans sa valeur d'accusatif, lui est resté exclusivement masculin.
L'ancienne déclinaison du pronom elle a été encore limplifiée par une assimilation du singulier à la déclinaison
du pluriel : de même qu'on disait « elles sont venues » et « j'ai travaillé pour elles », on a dit aussi, à côté de « elle est venue » : « j'ai travaillé pour elle » au lieu de « pour li ».
Pour les autres démonstratifs, quand il y avait deux formes de cas régime, elles ont été réduites à une seule; au masculin, cet l'a emporté sur cettui et au contraire celui sur cel, ce qui s'explique par ce fait que les formes en -al avaient surtout une valeur pronominale, et qu'entre les deux mots c'est le démonstratif issu de ecciste qui s'est restreint à la valeur adjective.
Dans les emplois proclitiques du démonstratif ille, l'accent secondaire s'était porté sur la seconde syllabe, et la première voyelle, devenue atone, était tombée (§ 6); cette aphérèse s'est produite même dans * illui, malgré la fréquence de son emploi avec l'accent tonique, et dans illorum, dont la forme leur comporte le traitement de Yo comme un o tonique. — Les autres démonstratifs s'employaient tantôt comme proclitiques, tantôt avec l'accent tonique, et la langue a longtemps hésité entre les formes avec un i initial (sur lequel voy. § io4, a) et les formes sans i.
L'article s'est parfois agglutiné au nom : hedera, ierre, Vierre, puis le lierre.
Sur l'opposition entre il, avec i, et els, elle, cels, cest, avec e, voy. § 38. Sur la réduction de cestes à cet, voy. § 7, a, 4°- Sur illos donnant les, et sur cet devenu ce devant consonne, § i5, III, exe. Sur du, des, au, aux, §§ 53 et 54-
Sur le démonstratif neutre ce, voy. § i^5, b.
186. Les pronoms personnels autres que il n'offrent pas de difficultés. Les pronoms iatins me, te, se, qui avaient un e long, par conséquent fermé, et qui s'employaient tantôt comme proclitiques, tantôt avec l'accent tonique, ont donné régulièrement en français deux formes chacun, me, te, se, proclitiques, et moi, toi, soi, toniques. Nos, vos auraient dû donner de même nous,
vous proclitiques, et neus, veus, toniques ; mais la forme proclitique a prévalu, même sous l'accent principal, sur la forme tonique. Il faut noter que chacun de ces pronoms avait ajouté à sa valeur propre (accusatif pour le latin me, te, se, nominatif et accusatif pour nos, vos) la valeur d'un datif1. — Uu long devenant régulièrement u français dans toutes les positions, le pronom latin tu n'a qu'une forme en français: ///.
Dans ego, le g intervocalique disparaît devant Yo (£90, 3°) ; ëo tonique doit donner ieu ou ié, comme Deo a produit Dieu et Dié (§ 3g) ; clans eo proclitique, l'accent secondaire glisse sur l'o (§ 5), qui devient e labial comme Yo du démonstratif Mo, et Ye latin atone en hiatus devient y puis dj, j (§§ 67, 68) ; on aboutit ainsi à notre pronom je. Quant au pronom tonique, on le rencontre sous la forme gié, où la forme phonétiquement régulière ié a subi la contagion du pronom proclitique, qui commence par le son je.
187. Le masculin des possessifs meus, tuus, suus, appartient à la seconde déclinaison en us, dont le cas sujet singulier est identique en français au cas régime pluriel (>: 175), et non pas au cas sujet pluriel comme pour le relatif et les démonstratifs. D'autre part, lorsque ces pronoms et les formes meum, tuum, suum, mei, tui, sut, mea, tua, sua, sont employés comme proclitiques, l'accent secondaire glissant sur la seconde syl-
r. Les datifs latins mïhï, tïbï, sïbï, se terminant par un i long (§ 38), devaient donner mi, ti. si, formes qu'on rencontre dans les dialectes. Nous et vous peuvent aussi bien venir de nobis, vobis, que de nos, vos.
i g4 morphologie
labe et Ve ou Vu de la première devenant atones et disparaissant, on obtient mos, tos, sos, puis mes, tes, ses (§ i5, III, exe.) pour le cas sujetsingulier et le cas régime pluriel du masculin, mon, ton, son, pour le cas régime singulier, mi, ti, si pour le cas sujet pluriel, ma, ta, sa pour le cas unique du féminin singulier. Au féminin pluriel, il se produit la même assimilation que pour l'article Mas (§ i85) avec le cas régime pluriel du masculin.
Pour le sujet masculin singulier on trouve en vieux français mis, tis, sis (à côté de mes, tes, ses), assimilation partielle avec le sujet pluriel mi, ti, si.
Quant aux formes toniques de ces mêmes pronoms, elles se rattachent toutes, pour le masculin, au cas régime singulier. Mëum a donné mien (au lieu de mieii) par suite de la conservation exceptionnelle de la nasale finale (§ 76), et, par analogie avec la déclinaison masculine des noms et des adjectifs, on a dit aussi mien au cas sujet pluriel, et mien-s au cas sujet singulier et cas régime pluriel. Sur mien on a fait aussi le féminin mienne ; mais il y avait en vieux français une forme tonique meie, moie, issue de mea (on attendrait miée). — Tuum, suum, avec l'accent tonique, ont donné tuen, suen, puis, par analogie avec mien : tien, sien. — Tua, sua ont donné : toe, teue; soe, seue1, formes qui de leur côté ont disparu devant des reformations analogiques.
1. En comparant toe à tuen d'une part, et d'autre part mien à moie, on voit que Y à fermé de tùum (== tôom) s'était ouvert au masculin (<5 = ue), tandis que l'è ouvert de mèum s'était fermé au féminin (é = oi).
Les deux cas du masculin singulier, le nominatif masculin pluriel et le cas unique du féminin singulier s'étaient confondus pour noster et voster, puisque ces cas ne diffèrent que par la voyelle atone et qu'ils ont partout le même groupe de consonnes appelant impérieusement une voyelle d'appui. On avait donc à ces quatre cas nostre etvostre. Le cas régime pluriel masculin et le cas unique pluriel féminin ajoutaient un s : nostres, vostres, contractés, dans l'emploi proclitique, en no%, vo%, puis nos, vos (§ 7, c, i°, note 1), mais restés nos très, vostres dans l'emploi tonique : ils sont nôtres-, ils sont vôtres.
Les Picards avaient greffé, sur les formes nos, vos, une déclinaison nouvelle de ces pronoms. L'identité du cas régime pluriel et du cas sujet singulier dans la déclinaison normale des adjectifs masculins avait amené l'emploi de nos, vos, qui viennent de l'accusatif pluriel, comme nominatif singulier. Puis, en supprimant s, on avait fabriqué un cas régime singulier, sujet pluriel, en même temps cas unique du féminin singulier ; dans ces différentes fonctions, no, vo s'étaient substitués, comme formes proclitiques, à nostre, vostre.
188. Les pronoms indéfinis autre et nul avaient un cas régime en -ui : nous employons encore autrui, qui a conservé sa valeur de cas régime, mais nous avons perdu nului, qu'on rencontre encore au xvie siècle.
Les cas en j- de nul (sujet singulier et régime pluriel) étaient régulièrement nus, car /appuyant produit un u semi-voyelle qui se fond avec Vu tonique (§ 56).
Nous avons signalé, § 38, le nominatif pluriel de
IÇ)(3 MORPHOLOGIE
« tout » : tuit. Les noms de nombre deus et trois avaient un nominatif masculin sans s : dui et troi (d'abord trei), par analogie avec les nominatifs pluriels des noms et adjectifs masculins.