‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 84 sur 127 · LES VERBES. § 190. 1Q · texte numérisé non relu

LES VERBES. § 190. 1Q

maintenus, l'application rigoureuse des lois phonétiques aurait abouti aux formes suivantes pour le présent passif & aimer : j'ambre, tu amers, il amêre, nous amambre, vous amamme, ils amanire.

Dans la constitution d'une voix passive entièrement formée de temps composés, le participe passé passif a pris la valeur d'un participe présent passif, qu'il avait déjà dans certaines constructions latines, de telle sorte qu'un même participe peut avoir une double valeur : « il est blessé par sa chaussure (— sa chaussure le blesse), l'action est présente ; — il est blessé au pied, l'action est passée ». Dans la seconde phrase, on n'a pas un temps passif du verbe blesser, avec Y auxiliaire « être », mais le verbe « être » suivi du participe passé employé adjectivement ; il en est d'ailleurs souvent ainsi lorsque l'idée de la voix passive n'est pas précisée par le complément. La conjugaison passive peut prendre dans certains cas la forme pronominale : la pièce se joue tous les soirs == est jouée tous les soirs ; elle s'est beaucoup jouée = elle a été beaucoup jouée.

LES TEMPS COMPOSÉS, TEMPS SUBSTITUES ET TEMPS NOUVEAUX. LES TEMPS DISPARUS

190. Ce qui caractérise principalement la conjugaison française comparée à la conjugaison latine, c'est le développement des temps composés. La tendance analytique de la langue, jointe à l'analogie de la voix passive et do la conjugaison déponente, a introduit des formes composées dans tous les verbes i° pour les temps qui avaient cette forme dans les déponents et les passifs

latins, 2° pour le futur. La formation du nouveau futur a eu pour conséquence la création d'un temps nouveau, dit conditionnel, et il est résulté d'autres temps nouveaux de la simple juxtaposition du participe passé et des différents temps de l'auxiliaire.

La création des formes composées n'entraîne pas en quelque sorte de plein droit la disparition des formes simples correspondantes, puisque le prétérit latin s'est conservé jusqu'à nos jours, bien que fort discrédité dans la langue courante, à côté du passé composé1, ce qui nous a permis de différencier, comme les Grecs, l'aoriste du parfait. Ont seulement disparu les temps simples qui pouvaient se confondre partiellement avec d'autres par suite de l'application des lois phonétiques. Ainsi la 3e personne du pluriel du plus-que-parfait cantarant avait donné le même mot « chantèrent » que le prétérit cantarant (§ 7, 6), « ouirent » correspond à la fois à aadirunt et à audirant ; aussi ne trouvet-on que de rares traces du plus-que-parfait simple, dans nos plus anciens textes, où il a d'ailleurs la valeur d'un prétérit (chantére = chanta). Le futur antérieur latin et le prétérit du subjonctif, à cette môme personne du pluriel, cantarint, devaient se confondre aussi avec le prétérit et le plus-que-parfait simple, et, à la 1 er personne, cantaro, cantarim, avec l'infinitif; ils ont complètement disparu, dès le début, devant les formes composées.

L'auxiliaire au passé simple ou composé a formé un temps nouveau, le passé antérieur: « quand j'eus fini» ou « quand j'ai eu fini ».

Notre futur, soudé dès nos plus anciens textes, se compose de l'infinitif préposé à l'indicatif présent de

1. En latin, la coexistence d'une forme déponente composée et d'une forme active ne se constate que pour quelques impersonnels : licuit et licitum est par exemple.

Page 1