‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 85 sur 127 · LES VERRES. § 191. I · texte numérisé non relu

LES VERRES. § 191. I

l'auxiliaire avoir (en apparence à la flexion seulement de cet auxiliaire pour les deux premières personnes du pluriel ') : je chanterai équivaut à « j'ai à chanter ». La création d'une forme composée pour le futur était particulièrement utile, car à certaines personnes le futur simple du latin devait se confondre phonétiquement avec le prétérit de l'indicatif, avec l'indicatif présent, avec le subjonctif présent : le futur cantabit devenait semblable au prétérit cantavit (§ 0,3), le futur scribes , scribet devait donner ta écris, il écrit, exactement comme l'indicatif présent scribis, scribit ; enfin, dès le latin, la première personne, scribam (français écrive), était à la fois un futur de l'indicatif et un subjonctif présent.

En créant la forme cantare-habet, la langue a été amenée à créer aussi la forme cantare-babebat , devenue « il chanterait ». Elle obtenait ainsi un temps nouveau, que le latin exprimait par des périphrases, le futur dans le passé; on se rendra compte de la signification propre de ce temps, signification qui n'a pas disparu devant la valeur modale dégagée ultérieurement, si l'on compare « je sais qu'il chantera » et « je savais qu'il chanterait ».

191. Tandis que l'imparfait de l'indicatif s'est maintenu, l'imparfait latin du subjonctif, à la première personne, cantarc(iu), se confondait avec l'infinitif cantare Q 76); à la 3e personne du pluriel, cantarent, il devait se confondre avec le prétérit, cantarunt, et avec le

1. *Portarc-habumus. portaraiiumus, où au est atone, s'est contracté en porterons (Voy. § 196, n. 1).

nouveau futur cantar(hab)emus ; cantar(hab)etis, aux deux autres personnes du pluriel cantaremus , cantaretis . Aussi a-t-il été remplacé, mais non pas par un temps composé, par un autre temps simple, le plus-queparfait du subjonctif, qui pouvait subir ce changement de valeur, étant lui-même remplaçable par un plus-queparfait composé.

Les impératifs futurs amato, scribito, audito, et les pluriels de l'impératif présent amate, scribïte, audite auraient donné aimé, écrit, ouï, exactement comme les participes passés. L'impératif futur, peu utile, a complètement disparu ; l'impératif présent est en réalité un futur (bien que le latin distinguât ces deux temps), puisqu'on ne peut ordonner qu'une action future. Le singulier de cet impératif s'est conservé ; le pluriel est aujourd'hui semblable à l'indicatif présent sauf dans aye%, s°yeZ) sachez, veuillez, voy. §§ 224 et suivants.

En joignant l'impératif de l'auxiliaire au participe passé, on obtient un temps nouveau que les grammaires appellent impératif passé, dénomination contradictoire dans ses termes puisqu'on ne peut pas commander dans le passé ; c'est en réalité un futur antérieur de l'impératif: « aie fini quand je reviendrai ».

Le supin — amatu(m), scriptuÇm), audita(m), — qui, sous ses deux formes, en um et en u, se serait confondu avec le participe passé, a disparu. Ce mode peut d'ailleurs être facilement remplacé par l'infinitif.

Le gérondif s'est maintenu, bien que beaucoup de grammaires semblent l'ignorer ; il s'est seulement confondu pour la forme avec le participe présent : cantando

Page 1