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Les désinences de l'infinitif latin étaient

-are, -ère, -ire , -ère

Les désinences françaises correspondantes sont très régulièrement: -er ] -eir puis -oir; -ir ; -re.

Esse, passe et velle, qui auraient produit es, pos et vel, avaient été refaits en *essere, *pote~re, *volêre.

I. En réalité, l'ô, l'ë et Yï de cantare, debere, audire, faisaient partie du radical latin, mais ils étaient sentis comme partie intégrante de la flexion. L'observation s'applique aux désinences des Autres temps.

193. Les verbes de la ire conjugaison dont le radical contenait une palatale avaient l'infinitif en -1er au lieu de -er (§ 25) : aidier, d'adiuiare, vengicr, de oindicare. Les verbes dontladésinence-ier était précédéed'unechuintante, comme vengier, ont perdu régulièrement Yi de la diphtongue iè (§ 26), et le changement de vengier en venger a entraîné celui à'aidier en aider, etc.

Cette conjugaison s'est augmentée des verbes puer (§ 194), secouer et tisser (§ ig5, 6), tousser substitué à toussir au xvie siècle, et de quelques autres, sans parler des nombreux verbes en -er de formation française.

194. Les verbes de la seconde conjugaison, en -ère, dont le radical contenait une palatale, devaient avoir l'infinitif en -ir (§ 25), au lieu de -oir: gésir, de jacere ; moisir, de mucere. Plusieurs de ces infinitifs ont été refaits par analogie : « nuisir » en nuire, « taisir » en taire, « plaisir » en plaire, mais nous avons conservé plaisir comme substantif, de même que loisir (licere), complètement disparu comme verbe.

Plusieurs autres verbes en -ère, exprimant un état ou une mise en état, étaient devenus des verbes en -ire : *putrire, pourrir ; *gaudire, jouir ;*implire, emplir ; *putire, puir (encore il put dans les Femmes Savantes), etc. Après ï'amuïssement du / de il put, et de Ye labial des formes telles que il sue, il tue, les verbes puir, suer, tuer, se ressemblaient dans tout l'indicatif présent, comme déjà à l'imparfait et au participe présent ; on a complété la resssemblance, d'où : puer, il pue.

On a tenir au lieu de « tenoir » (tenëre), d'après venir.

Plusieurs verbes en -ère étaient devenus des verbes en -ère dans le latin populaire: *ridëre, *mordëre, rire, mordre, et non rioir, mourdoir ; on a l'assimilation inverse pour choir (§ 195, a).

195. Les verbes en -ère étaient des proparoxytons, dont la dernière syllabe avait un accent secondaire (§ 3). D'ail-

INFINITIF. — § 195 b. 203

leurs, le r de la désinence formait avec la consonne finale du radical un groupe de consonnes qui appelait nécessairement une voyelle d'appui (§ 7, c, i°), sauf toutefois quand la consonne finale du radical était elle-même un r : les deux r de quaerere n'exigent pas plus une voyelle de soutien que ceux de carrum, char, et par conséquent le final de la vieille forme française querre ne peut s'expliquer que par l'accent secondaire du proparoxyton, si le verbe a gardé assez longtemps sa pénultième, ou par 1 analogie des nombreux verbes où -ère était précédé d'une autre consonne que r. Sur faire, dire, cuire, duire, voy. § 110, a. — L'analogie des inchoatifs en -ir explique beneïr sans e (cf. §6 bu).

a. — Plusieurs infinitifs en -re sont ultérieurement devenus des infinitifs en -ir, on a eu courir, quérir, au lieu de « courre, querre ». Quelques verbes avaient changé -ère en -ire dès le latin populaire: *tradire, trahir, *jodire, fouir, etc. * Fallire a produit Jalir (ultérieurement faillir, § 2o3, 6), à côté duquel on a de bonne heure faloir (écrit aujourd'hui falloir), correspondant à il faut au sens impersonnel, par analogie avec valoir (valëre) correspondant à il vaut.

Dès le latin populaire cadëre était devenu *cadëre, d'où choir ; sapëre : *sapëre, d'où savoir ; recipëre : *recipëre, d'où recevoir (à côté de reçoivre en vieux français). Cf. , à l'inverse, §194, les verbes en -ère transformés en verbes en -ère.

6. — Des deux verbes secourre, l'un, venant de succurrere a naturellement suivi le sort du simple courre (ci-dessus, a) ; l'autre, venant de succutere, et qui faisait régulièrement « nous secouons, vous secouez, ils secouent, secouant, je secouais, tu secouais, etc. », a été assimilé pour toutes ses formes, notamment pour l'infinitif, aux verbes louer, jouer (§ 212, note).

De même, le verbe texère, qui était devenu régulièrement Usire (ci-dessous, c) et dont les formes accentuées sur la

fa>4T, U\MII. Dl l'iiOM'lIuUï. 14

2o/| MORPHOLOGIE

flexion étaient lissons, tissant, tissait (d'abord teissons, etc.) est représenté aujourd'hui par l'infinitif refait lisser.

c. — La chute de la pénultième atone de -ère a amené le r au contact de la consonne finale du radical, et il a pu en résulter des groupes de consonnes offrant des difficultés spéciales de prononciation. Ainsi s'exquent le t et le d introduits dans naistre, conoistre, cousdre, mouldre (§ n4), t et d qu'on ne retrouve pas dans naissant (§ 102), cousant, moulant, tandis que le t et le d latins de mordre, perdre, répondre, vendre, mettre, se retrouvent dans toute la conjugaison de ces verbes1 ; on avait même des infinitifs en -bre (§ n 4)- Les infinitifs écrivre, boivre (avec le même radical que dans ils écrivent, ils boivent) ont été refaits par analogie avec dire, croire, etc.

Sur les infinitifs en -aindre, -eindre, -oindre, sur sourdre, et les anciens infinitifs veintre et tortre, devenus ultérieurement vaincre, tordre, voy. § 110, b. Sur résoudre, voy. § 1 i/i. La dentale précédant re de tordre et de sourdre n'a de raison phonétique qu'à l'infinitif et aux temps qui en dérivent, mais elle s'est propagée aux autres temps, par analogie avec les verbes tels que mordre, perdre, où elle appartient au radical latin; de

i. Le d de prendre, latin prcndere, aurait dû se maintenir aussi ; mais ce verbe a refait son radical, sauf au singulier de l'indicatif présent, sur celui de tenir, ten-. On a dit « nous prenons, ils prènent » par analogie avec nous tenons, ils tïenent ; ces verbes se ressemblaient à la ire personne de l'indicatif présent (§ 2o3, c). On a d'ailleurs conservé jusqu'au xvie siècle les deux formes : prendons et prenons.

FUTUR ET CONDITIONNEL. — § 196. 2o5

même pondre (ponere) a pris partout le radical pond au lieu de pon : pondant au lieu de ponant.

d. — H y a lieu de remarquer que, parmi les infinitifs à dentale intercalée dont nous venons de parler, naître, paître, connaître, paraître sont des formes inchoatives, semblables à ce qu'aurait été emplistre, emplître, au lieu de emplir, si les verbes latins qui ont constitué la conjugaison française inchoative avaient reçu aussi la forme inchoative à l'infinitif. Pour avoir le radical latin primitif de * nascere, pascere, noscere (d'abord gnoscere), * parescere, il faut défalquer la syllabe sce; c'est le radical non-inchoatif qu'on retrouve au prétérit et au participe passé, sauf dans le prétérit refait nasquit (§ 2/^2, Rem.).

e. — Dans les verbes en -re qui ont un double radical à l'indicatif présent (§ 206), c'est naturellement le radical tonique qu'on a à l'infinitif: boivre (plus tard boire, cidessus c) et non bevie.

Futur et conditionnel.

196. Nous avons vu (§ 190) comment se sont formés le futur et le conditionnel français. Le futur se termine par l'indicatif présent du verbe avoir (réduit à sa flexion pour les deux premières personnes du pluriel) et le conditionnel par les flexions de l'imparfait du verbe avoir, qui sont celles de tous les imparfaits '. Mais que devient l'infinitif dans ces formes composées? Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer:

1. Dans porlarabemns, portarabfttû et dans porlarabebam, etc., -"6- atone a du devenir au avant de disparaître, comme dans parabolare, paraulare, parler. Cf. § 190, seconde note

-are et -arabet (-are habet) -ëre et -erabet -ire et -irabet -ëre et -erabet

La voyelle è des infinitifs en -ère continue à être atone. Les voyelles a, è, i, qui donnent dans les infinitifs français les toniques é, oi, i, deviennent atones, la première doit être remplacée par un e labial (§ 7, a), et les deux autres doivent disparaître (§ 6). On obtient donc comme désinences françaises: i° -era1, 20 -ra avec effacement complet de oi ou i de l'infinitif.

a. — Naturellement, dans les verbes en -re, on retrouvera au futur les consonnes de transition t ou d que nous avons vu s'introduire entre la consonne finale du radical et le r de l'infinitif (§ io,5, <;): naître et naîtra, coudre et coudra, etc.

Dans les verbes en -oir et en -ir, il peut se faire qu'après la chute de la voyelle de l'infinitif le r du futur se trouve en contact avec une consonne finale de radical qui exige aussi l'intercalation d'une dentale : val-oir, val-ra, valdra (vaudra)2; ven-ir, ven-ra, vendra (puis viendra par analogie avec vient) ; vieux français eiss-ir (1. exire), eis-ra, eistra; fal-ir (faillir) ou fal-oir, fal-ra, faldra (faudra), voy. ci-dessous d. De ces futurs avec dentale intercalée, la langue peut tirer de nouveaux infinitifs en -re : d'après viendra, le peuple dit

1. En dehors des vers, Ye des désinences -era, -erait, etc., ne se prononce plus que lorsqu'il est précédé de deux consonnes (§ 58, III, 6) et aussi devant -rions, -riez alors même qu'il n'est précédé que d'une seule consonne (§ 58, III, d).

2. Les vieux verbes douloir, souloir, faisaient aussi doudra, soudra.

FUTUR ET CONDITIONNEL. - S 196 d. '20']

viendre au lieu de venir ; d'après faudra, on a dit faudre au lieu de faillir, etc. (le classique f ail ère aurait pu produire faudre).

b. — Les exemples qui précèdent nous montrent une consonne nouvelle, une dentale, s'introduisant au futur; en revanche, quand la consonne finale du radical latin, dans un verbe en -ère ou en -ire, était une dentale non appuyée comme dans aud-ire, vid-ere, cette consonne a disparu devant la tonique à l'infinitif et s'est assimilée au r du futur (§ 97, i°, c) ; de là : ve-oir (aujourd'hui voir) et ver-ra ; ou-ir et or-rai . De même le futur de asse-oir était asserra, celui de che-oir: cherra. On a conservé verra, mais pourverra est devenu pourvoira d'après l'infinitif, asserra a été refait en assiéra d'après il assiet (cf. ci-dessus vendra, de venir, refait en viendra), et en assoira d'après l'infinitif2.

c. — Il arrive que l'infinitif de nos verbes en -re, latin -ère, se retrouve intégralement au futur: prendre et prendra', conduire et conduira. Toutefois, dans les verbes en -ère dont la voyelle radicale était libre, cette voyelle devait souvent aboutir en français à deux sons différents à l'infinitif, où elle est tonique, et au futur, où elle est semi-tonique. Credere = croire ; credere habet = crerra, refait plus tard en croira d'après l'infinitif. Sur ces différences possibles entre le radical tonique et le radical semi-tonique, voyez notamment § 211.

d. — Quoiqu'atone au futur, Yi de l'infinitif des verbes inchoatifs y a été maintenu pour représenter en quelque sorte Pi de la syllabe inchoative qu'on fai-

1. Pour la différence des voyelles ou (dans ouïr) et 0 (dans orra), voy. § i4-

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