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Naissera peut aussi être une forme analogique

LES VOYELLES ATONES. § 7 C . Il

latin, peuvent difficilement se prononcer sans être suivis d'un son vocalique :

i° Ce sont d'abord les groupes terminés par une liquide, //-, pi, etc. , et quelques autres tels que mny lm, labiale -f- ye. La voyelle atone qui les suit en latin persiste en français sous la forme d'un e labial : duplo, double; somno, somme; *rubyo, rouge1. Cet e labial se maintient (toujours après l'accent, mais voy. ci-dessous Rem. Il), alors même que le groupe de consonnes s'est ultérieurement réduit : pâtre, pédre, père, c'est à l'époque moderne que Ye, dans ce cas, est tombé de la prononciation ; qu^drifurco, carrefour ; matric(u)lario, madreglier, marreglier, marguelier, enfin marguillier, par une transformation expliquée § 3o,exc.

Remarque I. — Si Ye d'appui est suivi d'une consonne mouillée, ce qui ne se produit qu'avant l'accent, il peut devenir ei, puis oi : *domnic- ella, dameiselle, demoiselle- : *auctorizare, auctridyare, otreyer, otroyer, devenu octroyer sous une influence savante.

Remarque H. — L'e provenant d'une atone avant Vaccent peut disparaître ultérieurement: *petrosilio, perresil, persil ; latrocyinio, larrecin (on attendrait larroisin, ci-dessus e, i°, Rem. I), larcin, à moins que larcin ne soit la forme primitive, d'après $ 97, i°, c. On remarquera que dans ces exemples l'atone est après r, cf. ci-dessus a, 3°.

De même le proclitique saper a produit soure, sour, sur

1 II \ a eu suppression, par contraction, de cet c labial de van I s, clans les proclitiques nostros, vostros, nostres, vostres, devenus noz, voz, puis nos, vos, cf. ci-dessus a, 4°.

2. On rencontre aussi dancelle (§ 43), doncelle, qui remontent à *domicella (donzelU vient du provençal). La double prononciation dominircUa. domicclla est analogue à celle que l'on constate pour * seior à côte de senior, ci-dessous 2°.

CIl'l'M \U\lll L.I NIOM'riQUE. 2

1 2 PHONETIQUE

(§§ 19, c, et 107). Dame, proclitique masculin (§ £7), s'abrégeait en dam.

20 Dans un mot tel que maior, il est résulté de la chute de l'atone un groupe de consonnes, y -\- r, qui appelle une voyelle d'appui, d'où la forme française maire, où Ye final est une voyelle nouvelle, mais rendue nécessaire par la chute de l'atone. De même peior, pire, § 3i, et par analogie *seior (pour senior), sire, à côté de la forme sendre (de senior, conformément à § 11 4), qu'on rencontre dans les Serments de Strasbourg.

Mais dans les proparoxytons tels que aère, varlo, corio, dormitorlo, Yl ou ë pénultième transformé en ye s'est joint de bonne heure à la voyelle tonique en formant diphtongue avec elle, si bien qu'au moment de la chute de l'atone finale, il n'y avait plus de groupes de consonnes, et il n'y a pas de voyelle finale dans les mots français air, vair, cuir, dortoir1. Les mots *dotario, sudario, imperio, eboreo, empruntés très anciennement, mais alors que les précédents avaient déjà évolué, ont été traités différemment et se terminent par un e labial comme maire et pire : douaire, suaire, empire, ivoire. Sur le suffixe -ier, voyr §§ 3o et 3i .

d. — La voyelle tonique d'un mot peut protéger la même voyelle devenue atone dans un dérivé. Si l'on rapproche le vieux français dolor de l'adjectif dérivé doloros, on constate que Yo tonique du substantif latin

1. Les noms masculins en -oire, comme réfectoire, sont des mots savants.

LES VOYELLES ATONES. § 7 £. l3

ctalore, se trouve maintenu dans doloros (le latin *doloroso, laissé à lui-même, aurait produit doldros , doudreus , § ii 4). Cette voyelle atone conservée est alors traitée comme une semi-tonique, de là douhuveus, à côté de douleur ; ultérieurement, le primitif a pu encore réagir sur le dérivé, ou inversement : chalourens est devenu chalaireus sous l'influence de chaleur ; sur amour et amoureux, voy. § 23, a, exe.

Une voyelle atone peut aussi être protégée par ce fait qu'on l'entendait prononcer à l'église dans la forme toute latine du mot ; c'est ainsi que le second i de chrïsiïano s'est maintenu dans le vieux français cresti-ien, aujourd'hui prononcé crétien en deux syllabes1.

e. — Nous avons vu (§ 2, Rem. et ci-dessus, b) que Ye et 1'/ atones en hiatus se consonnifient enye, et alors, tout en disparaissant comme voyelle formant syllabe, ces atones peuvent se conserver dans une certaine mesure en mouillant un / ou un n (§§ 79 et 84), ou en formant diphtongue avec une voyelle maintenue (§§ i!\ et suiv.). Le ye peut même se dédoubler en quelque sorte et agir à la fois sur une voyelle qui précède et sur une voyelle qui suit : la voyelle i du latin medietate est représentée par les deux i semi-voyelles du français moitié (^ 35), où la diphtongue oi s'est prononcée 0 -\- y.

Uic ou 0 atone en hiatus ou devenu en hiatus peut

1 . Mais le premier 7 a subi son changement normal, — jj i5. 11, — bien que le latin d'église Chrislus ait maintenu cet i dans .Irsus-Christ, $ 161, 6, et à plus forte raison dans « le Christ », mot tout savant.

l!\ PHONÉTIQUE

aussi se joindre comme semi-voyelle à la voyelle qui précède ; ainsi s'explique le mot dieu, latin deuQn), prononcé jadis diew, § 39.

Le groupe de voyelles atones ui peut, dans les mêmes conditions, se transporter tout entier dans la syllabe tonique : placui, après la chute du c, est devenu plaui, d'où ploi, ire personne du prétérit du verbe plaire en vieux français ( § 39).

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