‹ Manuel de phonétique et de morphologie historique du francaisChapitre 94 sur 127 · LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE PERSONNE DU SINGULIER

202. A la ire personne du singulier, aucune conjugaison n'a d'# dans sa flexion atone, si bien que la flexion tombe partout : je chant, comme je pert (§ 2o£, a) de perdre. Sur la chute du c de dico, conduco, vieux fr. je di, je condu, voy. § 222, b.

On a un e final quand le verbe, quelle que soit sa conjugaison, a son radical terminé par un groupe de consonnes appelant une voyelle d'appui : je livre comme Coffre. Dans les autres verbes, la ire personne a pris ultérieurement un e pour la première conjugaison par analogie avec la seconde et la troisième personnes, et a pris un s pour les autres conjugaisons par analogie avec un certain nombre de verbes dont le radical se terminait régulièrement par cette consonne (et avec les verbes de la conjugaison inchoative). Nous trouverons aussi un s analogique à la première personne de plusieurs autres temps.

203. a. — Dans les verbes latins dont la ire personne est en ~eo ou -io, Ve ou i en hiatus, qui produit régulièrement un ye, peut amener certaines modifications du radi-

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cal à cette personne. On retrouve le ye dans y ai ' (*aio pour habeo, §92, 6) à côté de tu as, il a (§§ 17, et 1 Z47 , d),dans je sai à côté de tu ses, il sét (quand la diphtongue ai a été prononcée comme è, on a uniformisé l'orthographe, et nous écrivons ai dans ces trois personnes du verbe savoir) ; *morio a donné je muir, à côté de tu meurs, il meurt ; *possio ou* poteo: je puis, à côté de tupeus (potes), il peut;audio a donné j'oj, à côté de tu os, il ot, du verbe ouïr. Sëdeo a dû donner je si (cf. mi, de mëdio), refait en je sié d'après tu siés, il siêt (§ 209, c) ; d'autre part, malgré l'absence d'exemples au moyen âge, il semble qu'on ait refait tout le temps d'après la ire personne en i; Thomas Corneille conjuguait au présent de l'indicatif : je m'assis, tu t'assis, etc., Cf. les formes du subjonctif, § 220.

b. — Le ye après / a mouillé cette consonne : bullio, je bouil; valeo, je vail ; salio, je sail. Dans le latin populaire plusieurs verbes avaient -10 à la ire personne au lieu de -0 classique: *voieo, je veuil, *fallio, je fait ; *collio1, je cueil ; *solio pour soluo, je soil, seuil. Le / mouillé de ces formes s'est introduit dans les infinitifs en -ir « bouillir, saillir, faillir », au lieu de boulir, salir, jalir (comp. faloir) et dans tous les autres temps et personnes de ces trois verbes 2 sauf à la 2e et 3e personnes de l'indicatif présent.

On conjuguait:

je bouil, tu bous, il bout je cueil, tu queus, il queut

j'assoil, tu assous (absous), il assout je défail, tu défaus, il défaut je veuil, tu veus 3, il veut je tressail, tu tressaus, il tressaut

je vail, tu vaus3, il vaut j'assail, tu assaus, il assaut.

Ces formes correspondaient à des futurs en -dra (§ 196, d).

1. Ou mieux *colio, pour expliquer la diphtongaison de la voyelle tonique. Le g de colligo était régulièrement tombé (§ 95 , 3°).

2. Pour bouillir et saillir on avait régulièrement / mouillé à l'imparfait, au subjonctif présent et au participe présent.

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