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Sur l'.r de veux, vaux, voy. § 182, note

l'indicatif présent. — sj 204. 2l5

Je bouil, je vail, y assoit, je ueail1 ont été refaits d'après les deux autres personnes. Je tressall, agrémenté d'un e final, — comme je conseil, je travail, delà ire conjugaison, sont devenus je conseille, je travaille, — a engendré tu tressailles, il tressaille. On a refait aussi l'indicatif présent des autres verbes, — par exemple il défaille, — bien que les formes refaites soient parfois suspectes aux puristes, qui n'oseraient pourtant pas dire : il défaut, il assaut.

c. — Leye de la désinence -eo, -io, avait mouillé n comme /, et on a dit « je vieign, je tieign ». Dans le verbe donare, donner, une forme *donio a produit doign, et, avec s analogique, doins, forme très ancienne. *Prendio, de prendere^ a produit preign (cf. Burgundia, § [Oi).

Le même ye, précédé de t appuyé ou de c (§ ioo) a produit ls (écrit z), puis s; * cumin(j)lio (de cum-initiare) a donné commenz, changé en commence d'après tu commences ; sentio a donné je senz, je sens ; facio : je faz (devenu je fais d'après tu fais) ; on a dû avoir aussi je plaz, de plaire, je taz, de taire, je noz, de nuisir (nuire).

Le ye, précédé d'une labiale ou de d appuyé, aurait dû produire une désinence en -die ou -ge ; mais cette désinence ne se rencontre qu'au subjonctif présent. A l'indicatif, dès les textes les plus anciens, on a des formes analogiques. Quant à la forme sache dans « je ne sache pas que », elle est toujours accompagnée de la négation, ce qui en marque l'origine ; elle est tirée de la locution « que je sache » employée après une proposition négative, et où sache est un subjonctif : « il n'est pas venu, que je sache » a engendré « je ne sache pas qu'il soit venu ».

204. a. — Conformément à la loi phonétique du § 137, la consonne finale du radical, quand c'était une sonore, s'est changée en la sourde correspondante au moment de

1. Ia.^ \icu\ verbes douloir, souloir faisaient aussi: je deuli (doleo), tu deus, il deul ; je seuil (soleo), tu sens, il seul.

la chute de Yo atone qui suivait : * commando est devenu je commant, en attendant la forme assimilée je commande ; vendo est devenu je vent, en attendant la forme assimilée je vens (nous écrivons je vends, § 201) ; levo a donné je lie/, devenu liève d'après tu lièves, etc. Cf. § 209, c.

b. — D'après les lois phonétiques (§§ 39-/4 1), Yo atone aurait dû, dans certains cas, se joindre comme semi-voyelle à la voyelle du radical (prèco, prieu, comme grëco, grieu), mais dès les plus anciens textes on trouve habituellement dans ce cas des formes analogiques.

c. — Les premières personnes les plus extraordinaires sont : je trais, de trouver; je pruis, de prouver; jeruis, du vieux verbe rouver (rogare) ; je vois, plus tard je vais (§ i4), latin vado1, à côté de tu vas2, il va (§ 17). Pour prbbo et les verbes analogues on attendrait je prueu, et pour vado ? devenu vao (cf. vadunt devenu vaunt, § 200) : je vo. Le je H- s ajouté à ces formes peut provenir d'une analogie avec je puis (avec conois pour vois), analogie qui se comprend bien pour les verbes tels que prouver, qui, comme pouvoir, ont eu à la seconde et à la troisième personnes : je pruis est à tu preuves ce que je puis est à tu peus. Le v de rouver provient aussi d'une analogie (avec prouver).

Sur je suis, du verbe être et du verbe suivre, voy. § 4o.

Sur l'indicatif présent des verbes lire, sourdre, essuyer, conduire, voy. § 222.

1. Sto (de stare, v. fr. ester, se tenir debout, demeurer) a subi Tinfluence analogique de vado, qui exprime l'idée contraire ; de là j'estois, tu estas, il esta. Stas devait donner estes (a tonique libre), comme es : iés (§ 201).

2. Le peuple dit Je vas par analogie avec tu vas, comme nous disons je peux (aussi bien que je puis) par analogie avec tu peux. Au xviie siècle, toute la Cour disait je vas.

l'indicatif présent. — § 205. 217

les désinences inchoatives.

205. Avant de passer à l'étude de la conjugaison de l'indicatif présent à double radical, il nous reste à voir les formes inchoatives de ce temps. La syllabe inchoative -isc- avait Yi long en latin vulgaire, et cet i portait l'accent à toutes les personnes: implisco, impliscis, impliscit, impliscimus, impliscitis, impliscunt; mais la première et la seconde personnes du pluriel ont été refaites par analogie, d'où : nous emplissons, vous emplisse^ au lieu de : nous emplismes, vous emplistes.

L'î de la syllabe inchoative -isc- se maintient naturellement partout (même lorsqu'il est atone, par exemple au participe présent, puisqu'il est entravé). Le c, qui est appuyé par s, doit, devant e ou /, à la 2e et à la 3e personne (et aussi à l'imparfait et au participe présent), se fondre avec s qui précède (§ 102), et aussi avec s de flexion à la 2e personne : -iscis donne -*j, et -iscit: -ist puis -4t. Le même c, à la ire personne du singulier et à la 3e du pluriel, se trouvant entre s et une voyelle labiale, doit subir une meta thèse (§ 102), — isco > icso, — il devient ainsi appuyant et produit un ye qui se fond avec i'î tonique ', ona dès lors -is, écrit -iss devant voyelle: 3e personne du pluriel, -issent.

En résumé, la syllabe inchoative se réduit à i (après la chute de s appuyant) à la 3e personne du singulier ; ailleurs c'est £y, écrit iss devant voyelle. A la irc personne du singulier s final appartient à la syllabe

I. Devant un a. au subjonctif, le m£me e doit produire une chuintante : impliscam ]> emplûche, refait de bonne heure sur le radical ordinaire devant voyelle : cmpliss-.

2l8 MORPHOLOGIE

inchoative ; à la 2e personne il y a fusion des deux s, de la syllabe inchoative et de la flexion.

206. Certains verbes ont un radical spécial, dit tonique, aux personnes de l'indicatif présent (et du subjonctif présent) accentuées sur le radical : singulier et troisième personne du pluriel.

Dans une première catégorie d'exemples (radical latin avec la seconde syllabe longue), la voyelle qui est tonique au singulier a disparu complètement aux deux premières personnes du pluriel et dans toutes les formes du verbe accentuées sur la flexion, et le radical tonique a une syllabe de plus que l'autre : aiu- et aidpour aider ) § 207.

Mais les deux radicaux peuvent n'avoir qu'une syllabe, la voyelle radicale se trouvant seulement sous deux formes différentes dans l'un et l'autre : meuv- et mouv- pour mouvoir. Toutes les fois que la voyelle radicale du latin (autre que i ou u) était libre, ou quand c'était un è ou un b entravés par palatale (§§ 210 et 21 3), cette voyelle devait avoir un sort différent suivant qu'elle était tonique, au singulier et à la 3e personne du pluriel, ou semi- tonique, aux deux premières personnes du pluriel1.

1. On peut encore avoir deux radicaux quand la voyelle radicale e était entravée par une consonne double ; la consonne s'étant dédoublée, Ve semi-tonique a pu se labialiser : il appelé, nous appelons ; décolleter à côté de décolleté. Pour certains verbes, il y a tendance populaire à refaire le radical tonique sur le radical semi-

i>l .^ 11A.D1CAUI ALTERNÉS. § 208. 12 1 (J

Radical latin avec la seconde syllabe longue.

207. Les verbes qui avaient un radical de deux syllabes dont la seconde était longue, comme adiût^are), se troussaient dans des conditions phonétiques toutes spéciales : la seconde syllabe longue devait se maintenir comme tonique au singulier et à la 3e personne du pluriel de l'indicatif présent (et aux mômes personnes du subjonctif présent) : ï'aiu (adiùto), tu aiues (adiûlas), il aiue(adiûtat)< il aiuent (adiûlant). La voyelle u devait au contraire disparaître comme atone1 dans toutes les autres formes du verbe : nous aidons (adiutamus), vous aidiez (adiutatis), aidier (adiutare), etc.

208. Le verbe manducare présentait la môme particularité, d'où un radical tonique manda- et un radical semitonique manj-. Toutefois, dès les textes les plus anciens, le radical tonique a subi partiellement l'analogie du radical semi-tonique, et on dit : je manja. * Paraalare (*parabolare) avait aussi donné les deux radicaux paroi- et pari-. De même pour *disjunare (*disjejunare) : desjun- et disn-2. On conjuguait donc :

tonique: elle se décolle. Sur l'alternance de en et de e dans le verbe prendre, voy. § ig5, c, note. Quant à l'alternance absoutnbsolvons (au lieu de absouvons), elle est due à une reformation savante ; à coté do il assout. (devenu il absout par réaction savante), le vieux français employait les formes assoirions, assoiriez, qui s'expliquent par l'analogie du verbe moudre.

i. Elle était atone, quoique placée dans la première syllabe du mot après le préfixe, parce qu'on avait perdu le sentiment de la composition de ce verbe (s, ',).

2. L'i du radical semi-tonique e^t du à l'action de Vi consonne du latin, qui ne produit de chuintante qu'appuyé entre s et la voyelle radicale maintenue. Cet /consonne resté je devait agir sur la voyelle précédente (on attendrait plutôt ei, oi. que /) et mouiller h (on trouve en effet la forme diqner).

nu. — m \- ui i ni: i'iiom'i iqi 1')

je manju

paroi

des j un

tu manju.es

paroles

desjunes

il manjue

parole

desjune

nous manjons

parlons

disnons

vous manjiez

parlez

disnez

il manjuent

parolent

desjunent

Le radical semi-tonique a entièrement provalu pour manger et parler, comme pour aider. Avec desjune- disner on a fait deux verbes distincts se rapportant à deux repas différents de la journée ; mais desjuner a été rendu plus semblable à jeûner, jeûner, qui vient de jejunare.

Radical avec a libre (et ë libre).

209. a. — Libre, l'a semi-tonique persiste, l'a tonique devient é ou è (§§ 17, 21):

marino, marin mare, mer

De même : apparere, apparoir apparet, il appert *sapëre, savoir sapit, il set.

Sur l'orthographe il sait, voy. § ao3, a. On conjuguait régulièrement : tu ses, il sét, nous savons, vous savez, il sévent. La 3e personne du pluriel a été refaite sur les deux voisines.

b. — Libre devant nasale, l'a semi-tonique persiste, l'a tonique devient ai (§§ 46, 48) :

panano, panier pane, pain

*lanario, lanier lana, laine

De même: clamamus, clamons clamo, je claim

clamât, il claime amamus, amons amat, il aime.

Le radical atone d'amer s'est conservé dans le substanti tiré du vieux participe présent amant. Mais le radical toni-

que s est substitué partout dans le verbe au radical atone. On a conjugué d'abord : j'ai/n, tu aimes, il aime, nous amons, vous amez, il aiment.

c. — L'a libre après palatale (§ 25) et l'é libre (§ 21) deviennent ié ou iè quand ils sont toniques, e labial quand ils sont semi-toniques (£§ 28, 18) :

capreolo, chevreuil capra,chièvre, chèvre

*leporitta, levrette lëpore, lièvre

De même : *accapamus, achevons *accapat, achiève, achève

*cadëre, cheoir cadit, chiét, chet

sedere, seoir sëdet, siét

levamus, levons levât, liève, lève

tenemus, tenons tënet, tient1.

On conjuguait :

\ j'achief, tu achièvcs, il achiève,

( nous achevons, vous achevez, il achièvent je chié, tu chiés, il chiét, nous cheons, vous cheez, il chiéent

( (je jiét, tu jiètes, il jiète) 2,

( nous jetons, vous jetez, (il jiétent)

\ je sié, tu siés, il siet,

( nous seons, vous seez, il siéent

[ je lief, tu lièves, il liève,

/ nous levons, vous levez, il lièvent3.

\près les chuintantes (ch, f), ié a perdu l'i, § 26 : il échet% il jète, il achève ; on a dit aussi par analogie « il

1 . On a dit aussi : je criem (tremo), nous cremons ; je giem (gemo), nous gemons ; je priem (premo), nous prenions. Cf. § 1 il\.

2. Ces formes ont été faites sur jetons, jetez, jeter (*jettare) par analogie avec lieve à côté de lever, etc.

3. Dans jaeet, jacere, l'a se trouve entre deux palatales, d*où l'nlternanre i-i de « il gist, gésir ».

\. Cf. le substantif verbal d<- déchoir, déchet.

MOUPHOLOG1E

lève » au lieu de il liève (cf. § 2G), et cesL ainsi que l'allernance e-c s'est substituée dans ces verbes à l'alternance e-iè. — Aquerir (il aquiert) est devenu acquérir (avec é) sous une influence savante.

D'autre part : i° asseons, asseez sont devenus, par intercalation d'un ye (§ l\i, 6), asseyons, asseyez (ces formes se sont naturellement produites aussi dans les autres cas où on avait le radical semi-tonique : asseyait, asseyant), de telle sorte qu'on a eu l'alternance ey-iè ; 20 après que Ye du radical atone a eu disparu par élision devant la flexion -oir de l'infinitif (seoir, soir; cheoir, choir), la diphtongue de cette flexion s'est substituée à e et à iè des anciens radicaux ; on a dit : il échoit (à côté de il échet), il déchoit, vous déchoyez, d'après échoir, déchoir ; il s'assoit, il sursoit, nous nous assoyons, d'après assoir, sursoir1. Un changement semblable s'est produit pour le verbe voir (§ 21 1), d'autant plus facilement que ce verbe avait oi dans son radical tonique et dans tout le présent du subjonctif (§ 22 1 , a). Plusieurs formes peuvent coexister pour la même personne : il s'assiét (§ 201) ou il s'assoit, nous nous asseyons et nous nous assoyons.

Radical avec è (e) suivi de palatale.

210. L'è ouvert suivi d'une palatale devient i quand il est tonique, et ei, puis oi, quand il est semi-tonique (§§ 3 r 32):

medietate, moitié mëdio, mi

De même : *pretiamus, proisons *prëtiat, il prise

*precamus, proyons *prëcat, il prie

( necamus, 1 [ nëcat, ) .,

[ noyons „ [ il nie

/ negamus, ) J ( negat, )

*exuta, oissue ëxit, il ist.

1. On avait aussi, niait» régulièrement, oi au radical semi-tonique du présent du subjonctif: sedeatis doit donner seyez, soyez (§ 3a).

Le radical tonique l'a emporté pour proyer, proisier, et noyer au sens de negare ; le radical semi-tonique pour noyer au sens de nacare1. — Ployer, qui avait régulièrement oi partout (plïcare), s'est dédoublé par analogie en ployer et p lier.

Radical avec é libre (ë, ï).

211. Libre, l'é Terme semi-tonique devient e labial, lé tonique devient ei, puis oi (§§ 18, 22) :

me laudat, il me loue ; vcnit ad më, il vient à moi

De même : debemus, devons débet, doit

videmus, veons vïdet, voit

pe(n)samus, pesons pë(n)sat, poise

minamus, menons minât, moine -

credebat, creoit crédit, croit

bibente, bevant bïbit, boit

speramus, espérons3 spërat, espoire (d'où espoir)

\ l'inverse de ce qui se passe pour l'è ouvert suivi de palatale, ici la dipbtongue oi appartient au radical tonique. — On a conjugué :

\ je voi, tu vois, il voit,

/ nous veons, vous veez, il voient '

\ je pois, tu poises, il poise,

( nous pesons, vous pesez, il poisent

^ je moin, tu moines, il moine,

( nous menons, vous menez, il moinent

1. Cf. $ Zi. Les deux verbes noyer (necare et negare) ne pouvaient différer <(u'au présent du subjonctif, voy. § 222, c.

2. Comme, ici, 11 tonique est suivi d'une nasale, moine est généralement considéré comme une forme dialectale, au lieu de même (voy. § ig, 6).

3. On prononce aujourd'hui espérons, avec é, et en faisant entendre l'.s. sous une influence savante.

!\. Cf. § 200, c.

( je croi, tu crois, il croit,

( nous créons, vous créez, il croient

\ je boif, tu bois, il boit,

( nous bevons, vous bevez, il boivent.

Nous avons imprimé en italiques les formes qui contiennent le radical disparu ou transformé. — L'alternance s'est maintenue telle quelle dans le verbe devoir. Sur veons, changé en voyons, cf. § 209, c. Dans l'ancienne prononciation il pwèse, il mivène, la labiale initiale a contribué au changement de wè en è (qui s'est produit, comme on sait, dans un certain nombre d'autres mots), d'où il pèse*, il mène, ce qui assimile ces verbes à lever, lève, cf. § 209, c.

L'e labial de bevons, entre les deux consonnes labiales, est devenu u (cf. § 18, exe), d'où résulte pour ce seul verbe l'alternance u-oi.

Radical avec 0 libre (0, 0, û).

212. L'o tonique libre devient eu (d'abord ou pour 6 fermé, ue pour à ouvert), Yo semi-tonique devient ou (§§ 19-23):

mola, meule *prodis, preus novo, neuf plorat, il pleure *demorat, il demeure opérât, il euvre nodat, il neue votât, il veue locat, il leue jocat, il jeue probat, il preuve *tropat, il treuve solet, il seut dolet, il deut

molino, moulin *prode (procl.), prou novello, nouveau De même: ploramus, plourons

*demoramus, demourons opéra mu s, ouvrons nodamus, nouons votamus, vouons locamus, louons jocamus, jouons probamus, prouvons *tropamus, trouvons solemus, soûlons dolemus, douions

Cf.

22, exe.

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