LES FLEXIONS DU SINGULIER
215. Les voyelles atones tombant régulièrement, i l'exception de Va qui devient e, aux trois personnes du singulier, on voit que les quatre conjugaisons se réduisent ici encore à deux. Pour les verbes appartenant à la première conjugaison latine, on a : pas de flexion à la ire personne, s et t aux deux autres personnes. Dans tous les autres verbes (y compris les inchoatifs, § 2o5), on a les flexions e, es, e, le t non appuyé de la 3e personne tombant régulièrement au xie siècle.
Ainsi, tandis que la première conjugaison est caractérisée par les flexions avec e au présent de l'indicatif, (§ 201), elle est caractérisée par les flexions sans e au présent du subjonctif1 (sauf toujours pour les verbes dont le radical se termine par un groupe de consonnes appelant une voyelle d'appui). Mais au subjonctif cette
i. Dès lors, c'est à la première conjugaison que s'appliquent, pour le subjonctif, les particularités signalées pour l'indicatif des autres conjugaisons § 201 (voy. aussi la remarque générale du § 204, a). Le subjonctif présent de lever était : que je lief, que tu liés, qu'il liét, etc.
Il: SUBJONCTIF PRÉSENT. ^216. 2 2 "J
différence a disparu, la première conjugaison a pris un e analogique, tout d'abord aux deux premières personnes, et tous les verbes sont aujourd'hui semblables, au singulier du subjonctif présent.
De l'époque où l'on conjuguait le subjonctif du verbe garder « que je gart, que tu gars, qu'il gart », il est resté pendant longtemps dans la langue la locution « Dieu vous gart ! », où on écrivait gard, avec ou sans apostrophe finale. Sur Dieu doint, voy. le paragraphe suivant.
Remarque. Quand le radical d'un verbe appartenant à la première conjugaison latine se terminait par /, ce / se vocalisait devant les flexions s et t : que ]apel, que tu apeaus, qu'il apeaut; que je bail (de bailler), que tu baus, qu'il haut ; que je conseil, que tu conseus, qu'il conseut ; que je paroi, qu'il parout; que je travail, qu'il travaut. Cf. § 201. Sur « qu'il aut », à1 aller, voy. § 216.
216. Vu subjonctif du verbe * essere, le latin populaire avait remplacé sim, sis, sit, par les formes analogiques * sia(m), *sias, *siat; toutefois, la 3e personne, sit, plus employée que les deux autres, a mieux résisté, de telle sorte que les formes françaises définitives viennent desiam, sias, sit : que je seie (plus tard soie et tardivement sois), que tu ■<eics (soies, sois), qu'il seit (soit). De même, * possia(m), *possias: puisse, puisses; pnist, qu'on rencontre, est un compromis entre post (possit) et puisse (*possiat).
\u subjonctif liabeam, habeas, habeat (* aiam, etc., cf. § ao3, a) devaient correspondre les formes françaises aie, aies, au-. Mais seie, scies, seit, a entraîné aie, aies, ait (et de même, dans la flexion de l'imparfait et du conditionnel, -eie, -eies, -eit). Le subjonctif analogique de donner, sous la forme doigne ou sous la forme doinse (^ 221), avait aussi une troisième personne sans e : doint et dointt ; encore dans La Fontaine: « à tous époux Dieu doint pareille joie ! » — Sur Dieugard, voy. le paragraphe précédent.
« Que y aille », formé sur le radical d'aller avec une mouillure semblable, à celle du subjonctif de valoir, a de même pour 3°' personne : « qu'il aat », et « que je voise » (§ 221) : « qu'il voist ».