AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
Les temps ne sont plus où l'on avait besoin de recommander Tétude de la physMogie. Jadis ià n'avait peut-être pas tout à lait tort de la regarder comme le roman des sciences naturelles, et de n'y attacher qu'un assez faible intérêt; car die manquait réellement de base, les faits n'étant ni assez nombreux, ni observés aTec assez de soiki pour qu'on pût en déduire des lois générales présentant un canctère, sinon de certitude, au moins de grande probabilité. Aujourd'hui tout le monde s'accorde à voir en elle une des branches les plus importantes de la médediie, de l'histoire générale et de la philosophie. C'est qu'en effet, si elle n'a pas dévoilé tous les mystères dont la nature s'est entourée dans la création et les fonctions des êtres organisés, du moins a-t-elle fait mieux connaître les phénomènes de la vie, en appliquant les procédés de la méthode expérimentale à l'observation des corps vivants, en profitant avec habileté des secours que mettent à sa disposîtioD, d'un côté, la pathologie, qui n'en est, à vrai dire, qu'une branche, de Tantre b physique, la chimie, et surtout la microscopie, dont les développements ont été si grands et si rapides dans ces derniers temps.
La France a produit des hommes qui ont rendu d'éminents services à la phy- Bologie. Loin de nous, assurément, la pensée de contester le mérite des ouvrages qoi ont été publiés, dans notre pays, à diverses époques, depuis Bichat; mais nous H'ea demeurons pas moins convaincu, et d'ailleurs c'est là l'opinion générale, qa'aocun ne peut être mis en parallèle avec ceux que l'Allemagne oBre pour guides an élèves di^minés dans ses nombreuses universités.
An premier rang se place l'ouvrage que J. iMûller a publié sous le titre trop
modeste de Manuel; car, si les élèves y puisent une instruction solide, plus d'im
maître aussi pourra y trouver des sujets de méditation, des indices propres à le
mettre sur la trace d'investigations qui ne se fussent peut-être pas pr^ntées k
son esprit. Cet ouvrage, qui compte aujourd'hui quatre éditions, doit son immente
nccès, moins à la haute position scientifique de l'auteur qu'à ce que celui-ci, tout
en se renfermant dans un cadre assez resserré, a su y faire entrer, non seulement
les vérités de tous les temps et de tous les pays, la plupart vérifiées et confirmées
Jttr ses propres recherches et ses propres expériences, mais encore une foule de
tuls nombreux, tels qu'on devait en attendre d'un des hommes qui ont le plds
contribué de nos jours aux progrès positifs de l'anatomic, de la physiologie et de
la zoologie comparées. Personne n'ignore, en effet, que J. Mûller a fait des
recherches sur la structure des glandes, la composition du sang et la formation de
la couenne inflammatoire ; qu'il a étudié avec assiduité la structure et les fonctions
des diverses parties du hvstème nerveux ; qu'on lui doit d'ingénieuses expériencc!i I ' h*
XXVI AVERTiSSEM£IfT DU TRAOUCTEUIL
sur la vision, la voix et Faudition; qu'il a enrichi la science d'importants trannx sur l'aoBlomie et la physiologie des myxinoîdes et des plagiostomes, et que, dans tous ces sujets, si divers, si variés, il s'est montré à la foisérudit, expérioientateor habile, grand observateur, et logiden sévère.
En faisant passer ce remarquable ouvrage dans notre langue, il n*était pas possible de se réduire au simple rôle de traducteur; car la dernière édition allemande n'ayant été publiée que par parties et à des époques différentes, l'auteur n'avait pu proGter partout des progrès incessants de la science, dont l'émulation de tant d'hommes laborieux, dans tous les pays, tend, pour ainsi dire, chaque jour à changer la face. Il était donc indispensable d'ajouter des notes pour signaler les faits, ou nouveaux, ou modifiés, ou rectifiés.
Pour remplir cette tâche pénible, le traducteur a puisé largement, non seule* ment dans les Archives de physiologie de MûUer lui-même, dans le Répertoire de Yalentin, et dans les principaux ouvrages allemands, anglais et italiens, dont il s'était entouré, et dont il avait fait pour cela une lecture attentive et des extraits substantiels. Il s'est surtout attaché à signaler les travaux récents de nos compa* triotes. Becquerel, Cl. Bernard, Blondlot, Boulsson,Bou8»nganlt, Brierrede Boismont, Ghossat, Diday, Donné, Flonrens, Gandichaud, Lacauchie, Lebert, Letel* lier, Longet, Payen, Pétrequin, etc., etc., que MQller n'avait pu faire entrer dans son cadre, soit parce qu'ils lui étaient demeurés inconnus, soit parce qn^ib n'ont paru que depuis la publication du Manuel.
Il a semblé nécrâaire aussi de joindre au chapitre sur la vdx un Mémoire que Mûller avait publié séparément, avec quatre planches gravées. Cette importante addition jette un grand jour sur une des questions les plus obscures de la physio^ logie.
Enfin, aux quelques pbnches que l'auteur avait intercalées dans le textA, et qui d'ailleurs n'ont tifait qu'à la vision, à l'audition et à la génération, le traducteur té a ajouté un grand nombre [d'autres , qui lui ont paru propres, soit i rendre les démonstrations plus claires, soit à aider la mémoire, et à liii épargner des eflbrts toujours pénibles lorsqu'il s'agit de descriptions complexes. Les planches nouvelles, à l'exception de quelques unes, ont été copiées sur les originaux eux-mêmes, ce qui est une garantie de leur exactitude.
Ces améliorations ne pourront manquer de contribuer li faire mieux accueillir encore en France le Manuel de physiologie de MQller, déjà si incontestablement utile par lui-même ; et il n'est pas douteux que ce livre, dans lequel les élèves trouveront le meilleur guide qu'ils puissent choisir, n'obtienne chex nous, comme en Allemagne et en Angleterre, un bon et Intime succès.
Paris, juillet 18(i5.