‹ Manuel de physiologie v.2Chapitre 9 sur 185 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

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la vie, et Von y passe régulièrement par un enchaînement qui n'a rien de fortuit ou d'arbitraire. Si , il y a vingt-cinq ou trente ans, des savants aussi philosophes que ceux qui fondèrent l'Ecole polytechnique avaient reçu mission de la société et du gouvernement de former, à un niveau plus élevé, un établissement analogue, ils n'auraient pas manqué d'y introduire la biologie comme complément et couronnement du primitif enseignement, et de donner ainsi aux études une généralité bien supérieure , mais non encore définitive. En effet , ce terme est maintenant dépassé ; ce que je représente comme un progrès pour vingt-cinq ou trente ans en deçà de nous, serait aujourd'hui en arrière du développement effectif, et la lacune que cette hypothèse comporte encore peut être comblée.

Quiconque suit d'un œil attentif la série ascendante des cinq sciences ainsi échelonnées, et le resserrement progressif des parties en friche du savoir bumain, apercevra de lui-même en quoi consiste cette lacune. Après le monde inorganique, après le monde organique, il ne reste plus qu'une seule catégorie de phénomènes naturels , ce sont les phénomènes historiques ou sociaux. Il était réservé à notre époque et à un profond penseur que j'ai déjà eu occasion de citer (1], d'en trouver la théorie abstraite, c'est-à-dire de reconnaître, puisque l'histoire est justement un développement, une évolution, le rapport de filiation qui enchaîne les uns aux autres les différents états sociaux de l'humanité. A des esprits cultivés par l'étude d'une science positive , il est une démonstration de ce fait capital qu'il est toujours possible de donner : c'est l'histoire de cette science même avec laquelle ils sont familiers. Pour celle-là , ils savent pertinemment qu'elle a eu de faibles commencements, qu'elle a grandi peu à peu et enfin qu'elle a atteint le point actuel , gage certain de progrès futurs ; ils savent aussi que ce' qui est vrai de la leur est vrai de toutes ; ils savent enfin que cet ensemble grandissant de notions marche parallèlement à un avancement de ce qu'on appelle la civilisation. Cette connexité contient la théorie de toute l'histoire, et en fournit la démonstration permanente.

Pourquoi la science sociale a-t-elleétési tardive?C'est qu'elle est subordonnée à la biologie, et, par la biologie, au système total des sciences inférieures. S'il est important pour la biologie de connaître la dépendance où la biologie est des lois cosmologiques, il ne l'est pas moins de connaître la dépendance où cette même biologie tient la science sociale ou sociologie. Ce sont deux dépendances connexes et qui fixent de la façon la plus lumineuse la place de la science des êtres vivants. Il suffit d'arrêter le moins du monde Tattention du lecteur pour qu'il conçoive l'impossibilité de toute théorie historique en l'absence d'une théorie biologique. Les lois des phénomènes sociaux sont plus

(1) M. Auguste (llomte*

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ptrticolièfes qœ celles des phénomènes vitaux. Il n'y a point de société s'il n'y a point de vie, et par conséquent point de notion de l'état social sans une notion préalable de l'état vital .

La biologie n'est donc pas quelque chose d'isolé; elle reçoit et elle donne; die est appuyée et elle appuie. A ce terme, qui est lé terme réel , qu'est-ce que la biologie? Un fragment d'une science générale, une partie intégrante de la méthode universelle, un des six éléments de la philosophie réelle. Les six sciences forment le tout de notre savoir abstrait. Ainsi rangées et engrenées, elles atteignent leur unité, et cette unité, à son tour, devient la philoaophie de chacune; philosophie sans laquelle chacune, en effet, ne pourrait plus satisfaire aux exigences d*une situation devenue plus complexe, d'une société devenue plus solidaire, d'uue civilisation devenue plus généralisatrice.

Il n'est pas rare d'entendre dire à des gens du monde sintout, mais parfda aussi à des médecins, que la médecine n'a eu aucun progrès depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, et que cet art est resté stationnaire. C'est un paradoxe suggéré par une admiration aveugle de l'antiquité. Sans parler des acquisitions nombreuses et importantes qui ont été faites, soit dans le domaine pharmaceutique, soit dans les procédés opératoires, il est un fait qui tranche la question d'une façon péremptoire , c'est le progrès de la biologie ; celui-là n'est pd^ contestable. Or, plus la biologie se développe , plus elle exerce d'influence sur la pathologie, qui se rapproche ainsi progressivement de son véritable point de vue et de sa constitution normale. Pour que la pathologie antique valût la pathologie moderne, il faudrait que la biologie antique fût au niveau de la nôtre. On peut, sans beaucoup se tromper, mesurer la distance des deux pathologies par la distance des deux biologies.

Ce fut un mémorable effort de l'esprit de généralisation que celui qui définitivement subordonna la pathologie à la science abstraite de la vie. Cet effort s'accomplit dans le premier quart du xix* siècle, et déjà, tant une pareille élaboration se trouvait en conformité avec les besoins de l'intelligence, et déjà la nouvelle génération médicale, pleinement imbue d'une aussi salutaire doctrine, se doute à peine de ce qu'il fallut de vigueur et de génie pour la faire triompher. Avant cette mémorable époque , l'état de maladie était, d'une façon générale, conçu comme indépendant de l'état de santé. Je rappellerai particulièrement la théorie des fièvres, qu'on appelait essentielles, justanent parce qu'on leur supposait une essence propre; conception que Broussais avec tant de profondeur critique caractérisa du nom d'entité. Dans la saine notim que ce grand homme se faisait de la maladie, il se hâta de réaliser en une hypothèse hardie la théorie des fièvres, et il en plaça le siège dans le tube intestinal. Sans doute, devant les recherches suscitées par cette hypothèse si scientifique, puisqu'elle était si vérifiable, il fut inCipossiUb maintenir que les fièvres eussent leur point de départ dans la membrane

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queufle du canal digeitif ; maig il en résulta simultanément que ces maladies n'étaient pas quelque chose d'essentiel , et qu'elles avaient leurs conditions dans des lésions déterminées de Torganlsme. Dès lors fut fondée la grande thé(Nrie qui ne fai| de la pathologie qu'un cas particulier de la physiologie.

Cela posé, on oon(K>it sans aucune peine Tavortement inévitable de tous les systèmes médicaux qui se sont succédé jusqu'à nos jours. En vain des esprits énergiques ont-ils , dans le long cours du temps et à des points de vue très ditlérenis, essayé de théoriser la pathologie; toujours Téchafaudage s'est détruit par le travail incessant qui en ruinait les appuie transitoires. Et pou* vait-il en être autrement, puisqu'au fond la pathologie dépend directement de la physiologie, et que celle-ci n'était pas encore fondée? On travaillait donc inutilement» du moins quant au but que l'on se proposait ; et aujourd'hui il n'est plus possible de considérer ces systèmes 'que comme des exercices de l'esprit cherchant une généralité qui lui échappait nécessairement, et comme des traces laissées par le développement successif des autres notions positives. Le terme idéal de la pathologie est de s'assimiler en tout et partout à une expérience de physiologie. Plus les systèmes sont éloignés de cet idéal, plus ils sont rudimentaires et imparfaits; plus ils s'en rapprochent, plus leurs qualités augmentent. Là est le critérium successif de toute l'histœre de la médecine* *

En définitive, la biologie, considérée au point de vue de la philosophie, se place entre les sciences inorganiques et la science sociale; considérée au point de vue de l'enseignement général , fait partie d'un tout systématique qu'il n'est pas permis de scinder ; enfin , considérée au point de vue médical , est la base de toute la pathologie.

J'ai revu avec une grande attention la très bonne traduction de M. Jourdan, et j'en ai fait disparaître quelques imperfections qui avaient inévitablement échappé pendant un si long travail. De plus, la même raison qui avait décidé le traducteur à joindre des notes au livre de M. Mueller m'a décidé aussi à compléter ces additions. On en comprendra la nécessité en se rappelant que la traduction a paru en 1865, et que depuis lors des faits importants ont enrichi la physiologie. Les notes de M. Littré ont porté principalement : Sur l'irrationalité de la conception du fluide nerveux, I, 2S. — Sur l'analyse di«recte des matières ou des liquides organiques, I, il 3. — Sur la force exci<tante du sang veineux, I, iitu — Sur la communication directe entre la veine porte et la veine cave , I , IU9. — Sur une nouvelle méthode d'estimer la vitesse du sang, 1, 150, et I, 610. — De la contractilité des petites artères, 1, 166. — De l'innocuité du curare dans l'estomac, et de l'empoisonnement par la rencontre de deux substances, isolément innocentes, 1, 193. — •

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Des métaux contenus normalement dans le sang, 1, 218. — Du dosage de Facide carbonique dans l'air expiré, et de la chaleur qui se produit, I, 255.

— Recherches sur la i^iration, par MM. Regnanlt et Reiset, I, 26/!i. — De la pernstance du travail nutritif dans les parties après la section du nerf sciatique, I, S03. — De deux nouvelles espèces d'éléments anatomiques qui se trouvent dans le canal médullaire -des os, I, 3ftl. — Sur les glandes de la peau et sur une nouvelle manière d'envisager la sueur, I, S51. — Du développement des éléments anatomiques de la mamelle, 1, 357. — De la salive mixte, de la n(Hi-exi|rtencc de la diastase salivaire, et d'une nouvelle classification des glandes salivaires, I, &&8. — Du suc gastrique et de la non-assimilation directe du sucre de canne , qui doit être préalablement transformé en glucose, I, A73. — De la fonction propre du pancréas (il émulsionne les graisses), I, ^81. — Des propriétés du suc intestinal, 1, US3. — De la contractilité de la rate, I, 505. — De la structure des corps surrénaux, I, 509. — Des glandes sanguines et des appareils portes, I, 511. — De l'influence de la nutrition, Texercice et les maladies sur l'exhalation gazeuse, I, 515. — De l'importance de l'urée, et d'un singulier rapport empirique entre la quantité de Turée et la densité de l'urine, I, 527. — De l'acide hippurique dans l'urine et dans le sang, I, 531. — Des changements que la nourriture fait éprouver au sang, 1 , 536. — De la découverte d'une nouvelle fonction du foie, et théorie du sucre dans l'économie ; on rend à volonté Turine sucrée, I, 538.

— De la terminaison des tubes nerveux, I, 556. — Résumé des travaux récents sur les nerfs et les ganglions , 1 , 563. — Sur Téthérisation, I, 588. — De l'influence des parties nerveuses sur les mouvements du cœur, 1 , 610, et II, 71. — Des fonctions du nerf spinal, qui est moteur de l'appareil vocal, 1, 611. — Du tournoiement consécutif à l'arrachement du nerf facial, 1, 615.

— De l'influence de réchauffement et du refroidissement des nerfs sur leur pouvoir conducteur, 1, 635. —De la sensibilité récurrente, I, 672, et II, 55.

— De l'influence du nerf facial sur l'audition et sur la gustation ; de la fonction de la corde du tympan, I, 723. — La transmission, par la moelle épinière, est-elle directe ou croisée? I, 745. — Du tournoiement après la lésion des pédoncules cérébelleux , 1,789. — Sur la présence normale de l'urée dans le sang de bœuf, I, 791. — Sur la circulation hépatico-rénale, I, 792.

— De la contractiUtédu derme par réleetricité, ÎI, 25. — Que les fibres musculaires ne se froncent pas en se contractant. II, 38. — De la latitude, it, U\ .

— Qu'un muscle contracté n'est pas dur, tl, UU^ — De l'influence de l'électromagnétisme et de la foudre sur la durée de la rigidité cadavérique, II, Uti.

— Delà possibilité de remplacer, dans l'atrophie due à la cessation de l'influence nerveuse, cette influence par l'électricité. II, 5lx. — De la contraction induite et de la sensibilité récurrente, H, 55. — De la force des muscles, II, 62.

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— Delà galvanisation localisée, II, 64. — La voix de poitrine et la voix de faussetdoivent être rapportées chacune à un instrument spécial, II, 184 et 200.

— Delà voix spmbrée, II, 201. — Du nasillement, II, 202. — De la pureté des sons, II, 205. — De l'organe auquel il faut nq[)porter les sons aigus de la première partie du hennissement, II, 231. — Importance du larynx supérieur, II, 236. — De Torgane de Jacobson, II, Ull. — Classification des dixhuit fonctions intérieures du cerveau, ou tableau systématique de l'àme, II, 5&1.

— De rhypnotisme, ou somnambulisme artificiel, II, 568. — La muqueuse utérine est caduque normalement, II, 716. — Le gtéemaculum testis est un muscle, II, 762. — Profondes modifications apportées à la théoite deSchwaun sur la cellule, II, 77&.— Des signes de la mort« II, 78A .—De l'hérédité, II, 799.

Juillet 1851. É. UTTRÉ.

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