DE L'ORGANISME ET 1>E LA VIE
Essence de Porganisatlon yivantc.
Les corps organisés ne diffèrent pas seulement des corps inorganiques par la manière dont sont arrangés les éléments qui les constituent ; l'activité continuelle qui se déploie dans la matière organique vivante jouit aussi d'un |)ouvoir créateur soumis aux lois d'un plan raisoimé, de Tliarmonie, car les parties sont disposées de, telle sorte qu'elles répondent au but en vue diujuel le tout existe, et c'est là précisément ce qui distingue l'organisme. Kant dit que la cause du mode d'existence dans chaque partie d'un corps vivant est contenue dans le tout, tandis que, dans les masses mortes, chaque partie la iwrte en elle-même. l>'après ce car-ictèi-e, on conçoit pom*quoi une partie isolée du tout organique cesse de vivre la plupart du temps, pourquoi le corps organique est un individu, un tout indivisible. En tant* que les parties sont des membix^ hétérogènes d'un tout, le tronc ne peut pas non plus subsister apWrs la perte d'une partie intégrante du tout
Ce n'est que quand des animaux ou de» végétaux très simples possèdent une certaine somme de parties homogènes, ou quand les membres homogènes appartenant à un tout se prolongent dans chaque portion de celui-ci, que le tout peut ètie divisé, et que les segments séparés, qui contiennent encore les membres hétérogènes du tout, mais en moindre nombre, peuvent continuer de vivre. Les ra-
KssF.NCK i)K i/or<;anisatio\ vivanti-, 17
vn^wx qu'on détache d*un arbre deviennent de nouveaux individus lorsqu'on les fiche en terre. Les diverses parties d(^ végétaux ont tant de ressemblance entre elk*s, cfuVIIes peuvent se transformer les unes dans les antres , par exemple , les branches eu racines, les ctaniines en pétales (1). Quelques animaux simples, comme les polypes, sont dans le inénR* cas. Les deux moitiés d'un \w\)\}c qu'on a coupé en deux continuent de croître chacune à part, ainsi que le prouvent les expériences de Trembley, de Roescl et autres. Il en est également ainsi d<> quelques vers, par exemple des Naîdes, chez lesquels les mêmes parties hétérogènes, à peu pK*s, des portions^ de Tintestin, des nerfs, des vaisseaux sanguins , s(> prolongent dans les divers segments du corps. On a vu ces animaux se nmltiplier par scission ; mais si on les divisait de telle manière que les tronçons ne continssent pas chacun les parties caractéristiques du tout, la vie ne pourrait plus subsister en eux. Chez les animaux supérieurs et chez l'homme, il y a certains organes, c'est-à-dire des membres du tout différents sous le point de vue de la qualité, qui ne peuvent être enlevés sans que la vie s'éteigne, sans que l'idée du tout soit effacée, et ces organes sont simples ou uniques , comme le cer\'eau et la nK)elle épinière, le co>ur, les poumons, le canal intestinal, etc. D'autres parties, au contraire, qui n'entrent pas dans l'idée du tout comme membres absolument nécessaires, ou qui sont multiples, peuvent être retranchées. D'un autre côté , cependant , nulle partie de ces animaux ne saurait survivre à la séparation, parce qu'aucune ne conserve les membres intégrants qui caractérisent le tout L'œuf seul, le germe même, remplit cette condition, parce que la force organique n'a point encore fornu' les parties intégrantes du tout : aussi, lorsqu'il vient à se séparer, se dévelo|)pe-t-il en un nouveau tout II y a donc, dans l'organisme, l'unité du tout qui plane au-dessus de la multiplicité des membres et qui la domine.
D'après les faits qui viennent d'être rapportés, on voit que les corps organiques ne sont pas absolument indivisibles. Loin de là , ils sont toujours divisibles , avec conservation de leurs forces , lorsque les segments sé|)arés gardent encore en suffisante proportion les membres du tout qui diffèrent les uns des autres eu égard à leur qualité, et même il s'effectue une véritable scission dans la génération des animaux et des végétaux supérieurs. Les corps iimrganiques , au contraircî , sont divisibles dans un sens bien phjs étendu, sans que les parties |x>Fdent les propriétés rhimi<|ues du tout : on peut, suivant une expnHision consacrée, les diviser à l'infini, c'est-à-dire, d'après la doctrine atomistique, juscprauv atonK's primitifs, que li^ur petitesse soustrait à nos sens, et, dans les corps qni, sous le point de vue chimique, méritent le nom de composés, jusqu'aux atomes produits par la réunion de divers atomes constituants , lesquels sont égak^ment inaccessibles à nos sens. Cependant, parmi les corps inoi*ganiques, il s'en trouve aussi, les cristaux, qu'on ne saurait diviser jusqu'aux particules ])rimitives sans qu'ils perdent de leurs propriétés. Les cristaux ne se laissent diviser aisément que dans certaines directions, et les parties qu'on obtient ainsi diffèrent fréquemment du tout pour la forme, ce qui a porté quelques minéralogistes (2) à considérer les cristaux comme des individus qui doivent leur existence à la continuité d'action de la force qui les a pro-
(1) Cotmy Metmiwrpkoaen ier Pfanzen,
(9) Camtf. M<Nn, Grunérht âer Mmeralotfie^ 1. 1, préface « p. 8.
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duits, et qui périssent quand des influences chimiques extérieures ou des influences mécaniques viennent à l'emporter sur leur force de cristallisation, sur leur dureté. lofais, quand bien même on voudrait considérer en ce sens les cristaux comme de% individus, il n'en resterait pas moins cette grande différence, que les molécules sont homogènes dans tout le cristal, et que celui-ci est divisible au moins en agrégations homogènes de molécules, tandis que les corps organiques sont composés de parties différentes d*un tout, c'est-à-dire de tissus possédiint des propriétés spéciales. Or tout corps inorganique est un agrégat de substances diverses m^éos ensemble, auquel il manque la relation, entre ces parties, nécessaire pour la subsistance du tout
l)e ce que les corps organiques sont composés de membres hétérogènes d'un tout d'après la loi de l'harmonie, il s'ensuit aussi la nécessité d'une différence prononcée entre la configuration extérieure et intérieure de ces corps et de leurs organes et celle d<*s corps inorganiques. Non seulement nous admirons, dans tout le règne animal, l'expression de forces prédominantes, comme, dans le cristal, le résultat d'une certaine force en une combinaison binaire ; mais encore la forme des animaux et des organes témoigne que tout est disposé d'une manière rationnelle pour 1<* jeu des forces, qu'il y a harmonie préétablie entre l'organisation et les facultés, afm d'arriver au but pour lequel s'exercent ces facultés du tout, comme le prouve chaque partie, par exemple, l'œil , l'appareil auditif, etc. Dans les cristaux, au contraire, on n'aperçoit aucune trace d'harmonie entre la configuration et l'activité du tout, parce que le cristal, pris dans son ensemble, n'est point un tout harmonique composé de tissus hétérogènes , mais qu'il a été produit par une agrégation d'éléments ou de molécules homogènes soumises aux mêmes lois dp l'agrégation cristalline. C'est pourquoi aussi les cristaux ne croissent que par des additions extérieures aux parties qui ont été formées les premières, tandis que Forganisation diverse des parties unies ensemble dans le corps organique est simultanée la plupart du temps , de sorte que l'accroissement de ce corps part presque toujours simultanément de toutes les particules actives de sa substance, et que l'augmentation de sa masse ne s'effectue pas, comme dans les corps inorganiques, par simple apposition à l'extérieur.
I^ seule chose qu'on puisse comparer dans les corps organiques et inorganiques est la mauière dont la symétrie se trouve réalisée dans les uns et les autres. Les cristaux ont des faces, des arêtes, des angles, symétriques et non symétriques. Les animaux aussi ont des parties symétriques et d'autres non symétriques, et les lois de la œnfiguration organique, tant symétrique que dé|x>urvue de symétrie, montrent d(!S modifications semblables. Nous distinguons par exemple : 1** un type symétrique radié chez les radiaires, où des parties homogènes s(* groupent autour d'un centre commun, et où la symétrie ne manque que dans les côtés antérieur et postérieur de l'organisation rayonnante ; 2° la symétrie des parties homogènes sur un type rameux, comme chez les végétaux, où les feuilles et les fleurs sont les parties symétriques qui se répètent, et cliez les polypes, où l'animal est la partie symétrique implantée sur le polypier rameux ; 3** la symétrie sériale dans la 8IM>cession des parties symétriques d'avant en arrière chez les vers, où il n'y a de parties non symétriques que le ventre et le dos; &** vAn la symétrie bilatérale dans la répétition de parties semh)| ^^jHÉMhi corps» chez les animaw